Les Cahiers Vagabonds | Récit #8 : Pêche, asados et manchots… On a passé une semaine en immersion à Puerto Deseado
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Manchots de Magellan

Récit #8 : Pêche, asados et manchots… On a passé une semaine en immersion à Puerto Deseado

L’incertitude de faire du stop offre généralement de bien meilleures surprises que de mauvaises. Au hasard des rencontres, nous avons croisé le chemin de Nelson, Patagon perdu en voiture dans la province de Mendoza, dans le nord ouest de l’Argentine.

En parlant de pêche, de musique et de paysages, il nous a donné envie d’aller visiter sa ville, Puerto Deseado (Port Désiré), sur la côte atlantique, au sud-est du pays. Trois semaines plus tard, Nelson n’a eu besoin que d’un message de notre part pour nous recevoir chez lui et nous faire partager son quotidien. Récit.

 

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Jour 1 – Dimanche : L’hospitalité patagone 

La nuit tombera dans deux heures et il nous reste environ 120 km pour rallier Puerto Deseado. Un camionneur nous a laissé à une intersection déserte, glauque et ouverte à tout vent. A peine le temps de poser les sacs à terre qu’un couple de sexagénaires, Jose et Ana, s’arrête. Accompagnés par les coups de klaxon de notre routier satisfait de voir que l’on a trouvé un relais, nous montons en voiture en direction de notre objectif. A la lecture des panneaux, on constate avec grande surprise et joie que nous pourrons voir des manchots de Magellan dans cette ville. Après deux tentatives infructueuses, cette fois-ci serait donc la bonne

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Pour l’heure, nous partageons le mate avec nos nouveaux amis avec qui le courant passe bien. Ils nous proposent de les suivre jusqu’à leur maison afin que l’on puisse se connecter en wifi et joindre notre contact sur place. A ce moment-là, nous ne savons pas encore où nous allons loger.

Un message plus tard et Nelson nous propose de nous prêter son appartement. Il a de quoi loger ailleurs, il nous invite donc à s’installer chez lui. On ne se connaît presque pas mais il nous offre toutes ses commodités personnelles et nous donne rendez-vous le lendemain pour une balade en pick-up avec un ami à lui. A peine croyable. On se repose pour la première fois depuis un mois et demi dans un vrai lit. Vivement le lendemain.

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Jour 2 – Lundi : Histoire, rencontres et bon gueuleton

C’est reposé que nous prenons le petit-déjeuner en prévoyant nos plans de la journée. Une idée nous anime plus que toute autre : aller voir les manchots. Nous nous rendons sur le port afin de nous renseigner sur les excursions, que nous savons chères. La scoumoune nous suit, les trois cabanes organisant des sorties sont fermées. La saison est terminée. Nous tentons de les contacter, en vain.

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Nous profitons d’être sur les quais pour aller visiter le musée municipal Mario Brozoski, dédié au Swift, corvette ayant fait naufrage sur la côte en 1770. Les restes du navires, découverts seulement en 1982, sont situés à quelques dizaines de mètres seulement de l’actuel port. Grâce à un travail d’archéologie marine remarquable, de nombreux objets sont exposés, ainsi que de bonnes informations pour comprendre l’histoire tragique de cette embarcation anglaise.

Une fois sortis, nous contactons Nelson qui nous donne rendez-vous en fin d’après-midi. C’est avec un ami, Enzo, qu’il passe nous récupérer par aller faire une balade à bord d’un énorme pick-up tout terrain. Nous roulons sur des chemins de terre au milieu des plaines désertiques patagones, croisant ci et là quelques guanacos et slalomant entre d’immenses flaques de boue. Enzo se gare à l’entrée d’un canyon magnifié par les lumières chaudes du soleil couchant. Nous prenons le mate sur fond d’histoires de puma, fauve mythique du paysage local.

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Un brin effrayés, nous sommes rassurés quand nous comprenons que rares sont les personnes à avoir eu le privilège (ou pas) d’en apercevoir. Enzo nous invite à un asado le soir-même. Nous proposons de faire le dessert… « Je voudrais quelque chose de typiquement français ! », nous demande notre hôte.

C’est donc avec notre clafoutis aux myrtilles encore tiède que nous les rejoignons dans son quincho – lieu de détente au sein duquel les Argentin se réunissent pour cuisiner et manger en famille ou entre amis – et que nous rencontrons Jessica, sa copine. Nous dégustons un asado de mouton, viande typique du coin, arrosé de plusieurs bouteilles de Malbec.

En fin de repas, alors que les yeux commencent à nous piquer, Enzo sort du bar de son beau-père une bouteille empoussiérée de pisco. Nelson gratte quelques morceaux sur une guitare tout en chantant des airs locaux, belle conclusion à ce repas des plus conviviaux.

Jour 3 – Mardi : Vent, pêche, mate et balades

Encore un peu embrumé par le vin et le pisco de la veille, le réveil est difficile. On se rejoint en début d’après-midi avec Enzo et Nelson pour une petite visite de la ville. Leurs yeux ne sont pas beaucoup plus ouverts que les nôtres mais c’est suffisant pour nous aider à arpenter Deseado et ses proches alentours.

