Les Cahiers Vagabonds | Récit #6: Au hasard de la route, la découverte de Malargüe au coeur des Andes
Voyage, reportages,
1183
post-template-default,single,single-post,postid-1183,single-format-standard,qode-quick-links-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1300,hide_top_bar_on_mobile_header,qode-content-sidebar-responsive,qode-theme-ver-16.8,qode-theme-bridge,disabled_footer_bottom,qode_header_in_grid,wpb-js-composer js-comp-ver-5.5.2,vc_responsive

Récit #6: Au hasard de la route, la découverte de Malargüe au coeur des Andes

Après notre trajet « sportif » à travers le nord de l’Argentine, nous pensions que la suite du voyage en direction du sud serait plus aisée. Tout ne s’est pas déroulé comme on l’espérait. Et c’est tant mieux. Les aléas de l’aventure nous ont menés vers une petite ville des Andes, véritable coup de coeur de notre voyage. Récit.

>> Nos (més)aventures dans le nord de l’Argentine ici

Mendoza a été un petit hameau de repos après notre épopée rocambolesque en stop. La sortie de la ville quelques jours plus tard n’a pas démenti à la règle. Après avoir pris un bus local en direction du sud afin de sortir de la ville, nous nous arrêtons dans une bourgade sans trop savoir où aller, sinon, de rejoindre la mythique Route 40. Ce trajet à lui seul nous aura nécessité trois heures. Nous qui voulions partir tôt pour échapper aux températures caniculaires nous retrouvons finalement sur une voie d’insertion à la 40 en plein cagnard! Pouce en l’air, on se rend vite compte que la journée va être longue. Aucune voiture ne s’arrête malgré un trafic dense.

>> Mendoza en vidéo par là

Nous changeons de spot, pas plus concluant que le précédent. Nous gagnons alors une station service, en se disant que la chance sera plus à notre avantage si on peut parler avec les gens.

Bingo! Un homme d’une quarantaine d’années nous fait monter dans son pick-up. On roule une soixantaine de bornes en papotant avec lui. Négociant en vin, il se rend bientôt à Bordeaux pour un voyage d’affaire. Ce n’est pas sans un air envieux et quelques nostalgies passées qu’il nous raconte son passé de baroudeur. « J’ai trois filles, je ne peux plus voyager de la sorte. Mais je les emmène à la montagne et on s’éclate tout autant! » nous confie-t-il. Il nous dépose enfin à un poste de police, spot bien utile pour nous puisque les voitures sont forcées à ralentir, voire s’arrêter.

Nous n’attendons pas plus de deux minutes qu’un couple de jeunes argentins partant en week-end nous propose de nous avancer à San Rafael, petite ville viticole. La route est sans fin, immense, droite. Deux lignes jaunes la coupent en deux, serpentant à travers un paysage désertique et plat. Les fenêtre grandes ouvertes, nous profitons de l’air tiède qui s’infiltre par bourrasques dans la voiture.

IMG_7086

Sur la route 40

Nos deux nouveaux amis nous déposent à la station service, quasi déserte. Nous essayons de trouver une voiture, en vain. Tous sont des habitants de la ville. Nous tentons notre chance plus loin, au niveau d’un rond-point. En plein ville, nous n’avons que peu d’espoir, mais un jeune infirmier nous propose de nous déposer en sortie de ville.

Deux choix s’offrent alors à nous pour aller au sud: la Route 143, très fréquentée ou la Route 40, presque déserte, mais qui est notre itinéraire de base. Et surtout, la Route 40, c’est la route mythique d’Argentine. On prendra celle-ci coûte que coûte! C’est motivés que l’on relève le pousse. La chaleur n’a jamais été aussi prenante. L’endroit est glauque et un individu louche (et éméché) s’approche de nous. Il danse et chante et nous dit d’en faire de même. En étouffant nos rires, on part en direction d’une station service un peu plus loin.

Coup de chance ou bel hasard, un homme accepte que l’on monte dans la benne de son pickup, déjà occupé par un de ses employés. On saute à l’intérieur avant qu’il ne démarre, en trombe. Alors que nous sortons définitivement de la ville, notre surprise est immense et nous laisse sans voix. Le paysage est à couper le souffle. Des plaines lunaires et des monts irréguliers nous entourent, dans un silence sec et désertique. Seul le vent chaud frappe nos oreilles. Instant magique.

IMG_7097

Dans la benne du pickup

L’homme nous arrête au niveau d’un bouiboui vendant boissons et denrées (le seul à des kilomètres à la ronde) avant de bifurquer sur un chemin de terre. Nous sommes au milieu de nulle part. Seuls quelques arbres abimés par le vent viennent parsemer ces étendues jaunies. Nous faisons une petite pause, juste le temps d’observer le gérant jeter son mégot dans un bidon en guise de poubelle, y mettant involontairement la feu. Il revient tranquillement avec une jarre d’eau pour l’éteindre, pas le moins du monde inquiet. Nous reprenons notre chemin. Ou plutôt, nous attendons sur cette route désolée.

DSCF1739

Stop au milieu de nulle part

Une petite Clio s’arrête. Un jeune Patagon cherche une station service, il est presque en rade d’essence. La prochaine est à 90km dans notre direction. Nous embarquons avec lui. Au pire, on lui fera de la compagnie si on tombe en panne! Nous arrivons à bon port, dans la minuscule et peu accueillante ville d’El Sosneado. Il ne nous reste plus que 50 km avant d’arriver à la prochaine ville, au sein de laquelle nous voulons faire étape pour la nuit. C’est une fois de plus un pickup qui nous accueille, cette fois, sur les sièges arrières.

