Les Cahiers Vagabonds | On a testé : Le Sak Yant, tatouage traditionnel khmer
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On a testé : Le Sak Yant, tatouage traditionnel khmer

Les Sak Yant, également appelés Yantra, sont des tatouages traditionnels d’Asie du Sud-Est. Bien que surtout très populaires en Thaïlande, ils font également partie intégrante des cultures birmanes, laotiennes et cambodgiennes. Sak signifie « taper sur » et Yant, « le dessin géométrique sacré ». Les Yants ont été diffusés au IIIè siècle avant notre ère, par des brahmanes soucieux de voir l’hindouisme disparaître d’Inde. Ils les exportèrent ainsi dans toute l’Asie du Sud-Est. Les tatouages sont faits à partir d’une tige de bambou dotée d’une pointe, appelée Sak Mai. Les Yantras sont la plus part du temps effectués dans des monastères bouddhistes, les moines bénissant le tatouage alors doté de pouvoirs magiques : protection, chance, force… Ce rituel mêle animisme, brahmanisme et bouddhisme.

Le fantôme de la dictature impacte toujours la culture khmer

Si les Sak Yant peuvent se faire partout en Thaïlande, il n’en est pas de même au Cambodge. En effet, à cause de la dictature de Pol Pot visant à éliminer art et religion, la pratique des Yantras a disparue dans les années 1970. Pourtant, je reste persuadée qu’il existe encore des tatoueurs traditionnels khmers. Après quelques recherches, je trouve enfin un tatoueur pratiquant encore le Yantra. Sa piste est parsemée d’embûches car j’ai pour seuls et uniques indices quelques photos du chemin à prendre, sans connaître ni l’adresse, ni la ville dans laquelle il est établi. Je reconnais tout de même la ville de Siem Reap. J’enfourche alors ma moto en quête de ce mystérieux tatoueur. Alors que je roule, pourtant motivée, je pense à mon piteux sens de l’orientation et doute alors de trouver cet endroit gardé quasiment secret.

Soudain, un panneau m’indique que je suis sur le bon chemin ! Une route terreuse me guide jusqu’aux portes de cet endroit énigmatique. J’appelle. Une femme apparaît et m’invite à m’asseoir à une table sur lesquels trône un tas de livres griffonnés. Puis un homme imposant s’assied en face de moi (c’est le tatoueur). D’abord méfiant, il répond sèchement à mes questions. Mais après un échange plus poussé, et quelques mots prononcés en khmer, l’homme s’adoucit. Selon la tradition, on ne choisit pas le motif du Yantra, c’est le maître tatoueur qui en décide suivant le trait de personnalité et le type de protection souhaité. L’homme m’attribue un motif, lequel m’a tout de suite séduite. Nous convenons alors d’un prix et, ayant besoin d’un temps de réflexion, je prends son numéro de téléphone afin de prendre rendez-vous.

C’est entre l’appréhension et l’excitation que je pars me faire tatouer au bambou

Finalement, je le rappelle à peine rentrée chez moi. Il me dit de revenir dans deux heures ! La tension monte d’un cran. L’adrénaline m’anime. J’arrive chez lui pour 20 heures, la tête pleine de questions. J’ai évidement peur de faire une connerie.

Torse nu, une serviette autour de la taille, l’homme me demande de le suivre. Nous arrivons dans une pièce minuscule, sa salle de travail. Assise sur un tabouret, il me demande de me tenir bien droite et trace à la main l’ébauche du Yantra sur mon épaule. Je l’observe ensuite préparer son matériel. Il noue une aiguille sur une tige de bambou d’environ 20 centimètres, puis il enroule un fil autour de cette-dernière, dont l’extrémité est laissée à découvert, servant ainsi de butoir. Il remplit un petit réservoir d’encre noire et me fais signe qu’il est prêt à débuter. Coupant ma respiration, c’est enfiévrée que j’attends le contact avec cet instrument intrigant.

Les mouvements se font fluides, la douleur est largement supportable

L’homme se lance et commence à poinçonner ma peau. Captivée par la dextérité de ses mouvements délicats, je m’imprègne de ce mythique procédé. Quelques vingt minutes auront suffi à l’artiste pour terminer mon tatouage. L’homme me demande de le suivre dans une pièce de taille égale à la précédente. II s’agit d’un sanctuaire au sein duquel mon Sak Yant va être bénit. Je m’installe en tailleur dos à lui tandis qu’il fait brûler quelques bâtons d’encens face à des idoles moustachues et une statue de Bouddha. L’homme inonde la pièce de dizaines de mantras et de prières, asperge mon tatouage ainsi que mes cheveux de parfum et souffle sur le Yantra pour clôturer la cérémonie. Ces quelques minutes planent dans le temps, paraissant l’arrêter.

J’ai désormais un peu de Cambodge dans la peau.

 

M.P-V.

Crédit photo: Marc Nouaux

5 Comments
  • POLLET-VILLARD
    Posted at 19:23h, 28 novembre Répondre

    Texte prenant, tel un roman même si je n’aime pas les tatouages 🙂

  • Flora
    Posted at 15:01h, 17 octobre Répondre

    Vous pouvez traduir le tatouge?
    J’aimerais me faire le meme du fait que je suis cambodgienne mais ne le parle pas ni le lis!

    • Les Cahiers Vagabonds
      Posted at 11:47h, 20 octobre Répondre

      Bonjour! Ce n’est rien écrit, ce sont des dessins représentant des « idées ». Celui-ci a plutôt le sens de protection des siens. Mon tatoueur avait un gros livre de symboles et c’est moi qui ai choisi la symbolique et lui m’a attribué le dessin, c’est dans ce sens que ça marche 🙂

  • Séverine
    Posted at 11:25h, 20 octobre Répondre

    Super texte, une belle expérience, ça me donne envie de la vivre aussi.
    Ou puis-je avoir des informations pour trouver cet endroit? Ou un guide qui pourrait m’y emmener et traduire?
    Merci beaucoup

    • Les Cahiers Vagabonds
      Posted at 11:50h, 20 octobre Répondre

      Bonjour! Malheureusement je ne peux pas te donner l’adresse précise puisque je l’avais trouvé à moitié en faisant des recherches à moitié par hasard 🙂 Je peux juste te dire qu’il est basé sur Siem Reap au Cambodge. Néanmoins, tu trouveras sans problème de nombreux tatoueurs au bambou en Thaïlande! Merci en tout cas pour ton commentaire! Et bonne chance!

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