Les Cahiers Vagabonds | Récit #9: Le Lac Titicaca au milieu des montagnes, des champs et des villages sincères
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La traversée de Capachica

Récit #9: Le Lac Titicaca au milieu des montagnes, des champs et des villages sincères

Le nom du lac Titicaca fait beaucoup rire les enfants. Moi aussi je me souviens avoir ri lorsqu’un professeur a cité son nom pour expliquer qu’il était le lac le plus haut du monde (3.810 m d’altitude). En indien Uros – la tribu majoritaire sur le lac -, Titicaca signifie Puma (Titi) et Couleur – du Puma donc – (Caca).

La forme du lac, si on l’imagine bien, dessine un lapin sur le côté nord ouest. Sur la majeure partie, on peut y deviner un puma chassant le lapin. Personnellement, je cherche encore.

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Après avoir traversé la Bolivie à la vitesse de l’autobus avec Mélissa et Rémi (un ami qui nous a rejoint en voyage), nous avons posé nos gros sacs aux abords de ce fameux Titicaca dont les eaux sont partagées par la Bolivie au sud et le Pérou au nord.

Lorsqu’on l’aperçoit pour la première fois, il est autour de 9 h du matin. Le bus qui nous transporte de La Paz à Copacabana longe ses rives. Le soleil le fait scintiller. De l’autre côté de la route qui le surplombe, des paysans s’affairent dans tous les coins.

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Après plus de sept mois passés en Argentine et au Chili, la donne a changé. La Bolivie donne l’impression de faire un saut dans le passé. A l’horizon, pas de gros camions, pas d’immenses plaines remplies de moutons, pas de désert aride et peu de place pour la modernité.

Non, à l’horizon, on aperçoit un homme qui marque 65 ans, voûté, en file indienne avec ses trois bœufs, en train de rejoindre son champ. On voit ce groupe de femmes, larges des hanches, vêtues de tissus colorés, qui s’affairent à ramasser des pommes de terre. Elles sont en groupe, l’arrière relevé et la tête enfoncée vers le sol, comme soumises dans leur quête de ramassage de légumes.

Embouteillage

Les ânes et les moutons d’abord

Le long de la route, de nombreuses Boliviennes coiffées de chapeau melon marchent péniblement, rasées de près par les conducteurs imprudents d’autobus. Toutes ont leur tissu coloré (toujours des couleurs très vives) en forme de sac à dos.

A l’intérieur, on peut y trouver des fruits, légumes, produits artisanaux ou encore, des bébés, les poussettes n’étant pas à la mode par ici. Les femmes boliviennes sont admirables de vaillance. On ne les voit jamais se reposer. Lorsqu’elles sont assises, c’est pour vendre leurs produits.

Nous traversons une première fois le lac Titicaca puisque la route ne le contourne pas plus. Cinq minutes sur un petit bateau de passagers tandis que le bus fait le même trajet 100 mètres plus loin sur quelques planches de bois. Le système est archaïque mais fonctionne.

Les femmes travaillent, les hommes braillent

En attendant l’arrivée du bus de l’autre côté de l’eau, nous observons les femmes boliviennes vendre leur marchandise. Sur le trottoir d’en face, autant d’hommes, oisifs. Pendant que les dames sont à l’ouvrage, on les entend rire et brailler, les bras croisés, adossés à un mur d’où ils dévisagent les touristes qui défilent devant leurs yeux.

Nous atteignons finalement Copacabana, d’où nous faisons une traversée en bateau d’une heure et demie pour la Isla del Sol, peuplée par des indiens d’origine Quechua et Aymara.

Isla del Sol (bis)

Vue du lac depuis l’Isla del Sol

La partie nord de l’île est fermée depuis un mois, en raison d’une bataille concernant les retombées économiques de l’exploitation touristique du lieu. Deux tribus se partagent l’île et elles ne semblent pas d’accord. L’affaire est compliquée et on ne veut pas s’en mêler, la dynamite ayant déjà parlé. On reste donc au sud.

En arrivant sur la partie sud de l’Isla del Sol, on s’attend à un lieu très touristique et dénaturé. Ce n’est finalement pas trop le cas. Si les habitants ont abandonné la pêche pour se consacrer presqu’exclusivement au tourisme (hôtellerie, restauration, artisanat), ils refusent toujours en bloc l’accès aux véhicules motorisés ou aux vélos, préservant une certaine tradition.