C’est exactement à ce moment qu’une belle aventure commence à se dessiner. Trois hommes occupent le véhicule. Ils nous offrent des sandwichs chauds et font tourner une bouteille de bière. C’est le conducteur qui s’en délecte le plus. On se regarde du coin de l’oeil, mi-divertis, mi-soucieux.

DSCF1741

Emmanuel, notre guide de montagne

L’homme nous dit qu’il tient une petite agence de tourisme à Malargüe, notre ville étape. Nous lui précisons que nous comptons n’y passer que la nuit, souhaitant poursuivre notre route pour le sud (nous n’en sommes qu’au tiers de notre itinéraire fixé). Les trois hommes s’animent alors et nous affirment qu’il faut absolument s’arrêter plus longtemps dans leur ville, car les environs valent le détour. Flairant un peu l’arnaque, nous disons que nous allons y réfléchir.

L’homme nous dépose alors à un hostel tenu par un ami. Les dortoirs sont classiques mais l’endroit est vraiment buena onda! Après un rapide coup d’oeil dans notre guide, on s’aperçoit que Malargüe est une étape fortement recommandée et que le tourisme l’a jusqu’à présent injustement boudée.

Porte d’entrée d’une station de ski l’hiver, la bourgade présente l’été une multitude d’excursions (randonnée, spéléologie, thermes…). Nous nous décidons finalement à rester. Notre chauffeur repasse nous voir et nous lui demandons si une excursion à cheval est envisageable. « Je me charge de tout et nous partirons demain dans la matinée, nous dit-il. Rendez-vous à 10h ».

C’est avec la demi heure argentine (de retard) que nous embarquons dans le 4×4 d’Emmanuel, notre guide pour la journée, accompagné de Chaco, son fidèle acolyte, un chien chocolat aux magnifiques yeux verts d’eau qu’il a sauvé de la mort alors qu’il n’était qu’un chiot.

IMG_7105

En route pour Las Loicas

Nous roulons à vitesse moyenne sur la magnifique 40, offrant à chaque virage un spectacle encore plus grandiose. A flanc de montagne, nous longeons une rivière plate et cuivrée serpentant entre les reliefs zébrés des Andes. 110 km de beauté indéfinissable.

Paysages lunaires, pentes argentées, vertes et dorées et rochers pourpres défilent sous nos yeux. Chaco ne loupe pas une miette du paysage, sortant sa truffe à l’air pour profiter du panoramique. Nous faisons de même, le sourire aux lèvres.

DSCF1768

Sur la Route 40

Quelques kilomètres avant la frontière chilienne, nous bifurquons sur un chemin de terre, menant à notre point d’arrivée, Las Loicas, petit village gaucho. Emmanuel nous dépose devant une petite maison dont le jardin est coupé par un ruisseau limpide. Chevaux, chiens, chats et poules peuplent son enceinte.

Une femme vient nous accueillir et nous présente sa famille, ses trois garçons et son mari, qui sera notre guide pour la sortie à cheval. Avant cela, nous partageons une parilla (barbecue) avec eux, entre timides questions, compliments et longs silences. Puis Edmundo part atteler les chevaux. Nous le rejoignons et les montons, non sans peine.

DSCF1798

Chez Edmundo

C’est sous un ciel menaçant que nous trottons en direction des Andes. Au coeur même des montagnes, nous gravissons puis redescendons des monts, longeons des arrêtes, zigzaguons entres les ronces et traversons des rivières. Seul le souffle chaud des chevaux vient rompre le silence paisible et mystique émanant des ces majestueuses montagnes.

DSCF1818

Les Andes, superbes et colorées

De temps à autre, un tatou déboule d’un arbuste, courant à toute vitesse pour ne pas être attrapé par l’un des chiens nous accompagnant, toujours aux aguets. Notre guide, véritable gaucho humble et peu bavard, nous fait traverser trois heures durant ces espaces qu’il semble connaître par coeur.

>> A la découverte du gaucho Edmundo et de sa famille

Sentiment d’être seuls au monde. Liberté sauvage. Beauté et émerveillements. Nous croisons quelques chèvres, peureuses et tombons sur quelques ossements. « Des chevaux », nous dit Edmundo, sans que nous n’en sachions plus.

Gaucho, chevaux et paysages spectaculaires

Le tonnerre commence à gronder. Des éclairs parsèment le ciel. De véritables barres de feu magnifiant les rouges, les pourpres et les jaunes des monts alentours. Le vent souffle. Le ciel, noir, nous tombe sur la tête.  Nous traversons un pont. Nous voilà arrivés avant l’averse! Un dernier maté et nous quittons cette modeste famille au coeur grand. Retour par la 40 sous la pluie.

Demain, il faudra la reprendre en stop…

 

Mélissa Pollet-Villard

Photos: M.P-V.

Vidéo: Marc Nouaux

1 Comment
  • Sophie POLLET VILLARD
    Posted at 09:58h, 16 mars Répondre

    Instant magique d’une rencontre. Jecko veut y aller!!! Il adore les chevaux et les balades….et ses congénères ont l’air sympa

Post A Comment