Les Cahiers Vagabonds | Rencontre avec Aung Aung, jeune mototaxi birman
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Rencontre avec Aung Aung, jeune mototaxi birman

C’est au cœur d’un marché embrumé par les cigarettes et les vapeurs de thé brulant de la ville de Mandalay, seconde ville de Birmanie, que j’ai rencontré Aung Aung, un jeune mototaxi birman. Il m’a fait visité la ville et ses environs pour les 72 heures de visite dans cette ville du nord du pays. Son histoire et ses expériences semblent être les porte-paroles d’une jeunesse birmane qui tente de s’en sortir dans un pays qui se remet à peine de longues années de dictature. Portrait.

Armé de son immense smartphone, comme tout le monde désormais en Birmanie, Aung Aung me demande de le suivre en direction de sa moto. Présentations brèves, questions-réponses rapides et pudeur résument nos dialogues en cette fin de matinée. Mon chauffeur se faufile entre les voitures qui grouillent dans cette ville ultra motorisée, et nous filons à travers les pots d’échappement pour visiter telle ou telle pagode. Aung, qui parle un très bon anglais, me présente sa ville, qu’il connaît sur le bout des doigts.

Loin des siens, il travaille sans relâche pour les aider financièrement

A la fin de la journée, il se livre plus et me parle de sa vie ici. Il m’explique qu’il n’est pas originaire de Mandalay, mais d’un petit village, à 300 kilomètres au sud, Gwe Kone. Il est venu s’installer en ville pour pouvoir aider sa famille, restée au village. Chaque mois, il leur envoit une grosse partie de son salaire, pour pouvoir les soulager. « Ma mère est trop vieille maintenant pour travailler. Je dois donc l’aider financièrement ». Eux sont cultivateurs de graines de tournesol, qu’ils vendent au marché. Lui est mototaxi. Sa moto, il la loue à un homme qui gère une compagnie de taxis. « Mon rêve, ce serait d’avoir ma propre moto, puis, pourquoi pas par la suite d’acheter une voiture. J’aimerais devenir guide car j’adore parler anglais ». Ainsi commence à se livrer mon nouvel ami.

Aung Aung a des choses à dire et il les dit !

Je passerai deux autres jours avec lui, qui, au fil des heures, se confiera davantage. Nous parlons donc de la situation politique de son pays. Il m’explique qu’il y a encore quelques années, un Birman n’avait pas le droit de parler à un étranger sous peine de répression, mais que la situation du pays est encore loin d’être stable. Les gens ne peuvent se réunir en trop grand nombre, afin d’éviter toute manifestation, entre autres. Le courrier venant de l’étranger est contrôlé. Le fantôme de la dictature pèse encore sur un peuple pourtant prêt à s’ouvrir au monde. Aung me parle aussi de la culture de son pays, à commencer par le tanaka, cosmétique local odorant, véritable accessoire de beauté porté par tous. Il m’en badigeonne gaiement les joues en rigolant de me voir à la mode birmane.

67007_344562205644314_739877507_nLe dernier jour, une complicité s’est créée, et Aung ma parle de sa vie personnelle. Il me confie être marié, mais que sa femme étant restée au village, il ne la voit jamais et voudrait divorcer. La discussion est poussée encore plus loin lorsqu’il me raconte, comme une anecdote, que les femmes non mariées n’ont pas le droit d’avoir de contraception en Birmanie et que de ce fait, ce sont les femmes mariées qui vont leur acheter des plaquettes de pilule à la pharmacie.

Aung Aung est un jeune homme qui se bat pour avancer dans un pays encore mutilé par de longues années de joug militaire, mais, à l’image de cette jeunesse birmane ouverte, croit en l’avenir et accueille le tourisme à bras ouverts pour une transition économique à laquelle il croît fermement.

M.P-V.

Crédit photos: Aung Aung

 

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