Les Cahiers Vagabonds | On en parle : Les jeunes Vénézuéliens racontent leur exil forcé en dehors de leur pays en crise
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On en parle : Les jeunes Vénézuéliens racontent leur exil forcé en dehors de leur pays en crise

« Parler de cette situation m’aide beaucoup, merci. » Abraham est un Vénézuélien de 24 ans, venu vivre en 2016 à Buenos Aires, en Argentine, comme de très nombreux compatriotes.

Une expatriation forcée par la situation politique, sociale et économique très tendue du Venezuela, que les médias français et européens commencent à décrire depuis quelques semaines, à l’heure où de nombreuses manifestations ont déjà fait 31 morts en un mois parmi les contestataires.

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Abraham, 24 ans, étudiant en design graphique – Photo Marion Godinec

Comme de nombreux Vénézuéliens, Abraham partage depuis quelques jours un hashtag #Heyworld suivi de « Venezuela needs help » ou « Venezuela needs democracy ». Une manière d’attirer l’attention sur la situation critique vécue par le pays.

Le Venezuela, pourtant premier pays producteur de pétrole brut au monde, souffre de pénurie alimentaire et de médicaments, provoquant une délinquance sans cesse croissante. Les taux d’inflation sont énormes (Plus de 800 %), la monnaie a été dévaluée et la contestation est immense au sein du pays. Si vous voulez comprendre les causes et les enjeux de la crise vénézuélienne, nous vous renvoyons vers cet article du Monde.fr ci-dessous.

>> Pour avoir une explication de la situation politique, sociale et économique, c’est par ici

De notre côté, nous souhaitions donner la parole à ces jeunes Vénézuéliens qui ont choisi de quitter leur pays pour aspirer à une vie meilleure. A notre modeste échelle, ce papier est une manière pour eux de communiquer avec l’Europe sur les difficultés qu’ils rencontrent…

Les témoignages récoltés sont ceux de  jeunes expatriés que l’on rencontre en France, Turquie, Espagne, Angleterre, Chili, Argentine ou Uruguay. Ils ont entre 18 et 35 ans, sont diplômés dans leur pays mais doivent accepter des emplois à l’étranger en dessous de leurs compétences  pour pouvoir vivre décemment.

Secrètement, ils espèrent pouvoir revenir dans leur pays en sécurité car même s’ils aiment voyager, c’est bien forcés qu’ils sont allés vivre à l’étranger. Ils nous livrent quelques réalités sur le quotidien de leur pays et sur leur situation en exil.

  • « Le jour pour aller au supermarché est décidé en fonction de son numéro d’identité »

Les produits de première nécessité se font rares au Venezuela. Il faut attendre de très longues heures pour pouvoir acheter du riz ou de la farine. Le gouvernement a réagi en régulant l’accès aux supermarchés.

« Mon numéro d’identité se terminant par 0, mon tour pour aller faire les courses était le lundi », révèle Maricarmen, licencié de chimie au Venezuela mais qui donne des cours d’Espagnol en Turquie, en attendant de pouvoir entrer dans l’Union Européenne.

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Maricarmen, 27ans, chimiste – Photo : Maricarmen

« Le Vénézuélien doit faire des queues de plus de 200 personnes chaque jour pour avoir – avec de la chance – du lait, du sucre ou n’importe quel produit basique », insiste Abraham.

  • « J’ai vu des gens qui ne vivent pas dans la rue chercher de la nourriture dans les poubelles »

Maricarmen est fille de professeur des écoles. Sa mère lui confie qu’elle voit de plus en plus d’enfants « manquer la classe à cause de dénutrition ou parce qu’ils doivent accompagner leurs parents à faire la queue toute la journée au supermarché ». Lors de ses derniers mois à Caracas, elle a vu des gens qui ont un toit « chercher à manger dans les poubelles ».

  • « Les milices payées par le gouvernement tuent les opposants »

De nombreux journaux européens évoquent aujourd’hui la dure réalité du pays. Le gouvernement paie des miliciens à moto pour venir tuer des manifestants opposés au pouvoir.

« On a peur d’aller manifester parce qu’il peut y avoir une vengeance derrière et on peut se faire tuer », explique Roger dont le compte twitter dépasse 6.000 abonnés.

Très actif sur les réseaux sociaux pour dénoncer les abus de son gouvernement, Roger, 30 ans, a des difficultés depuis plusieurs mois pour trouver un emploi d’ingénieur industriel en Argentine, où il est parti vivre avec son compagnon, Mario, 31 ans, lui aussi ingénieur.

