Les Cahiers Vagabonds | Récit #5: L’interminable et (presque) impossible voyage en stop au nord de l’Argentine
Voyage, reportages,
1117
post-template-default,single,single-post,postid-1117,single-format-standard,qode-quick-links-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1300,hide_top_bar_on_mobile_header,qode-content-sidebar-responsive,qode-theme-ver-16.8,qode-theme-bridge,disabled_footer_bottom,qode_header_in_grid,wpb-js-composer js-comp-ver-5.5.2,vc_responsive

Récit #5: L’interminable et (presque) impossible voyage en stop au nord de l’Argentine

Quand vous dîtes à quelqu’un que vous partez en voyage pour une longue durée et que vous allez tenter de vous déplacer en stop, il y a deux réactions : les uns sont enthousiastes et vous encouragent à le faire, les autres sont pessimistes et vous minent le moral avant de partir en évoquant je ne sais quelle impossibilité ou difficulté. Après être monté jusqu’au nord de l’Argentine, à Puerto Iguazù, on a décidé de se fier aux plus optimistes. On a fait du stop avec pour objectif d’atteindre Ushuaia, la pointe sud du pays (environ 5.500 km en comptant tous nos détours), en faisant quelques étapes. Malheureusement, ce sont les pessimistes qui avaient raison. Faire du « pouce » dans le nord de l’Argentine, c’est une sacrée galère.

>> Pour voir les chutes d’Iguazù en vidéo c’est par ici

Portés par un soleil de plomb, nous partons de Puerto Iguazù un lundi matin en espérant rallier Posadas rapidement, 300 kilomètres au sud. Nous prenons un bus municipal pour se rendre à la sortie de la ville. L’endroit semble idéal, les voitures ne roulent pas encore à grande vitesse ici et il y a une voie de dégagement pour qu’un camion puisse s’arrêter – à ce moment-là, on mise encore énormément sur les camions – et beaucoup de circulation. On comprend assez rapidement que tout ne va pas se passer comme on l’avait rêvé.

Les voitures qui nous doublent sont généralement remplies et celles qui sont vides ne s’arrêtent pas. On comprend aussi que la plupart filent vers le site des chutes d’Iguazù et ne vont pas vers le sud, notre future destination. On essaie alors d’aller jusqu’à l’embranchement de cette route du sud, pour être sûr de ne rencontrer que des gens qui iront dans notre direction. Il faut sauter sur un véhicule occupé par un architecte et solliciter son aide pour nous transporter jusqu’à l’entrée de cette fameuse route. Il nous dépose au niveau d’un poste de police, idéal pour que les véhicules ralentissent et nous prennent.

Un garde-forestier passionné de France nous avance de 40 km jusqu’à un autre poste de police. Il demande au garde qui nous arrête de nous aider à trouver un autre véhicule. Grande surprise, 3 minutes après, le policier nous fait signe qu’une camionnette va nous prendre. Ils ont l’air vraiment sympas les flics ici. Un barbu quadragénaire qui nettoie les pylônes électriques nous fait monter à bord de son pick-up Ford qui a seulement un an de plus que lui.

IMG_6920

A bord du pick-up Ford

Le gars paraît un peu distant au premier abord, pas très propre et un peu rustre. Pourtant, après avoir compris que l’on parlait espagnol, il ne décroche jamais le sourire de ses lèvres. Pendant 60 kilomètres on va parler de la ferme qu’il a avec sa femme, de la fête qu’il prépare pour les 15 ans de sa fille (cet anniversaire est très important pour les jeunes filles dans le pays) et de la vache et des trois cochons qu’il va tuer pour nourrir les 300 invités. On partage le maté puis on se salue à Eldorado, un village qui porte mal son nom. Comme à Puerto Iguazù on est bloqué un long moment avant de trouver un professeur de sport qui nous avance d’une trentaine de kilomètres.

Enfin, un type qui travaille dans la production de maté nous sauve en nous embarquant sur plus de 100 bornes de plus. Je fais la conversation pendant que Mélissa dort tranquillement à l’arrière. Il ne nous reste que moins de 100 kilomètres pour atteindre Posadas. Malheureusement, on reste encore bloqué et les gens qui passent en voiture nous font signe de prendre le bus plutôt que de proposer leur aide.

On l’a compris, la culture du stop n’est pas très ancrée ici. Quant aux camions, rien à espérer, ils ne nous regardent même pas. Ils manifestent plus d’intérêt et s’arrêtent volontiers lorsqu’une prostituée en minijupe fait signe 50 mètres plus en avant que nous. On n’a pas les mêmes atouts. Bref, il fait presque nuit et il est temps de trouver une solution donc on se résout à prendre un bus pour terminer le trajet sinon on va être en difficulté au bord de cette grande route. 300 kilomètres en 12 heures et une certaine perplexité. Est-ce vraiment possible d’avancer en stop dans cette région ?

>> Un petit tour en photos aux chutes d’Iguazù

Après avoir bien dormi dans une auberge de Posadas, on tente de rallier la petite ville gaucho de Mercedes, encore plus au sud, porte d’entrée vers une réserve écologique que nous souhaitons absolument visiter. Problème, elle n’est que très peu accessible. Et Mercedes ne semble pas l’être davantage. Sur les conseils d’une compagnie de bus, on fait étape par Paso de los Libres, une ville frontière située face au Brésil et qui ne présente à priori aucun intérêt.