Le vent a le mérite de nous réveiller lorsque l’on arrive en bord de mer. On s’abrite à l’entrée d’une grotte, au milieu des rochers, pour partager un mate et lutter contre le vent patagon, incommodant mais toutefois pas de taille à lutter contre l’hospitalité de ses habitants.

De retour en ville, nous faisons une halte au musée du chemin de fer. Comme dans de nombreux endroits d’Argentine, Puerto Deseado a vu sa ligne de train fermer à la fin des années 1970. Ses anciens employés ont tout mis en œuvre pour récupérer l’ancienne gare et en faire un musée.

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Les retraités bénévoles qui assurent la visite sont assez fiers de nous présenter toute une collection de vieux objets du début du XXe siècle. Nous regardons alors un petit film sur l’histoire de la ville tout en prenant un dernier mate avant qu’Enzo nous raccompagne. Il en profite pour nous informer que le rendez-vous est pris le lendemain avec son oncle pour filer en bateau sur l’île qui se trouve en face du port pour aller voir los pingüinos. On a hâte!

Jour 4 – Mercredi : Rendez-vous encore manqué avec les manchots

Dès le petit matin, on commence à se dire que ça ne sent pas bon. Nelson et Enzo repoussent l’heure de rendez-vous pour embarquer à bord du bateau. Le vent est fort et la mer très agitée. Le bateau ne pourra finalement pas traverser la maigre distance qui sépare le port de l’île aux manchots. Le sort s’acharne, on s’imagine qu’on ne les verra jamais.

Le plan B proposé par les amis est de faire une sortie à une trentaine de kilomètres de la ville pour aller pêcher et boire le mate. Pendant près d’une heure, Enzo avance son pick-up au milieu de chemins boueux, tortueux et accidentés au rythme de Queen, Roger Waters ou encore des Red Hot.

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Le cœur léger, le sourire aux lèvres, mes yeux collent la fenêtre pour ne pas perdre une miette de cette nature. Des vastes plaines sur-lesquelles se croisent émeus, guanacos, renards, moutons, mouffettes, tatous et tinamous (mais toujours pas de puma). Au bout du chemin, un spot de pêche aussi beau que désert.

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Les amis installent leurs cannes pendant que nous préparons le mate et nous essayons au traditionnel jeu des ricochets. Un moment de légèreté que nous apprécions emmitouflés sous des chaudes parkas permettant de s’isoler du vent, toujours aussi épais.

Le soir sera plus chaud, près du feu du quincho d’Enzo et Jessica au sein duquel on mange une paella préparée par l’ami Nelson, visiblement meilleur cuisinier que pêcheur. Après une pêche infructueuse, il s’est résolu à téléphoner à son frère, professionnel en la matière, pour récupérer des produits frais pour cuisiner. Les papilles envoûtées, une fois de plus, nous partons nous coucher avec une nouvelle promesse. La météo s’annonce radieuse le lendemain et l’oncle d’Enzo préparera le bateau. Nous verrons enfin les manchots.

Jour 5 – Jeudi : Bateau, manchots et asado (bis)

Réveil en douceur dans cet appartement dans lequel on se sent maintenant comme chez nous. Regard par la fenêtre, le soleil est radieux, le vent, inexistant. Surexcités, on rejoint nos amis en ayant la certitude qu’enfin, on va voir les manchots, ultime souhait de notre venue en Patagonie.

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L’oncle d’Enzo nous attend déjà à bord de son Zodiac. Nous embarquons sans pouvoir quitter notre sourire : après tant d’épreuve pour aller voir les manchots, nous ne sommes plus qu’à quelques minutes d’eux. Non, mieux. Pour quelques pesos seulement et le privilège d’être les seuls à accoster l’île, nous allons passer l’après-midi à déambuler au milieu des ces curieux oiseaux noirs et blancs. On n’y croit toujours pas.

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Et puis, nous accostons. Le soleil voile notre vision de l’île. En plissant les yeux, j’arrive à voir un, puis deux, puis des centaines et des centaines de manchots, répartis sur cette langue de terre tels des petits arbustes. Il y en a tellement qu’on ne sait plus où donner de la tête !

Nous marchons en direction d’une plage de sable noir, afin que nos amis s’installent pour pêcher. Pour eux, les manchots font partie de leur quotidien et ne leur procure aucun émerveillement particulier. Nous au contraire, on est aux anges.

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La plupart des membres de la colonie s’écartent de notre chemin, mais en regardant bien, les plus téméraires se lovent au creux de leurs nids, nous regardant de leurs yeux ronds, oscillant de la tête et nous dévisageant sans trop d’inquiétude. Magique. Nous partons avec Marc à la rencontre de ses curieuses créatures, laissant nos amis vaquer à leur passion.

