Les Cahiers Vagabonds | Récit #1 : Voyage à bord du pachyderme de fer
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Récit #1 : Voyage à bord du pachyderme de fer

[ Road trip en Birmanie, quelque part entre Yangon et Mandalay… ]

 

« Arrivée 30 minutes en avance, je prends le temps de m’installer dans ce train plus confortable que ce que j’avais imaginé. Des sièges moelleux et larges accueillent une trentaine de passagers à bord de mon wagon suranné. Au plafond, de vieux ventilateurs fatigués semblent offrir leurs dernières forces pour aérer le compartiment envahi par une chaleur humide et assommante. D’immenses fenêtres dépourvues de vitres offrent au train une charmante sénescence, fantasmagorique antiquité me faisant rêver d’histoire et d’aventures.

img_2851Des vendeurs ambulants montent à bord afin de vendre aux voyageurs fruits, eau ou beignets avant le départ. La plupart sont des enfants et j’achète de l’eau et des mandarines à une jeune fille d’une douzaine d’années. Elle s’assoit un moment avec moi et nous rions ensemble en savourant les fruits juteux nous faisant oublier la chaleur.

Une adolescente de quinze ans se joint à nous ainsi qu’un garçon à peine plus jeune et nous discutons tranquillement. La plus jeune propose de faire des photos et nous prenons quelques clichés ensemble.

« Les derniers quartiers et périphérie de la ville sont remplacés par des champs et des rizières » 

 

Le train sonne le départ d’un souffle sourd et démarre lourdement à lente allure. Je dois dire au revoir à mes jeunes amis. Les deux jeunes filles me serrent dans leurs bras et m’embrassent, avant de sauter du train. C’est le cœur lourd et serré que je leur fais signe de la main à travers la fenêtre jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que de minuscules points dans l’horizon doré.

La cadence du train s’accélère, les rails crissent. Je m’installe, le cœur palpitant, et contemple le paysage devenant de plus en plus sauvage. Les derniers quartiers et périphérie de la ville sont remplacés par des champs et des rizières, peuplés de buffles. Le soleil roussit à l’horizon et le vert frais des plaines se teinte de rouille.

Un employé du train vient prendre ma commande pour le dîner. Le train bringuebale de gauche à droite et de droite à gauche dans un rythme nonchalant, pareil à un éléphant dodelinant, balançant paresseusement sa marche au rythme lent de ses pas lourds. Les soubresauts métalliques sonnent tout autant qu’un gong annonçant une route d’aventure et de découvertes.

Riz, Bière et Cigarettes

Dehors, villageois, bœufs, charrues et chiens se préparent à l’arrivée de la nuit. Dans un ultime rayon pourpre, le soleil s’estompe pour laisser place à un ciel indigo percé de quelques pâles étoiles blanches. L’air se rafraîchit et c’est rêveuse que je contemple le surprenant spectacle nocturne à bord du pachyderme de fer.

L’homme me fait signe que le repas est prêt et je rejoins donc le wagon restaurant. Les tables et les chaises sautent au rythme saccadé du wagon et je m’installe devant mon assiette de riz fumante. Je suis la seule Occidentale à bord et les passagers m’offrent un accueil chaleureux orné de dizaines de sourires. Je savoure mon modeste mais néanmoins succulent repas que j’agrémente d’une Myanmar Beer, et me délecte d’une cigarette que je fume à la fenêtre laissant entrer l’air doux de la nuit.

« Nous nous saluons en nous souhaitant mutuellement bonne chance »

 

Soudain, un jeune homme que j’avais auparavant salué vient s’asseoir à ma table et me tend un bout de papier, sur lequel il me demande timidement si l’on peut faire connaissance et devenir ami. Le bruit infernal des rails nous empêchent de nous parler de vive voix sans avoir à crier et c’est par écrit que nous communiquons.

Il me parle de sa vie, de son pays et de la tristesse qu’il a quant aux faibles libertés de son peuple. Il y a quelques années seulement, le simple fait de parler de la politique de son pays à un étranger lui était interdit. Ses messages me touchent et m’attristent mais Hlaing garde le sourire et me dit être optimiste quant à l’avenir. Je ne vois pas le temps passer et ne m’aperçois pas non plus que je suis la seule femme restant à bord de ce wagon. Mon nouvel ami m’invite alors à rejoindre ma place et nous nous saluons en nous souhaitant mutuellement bonne chance.

Soubresauts nocturnes

Je m’installe à ma place, un homme imposant occupe le siège d’à côté et une partie du mien. Je me blotties dans une couverture car l’air est désormais froid et je bouquine un moment. Mes paupières lourdes m’attirent dans les bras de Morphée et je m’endors malgré les secousses et le bruit strident du train.

Je me réveille en sursaut plusieurs fois dans la nuit à cause des bonds que fait notre wagon et je m’aperçois que mon voisin est déjà parti. A sa place s’est installée une petite mamie tellement menue qu’elle occupe à peine la moitié de son siège. Alors que je me rendors, je sens sa tête se poser contre mon épaule, elle s’est endormie ainsi et j’en fais de même quelques minutes plus tard.

Le jour s’est levé. Il est 7 heures et je me réveille avec une douce odeur de café. Le paysage se fait plus urbain, notre arrivée est proche. Nous entrons finalement en gare de Mandalay une heure plus tard… »

 

M.P-V.

Crédit photos: Mélissa Pollet-Villard

 

1 Comment
  • POLLET-VILLARD
    Posted at 12:50h, 16 novembre Répondre

    Merveilleux texte, on voyage avec toi.

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