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Roger, 30 ans, ingénieur industriel – Photo Roger Salazar

  • « On peut te tuer si tu n’as aucun objet de valeur à donner lorsqu’on t’agresse »

Les agressions de rue sont fréquentes. « On sort dans la rue sans nos téléphones portables ou objet de valeur car on peut être agressé dans n’importe quel petit magasin », explique Abraham. « Ils peuvent aussi te tuer si tu n’as aucun objet de valeur ou pas d’argent à donner lorsqu’ils t’agressent », déplore Maricarmen.

Maria, actuellement en France, raconte. « Une fois j’étais seule en voiture alors qu’il faisait nuit. Trois mecs dans une autre voiture m’ont fait une queue de poisson pour que je m’arrête. Je me suis dit ‘c’est sûr, ils vont me voler et me violer’. J’avais peur car en plus mon père s’était fait enlevé quelques mois plus tôt. Au final, j’ai eu un réflexe de survie, je ne me suis pas arrêtée, j’ai accéléré en passant par le côté. Ils ne m’ont pas suivi mais j’ai eu beaucoup de chance. »

Un cousin de Mario en a fait les frais. « Il a voulu faire plaisir à sa mère en rentrant faire une visite surprise. Il a été assassiné dans un taxi entre l’aéroport et chez lui par des voleurs de voiture. » Un drame qui incite les expatriés à rester chez eux et à ne pas rentrer en vacances.

  • « Je n’avais jamais pensé aller vivre dans un autre pays »

Pendant de longues années, le Venezuela a été une terre d’accueil que ce soit pour des européens ou Américains travaillant dans des compagnies pétrolières ou pour des Colombiens fuyant la violence de leur pays à la fin du XXe siècle. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse qui se produit.

« Je n’aurais jamais pensé partir de chez moi, s’exclame Mario. Avec un bon travail et une bonne situation, jamais je n’aurais voulu partir. » Son ami Roger est sur la même longueur d’ondes. « J’avais toujours pensé faire un semestre d’études à l’étranger mais pas plus. »

Abraham aurait bien voulu quitter son pays mais pour des considérations plus culturelles que politiques. « Je me suis toujours vu vivre en dehors de mon pays mais ce n’est pas pour des raisons économiques que j’aurais voulu le quitter. »

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Mario, 31 ans, ingénieur en géodésie – Photo Mario A.

  • « J’espère rentrer un jour mais je suis très pessimiste »

On a demandé à tous nos interlocuteurs s’ils pensaient revenir un jour dans leur pays. Ils nous ont unanimement partagé leur pessimisme. « C’est la grande inconnue, reste évasif Abraham. La seule chose qui est sûre, c’est que depuis l’étranger je ferai toujours parler de mon pays pour aider à bouger les choses. »

Mario espère voir la situation s’améliorer mais il a déjà fait une croix sur les cinq prochaines années. « Si on change vite de gouvernement, dans 4 ou 5 ans ce sera déjà plus stable… »  « J’ai toujours en moi l’idée de rentrer mais je sais qu’il va falloir beaucoup de temps pour retrouver une certaine stabilité chez nous », appuie Roger.

Maricarmen quant à elle, espère déjà « pouvoir aider peu à peu (sa) famille l’année prochaine en étudiant et travaillant en France. » Pour ce qui est de rentrer au pays, elle en rêve mais ne se projette pas.

« Bien sûr que j’espère revenir, insiste-t-elle. Je pense que tous ceux qui sont partis rêvent de revenir et de montrer au monde que notre terre est belle et que nous sommes un beau pays plus qu’un pays à problèmes. J’aime m’imaginer que je suis en train de rentrer pour aller voir tous mes êtres chers. »

Propos recueillis par Marc Nouaux

 

2 Comments
  • Stephanie
    Posted at 13:55h, 10 mai Répondre

    C’est fou parce que à Madrid, j’ai fait un free walking tour avec une jeune femme pour guide et elle vient du Vénézuela. Et ce qu’elle m’a raconté est exactement ce que je lis là. Je ne sais pas trop quoi dire à part que c’est moche 🙁 mais que j’espère vraiment que d’ici quelques années tout rentrera dans l’ordre !

  • Jeunes Vénézuéliens forcés à l'exil : témoignages
    Posted at 18:34h, 10 mai Répondre

    […] également ce billet sur Les Cahiers vagabonds, le magazine de Marc et […]

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