Plus de 20.000 manchots vivent sur ce lopin de terre, partagé entre landes et plages, ne proposant pour abris aux manchots que quelques arbustes secs et piquants. Les nids sont remplis de petites plumes blanches, duvet que les bébés ont perdus en faveur de leur plumage d’adulte. Nous sommes arrivés à temps, la colonie est presque prête à partir pour migrer vers un climat plus clément afin de passer l’hiver.

Après quelques heures passées au milieu de ces animaux drôles et attachants, nous continuons notre chemin plus loin à l’est, en direction d’un éboulement de pierres au milieu de la steppe patagone, déserte comme toujours. Etrange curiosité, le tas de pierre est surmonté d’une roche en forme de Y, ressemblant à un couple qui s’embrasse.

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La légende raconte, de manière shakespearienne, qu’une indienne et qu’un indien de tribus différentes se seraient aimés malgré les clivages de leurs familles respectives. Après leur mort, leur amour aurait été figé dans cette roche, pour toujours.

Le soleil commence à baisser. Nous rentrons déjà, nostalgiques, vers Puerto Deseado.

Ana et Jose nous ont invité pour un asado dans leur quincho. Un nouveau clafoutis (aux poires celui-ci !) en main, nous sommes accueillis comme des rois. La table est remplie de picadas et la viande cuit sur le grill. Une partie de la famille est réunie et nous accueille comme l’un des leurs. Le vin coule à flot. Nous rentrons nous coucher, repus.

Jour 6 – Vendredi : Cabo Blanco, à la rencontre des otaries à crinière

Comme une routine agréable, nos nouveaux amis passent nous prendre en pick-up chez Nelson.

80 kilomètres de route terreuse seront nécessaires avant d’arriver à Cabo Blanco, sur la piste de los lobos de mar. Nous roulons allègrement, le rock nacional animant cet éternel paysage désertique patagon qui défile devant nos yeux.

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Arrivés sur place, nous apercevons un phare qui surplombe la baie. Un vieil escalier de pierre serpente jusqu’à son entrée. Problème, il est précisé qu’il est interdit de passer. A peine le temps de finir de lire la pancarte qu’Enzo a déjà enjambé la barrière et nous fait signe de le suivre. Il connaît la région comme sa poche, on lui fait confiance et grimpons en direction du phare, vieux de plus d’un siècle. Devant nous, un panoramique grandiose et une mer d’un vert d’opale que seule la côte patagone connaît s’étendent à perte de vue.

Devant nos pieds, une descente puis de nouveau une barrière rocheuse fait obstacle à l’accès à la mer. La roche est coupante et recouverte de coquillages. Nous nous aventurons dans ce labyrinthe marin avant d’escalader les derniers rochers en silence. Nous arrivons à proximité des otaries, guidés par leur odeur rance et leurs cris. En catimini, nous nous approchons.

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Devant nos yeux, elles sont des dizaines avec leurs bébés et se font dorer la pilule au soleil ou nagent en s’amusant. Les plus proches nous repèrent et donnent l’alerte. Toutes sautent à l’eau. Il faudra attendre quelques minutes pour que les plus courageuses reviennent sur les rochers. Nous les contemplons, toujours en surplomb, riant de temps en temps face à leur maladresse terrestre et admirant leur dextérité dans l’eau.

Nous rejoignons ensuite le véhicule et roulons le long de la côte pour aller boire un dernier mate. Le soleil roussit et nous reprenons le chemin du retour.

Il faudra aller dire adieu à Ana et Jose. Nous les remercions chaudement pour tout et partons dîner une dernière fois chez nos amis, autour d’un pollo al disco, typique argentin. Jessica, pâtissière, nous régale également d’une charlotte aux fraises et au whisky. Elle est fière de nous raconter les desserts qu’elle sait préparer, dont les fameux macarons dont elle raffole. Un dernier verre de vin et nous regagnons le lit, épuisés et un peu tristes.

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Jour 7 – Samedi : Départ et adieux déchirants

Une semaine après avoir posé les valises, il faut déjà repartir. Nous venons de passer un superbe moment avec des gens que le hasard a mis sur notre route. On ne se connaît que depuis une semaine mais nous avons partagé déjà beaucoup et la fluidité ressentie lors de nos échanges nous procure le sentiment que ce n’est pas la dernière fois que l’on se voit.

Nelson nous conduit jusqu’à la sortie de la ville, où nous tenterons à nouveau du stop. Une accolade forte et sincère plus tard, nous tournons le dos à Puerto Deseado et à ses manchots, à nos amis, nos balades à pick-up et nos longues conversations autour de la table. Rendez-vous est pris pour se retrouver plus tard, en France ou ailleurs…

 

Texte: Mélissa Pollet-Villard et Marc Nouaux

Vidéo: Marc Nouaux

Photos: Mélissa Pollet-Villard

2 Comments
  • Sophie POLLET VILLARD
    Posted at 19:27h, 05 avril Répondre

    Encore merci à ces personnes qui ont accueilli Mélissa et Marc comme des personnes de leur famille.
    Le récit et les photos font rêver…L’ aventure côtoie amitié et générosité…Une carte postale inoubliable

  • Stephanie
    Posted at 11:40h, 12 avril Répondre

    Quelle belle expérience!

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