Les Cahiers Vagabonds | Récit #7: Camarones, ou le rendez-vous manqué avec Florent Pagny et les manchots de Magellan
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Récit #7: Camarones, ou le rendez-vous manqué avec Florent Pagny et les manchots de Magellan

Je crois que l’on ne prendra jamais l’apéro avec Florent Pagny en Patagonie. Pas plus qu’on ne verra de manchots de Magellan. Quel rapport entre les deux ? Camarones, petit village de 800 habitants situé sur la côte atlantique de l’Argentine.

L’histoire commence quelques minutes avant de rallier la ville de Puerto Madryn, porte d’entrée de la Patagonie atlantique. Alors que nous faisons du stop, nous rencontrons Sebastian, un trentenaire originaire de Camarones, situé 200 km plus au sud.

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« Ha vous êtes Français… Vous savez qu’il y a un chanteur français qui habite dans notre village ? » Devant notre surprise, il insiste. « Si, Paguéni ou Pakeni, je ne sais pas comment ça se prononce… » Ca fait tilt. Florent Pagny ! Celui qui est allé jusqu’en Patagonie pour conserver sa liberté de penser.

Nous serions donc tout près de chez lui. Sebastian jure qu’il l’a déjà vu, qu’il a une superbe villa au bord de la mer à quelques kilomètres du village. Si on va là-bas, il pourra nous la montrer. Nous ne manifestons pas un enthousiasme débordant mais on le garde dans le coin de notre tête. Une rencontre avec Florent en Patagonie, ce serait quand même marrant. Surtout que sa maison doit être bien canon.

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On explique à notre chauffeur que l’on aimerait surtout aller à Camarones car on peut s’approcher très près des pingouins à une trentaine de kilomètres du village. « Ils vivent sur la plage qui appartient à Pagny », nous répond-il. Décidément, tout est lié. On pourrait faire d’une pierre deux coups. Boire le maté ou l’apéro avec Florent, dissertant sur les règles d’imposition en France, tout en reniflant l’odeur des plumes des manchots. On s’y voit déjà. On prend donc rendez-vous avec Sebastian pour le week-end suivant pour une visite et un asado.

Première tentative pour aller voir les manchots

En attendant, on fait escale à Puerto Madryn. Notre mauvais timing avec les manchots se ressent dès notre première visite. Dans la réserve naturelle de la péninsule Valdes, on a 99% de chances de voir des manchots et de s’en approcher tout près à cette période de l’année. Désagréable surprise, lorsque l’on débarque devant des nids désertés. « Ils sont tous partis chasser, quelle peine, c’est vraiment très rare », nous lance, désolé – ou faisant semblant de l’être -, notre guide. Gentiment, un retardataire sort de son trou à une dizaine de mètres. Dix secondes pour la photo. Puis il y retourne.

Un brin déçu, nous repartons de Puerto Madryn avec la conviction que de toute façon, ce sera mieux à Camarones puisque l’on va pouvoir observer pleins de manchots tout près, avec Pagny qui nous expliquera les spécificités de leurs plumes et de leurs ailes, la pochette du single « un jour, une femme » en guise de sous-bock.

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Aidé par un jeune qui nous a transporté sur 70 km (et qui ne connaît pas Florent Pagny), nous atteignons Camarones à la tombée de la nuit. Une fois la tente plantée, on part à la recherche du fameux Sebastian. Il nous a dit que sa famille avait la station-service du village. On ne l’y trouvera pas.

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Un peu interloqués, nous poursuivons tout de même notre enquête de proximité au sujet de Pagny. Le gérant du supermarché est formel. « On ne le voit pas souvent. Peut-être deux ou trois fois par an, surtout pendant l’été (entre décembre et février). » En l’espace de dix minutes, nos illusions d’apéro avec « apprendre à aimer » en fond musical perdent de l’épaisseur. On essaie tout de même d’en savoir plus.

« Sa maison se repère facilement sur la côte. Et de l’autre côté de la route, il y a son estancia. Si c’est un client facile à servir ? Oh oui, il est très simple et très sympa, il ne se la raconte pas. » Je m’imagine alors Pagny parcourir les deux rayons de cette modeste bicoque, à la recherche d’une bouteille de whisky et d’un paquet de chips à la tombée de la nuit.

Route bloquée, villa invisible

Le lendemain matin, nous filons à l’office de tourisme pour trouver un moyen d’aller jusqu’aux manchots. Dans un petit bureau, une dame à la voix toute douce nous répond que c’est malheureusement impossible. Il a énormément plut depuis deux jours (ce qui n’arrive presque jamais), le chemin d’accès est donc fermé, au moins jusqu’au lendemain et il n’y a pas de loueur de vélo ici. « Vous avez aussi le musée du bouton d’or », tente l’employée de tourisme, avant que ne la coupe Mélissa, dont le visage a subitement changé d’expression.

La perspective de devoir attendre jusqu’au lendemain ne nous enchante guère mais on s’y résout, tout en sentant le traquenard s’amorcer. Le village est froid, ouvert aux quatre vents, les commerces fermés, les gens suspicieux. On tente un café dans le seul restaurant ouvert. On n’y reste même pas une heure, chassés par les employés qui décident de fermer. A la sortie, un crachin désagréable et froid nous accueille.

On arrive tout de même enfin à échanger avec Sebastian qui nous indique qu’il n’est malheureusement pas à Camarones. Ca ne sent vraiment pas bon. Tout finit par s’effondrer lorsque l’on tape sur Google actu « Florent Pagny » (une recherche inédite). Notre chanteur adoré est en train de travailler dur en France puisque la nouvelle saison de The Voice a démarré. L’idée de voir Florent se rouler un pétard avec sa feuille d’imposition tout en écoutant de l’opéra s’enterre définitivement.

Le lendemain, la route toujours coupée, c’est avec une déception immense que nous décidons de quitter Camarones, malgré la tentative de Sebastian de poster un message sur facebook pour « aider ses amis français à trouver quelqu’un pour les amener en voiture voir les manchots ». Trop tard, nous tournons le dos au village de Florent comme lui aime le faire aux candidats de son émission de télé-réalité. Si au final, on s’en moque bien de ne pas avoir vu le chanteur, on espère enfin voir les manchots.

Troisième tentative quelques jours plus tard au sud, à Puerto Deseado. On y croit.

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M.N.

Photos: Mélissa Pollet-Villard

2 Comments
  • Sophie POLLET VILLARD
    Posted at 20:53h, 21 mars Répondre

    J adore les clichés sur F Pagny…marrant

  • marie
    Posted at 22:26h, 30 mars Répondre

    Superbe récit humoristique

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