Arrivés à 17 h dans cette gare routière pour le moins désertique, on nous annonce qu’il n’y a qu’un seul bus pour aller à Mercedes, il passera à 1 h du matin et arrivera là-bas à 3 h du matin. Une perspective qui ne nous enchante guère. Et puis après tout, il y a à peine 100 bornes, autant se les tenter en stop. C’est un endroit désert, les gens nous prendront bien… Peine perdue, une fois de plus.

DSCF1503

Les bus nous ont bien aidés!

Le chauffeur d’un bus de ville, aussi gentil que peu inspiré, nous dépose au bord de l’autoroute. « Là, il y a pleins de voitures et de camions qui vont à Mercedes, vous aurez votre chance ». Sauf que l’endroit ne prête pas trop à sourire. Une grosse femme, rustique et rustre, lance gentiment (et gratuitement) « Pourquoi vous les Gringos (surnom donné aux Américains) vous êtes d’aussi mauvaises personnes ? ». Ambiance.

Les autres véhicules passant à proximité roulent soit très vite et n’ont pas le temps de s’arrêter (et cela devient dangereux pour nous), ou soit très lentement et on se sent observé de manière assez désagréable, tancés par de nombreux coups de klaxon. On fait machine arrière et on repart rejoindre cette gare, tant pis. On va devoir prendre un bus et je crois que l’on va abandonner l’idée du stop dans le nord de l’Argentine.

On part alors à 1 h de Paso de los Libres, avec la promesse de ne jamais y retourner et on arrive à 3 h à Mercedes, qui va s’avérer pire que le village précédent. Le bus pour la réserve écologique ne partira pas avant 12h30, on a donc 9 heures à attendre. On s’installe dans une petite salle couverte mais sans porte.

Au pied des bancs, quatre femmes guaranis (des Indiens de cette région) dorment les unes contre les autres pour se protéger du froid. Elles sont entourées par leurs paniers en osier, qu’elles prépareront quelques heures plus tard à l’aube avant d’essayer de les vendre dans le centre du village dans la journée. D’autres zonards titubant s’offrent un morceau de sieste face à nous dans cette salle d’attente aussi puante qu’angoissante.

IMG_7074

L’attente nocturne interminable du bus pour aller à la réserve 

Midi sonne alors et nous sommes prêts à embarquer pour Colonia Pellegrini, la fameuse réserve écologique. Le bus est très vieux et brinquebale sur ce chemin de terre. 120 kilomètres à alterner entre sieste, observation du désert et efforts pour retenir les sacs qui s’échappent dans tous les coins. Le chauffeur, un jeune métis aux traits fins et au costume jaune impeccable mène son véhicule avec des épaules de fer. Arrivés à bon port, on va enfin pouvoir se reposer.

DSCF1504

Sur la route, direction la réserve de Colonia Pellegrini

>> Pétard, Chivito et Maté, revivez notre séjour en Uruguay

Après deux jours de visite de la réserve, retour « en ville ». On a vécu un orage énorme quelques heures plus tôt mais le bus passera bien à 4 h du matin pour nous ramener à Mercedes. Des énormes flaques d’eau se sont créés sur ce chemin boueux et le retour va s’avérer sportif. Toujours aussi fier au volant, notre jeune chauffeur va pourtant se faire quelques frayeurs.

Lancé à vive allure, malgré l’absence de luminosité et les nombreux trous, il enchaîne les coups de frein salvateurs pour ne pas s’échouer. On frôle même la catastrophe après une gigantesque flaque mal négociée. Le bus fait une embardée et parvient à se stabiliser mais les phares s’éteignent. Lorsque le chauffeur parvient à rallumer les veilleuses, on est quasiment en train de s’échouer sur la droite de la route. Il faut alors un énième coup de volant pour redresser la situation. Petit stop pour re-brancher le fusible qui a sauté et refaire fonctionner les phares et nous voilà repartis jusqu’à bon port, sans aucun stress bien sûr.

La « grande aventure » du nord de l’argentine s’arrête à Mercedes puisque nous décidons, au vu des difficultés à faire du stop, de rallier Mendoza, à l’ouest du pays, en bus, malgré des prix très élevés. On se dit que l’on n’a pas le choix et que l’on aura plus de succès à faire du pouce au sud du pays, réputé pour ça. Après plusieurs jours de repos et de visites à Mendoza, on s’apprête à repartir demain matin le pouce en l’air. Et on prouvera aux pessimistes qu’ils avaient tort.

DSCF1707

Saut de puce en pick-up

Marc Nouaux

Photos: Mélissa Pollet-Villard et M.N.

2 Comments
  • POLLET VILLARD SOPHIE
    Posted at 18:53h, 22 février Répondre

    L’aventure c’est l’aventure…..Faites attention tout de même

  • Marie
    Posted at 17:59h, 25 février Répondre

    Les aléas des voyages permettent de décrire la réalité des pays visités. L’aventure, c’est aussi voir de belles choses, mais aussi les difficultés. J’avoue que je viens de prendre le fou rire en lisant ce texte « déjanté ». Et pour une fois, aucune angoisse après la lecture de ce récit. Restez vigilant quand même.

Post A Comment