Sur les routes et escaliers de vieilles pierres qui cheminent sur l’île, seuls les ânes, les femmes et les hommes transportent les marchandises. L’île paraissant à un immense rocher, les pentes sont raides et on voit les ânes reculer avant de grimper, effrayés par l’effort à fournir. Au sommet, cochons, moutons et chiens se croisent et parlent fort, observant avec un certain dédain les touristes qui se promènent.

Isla del Sol

Les moutons sont prioritaires sur l’Isla del Sol

Nous partageons un délicieux dîner après un somptueux coucher de soleil. Le ciel est dégagé et nous nous régalons à observer la voie lactée et les nombreuses étoiles qui se mettent à nu sur cette île vierge de lumières urbaines.

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Après une nuit de repos, nous repartons pour Copacabana dans un bateau surchargé de passagers piloté par un fier Bolivien dont les quatre dents en or brillent de mille feux.

Allongé à l’arrière, chapeau vissé sur la tête, il manie sa barre avec ses chaussures à pointe, s’offrant même quelques moments de somnolence que vient briser un blond et bavard Slovaque, venu lui arracher quelques mots. S’il me provoque des maux de tête, ce blondinet moralisateur a au moins le mérite de tenir éveiller notre navigateur distrait.

Les Iles flottantes, entre Disneyland et énorme malaise

Prochaine étape, la partie péruvienne du lac Titicaca. Quelques heures de voyage en bus pour traverser la frontière et se rendre à Puno. Un Péruvien fin négociateur monte dans notre bus pour nous proposer une chambre à prix compétitif. Il n’y a pas besoin de baisser les tarifs, il le fait par lui-même tout en énumérant le menu du petit-déjeuner du lendemain. Difficile de dire non tant il est persuasif. C’est une bonne affaire pour nous.

Le lendemain, nous allons à 20 minutes de bateau voir les îles flottantes. Sans grande conviction, les retours d’expérience que l’on a eu, font de ces lieux des attrapes-touristes. Avec raison.

Nous découvrons ces îles spéciales dans la matinée. Elles flottent entièrement, reposant sur un ingénieux système de bambous qui leur permet de rester à la surface (la durée de vie moyenne d’un îlot est de 50-60 ans, ensuite ils doivent reconstruire ailleurs au risque de couler).

La tribu des Uros s’y est installée il y a quelques siècles fuyant les Incas, plus guerriers, qui les ont dépossédés de leurs terres. Sur ces îles, ils étaient protégés et y sont restés jusqu’au milieu du XXe siècle. Aujourd’hui, ils accueillent les touristes dans une ambiance dénaturée. Nous y avons ressenti notre plus grand malaise de voyage.

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Le Lac Titicaca, le Pérou au nord et à l’ouest, la Bolivie au sud et à l’est

Après une explication (intéressante) sur la construction, le fonctionnement et l’histoire des lieux, les habitants nous invitent à entrer dans leurs modestes cabanes. Des rumeurs stipulent qu’ils n’habiteraient plus sur l’île et qu’ils iraient simplement y passer la journée pour le tourisme mais les panneaux salaires installés sur les cabanes suggèrent une vie quotidienne régulière.

« C’est ici que nous vivons », se justifient-ils, avant de montrer les objets qu’ils ont à vendre. La visite de leur demeure ne dure pas plus de deux minutes avant de nous inviter à rejoindre la place centrale, non sans avoir l’impression que le sol s’enfonce sous nos pieds.

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Sur la place centrale de l’îlot, installés autour d’un cercle avec leur artisanat (tapis tissés ou taies d’oreillers filées ainsi que de nombreux produits importés d’Asie que l’on retrouve dans les boutiques souvenirs), les locaux sont assis en tailleur, implorant que l’on achète leurs produits.

Un rapport de force très malsain et incommodant se met en place. Nous sommes là, debout, au milieu du cercle, regardant impuissant ces modestes gens qui espèrent que nos billets s’évaderont de nos poches. Le moment dure trente trop longues minutes avant que l’on nous invite à monter sur un bateau spécial, qu’il faut là aussi payer pour aller sur une autre île où se dresse un grand marché artisanal. Nous refusons et attendons avec impatience notre retour à Puno.

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A peine sortis du bateau, on attrape un mini-bus pour la péninsule de Capachica, deux heures plus loin. La route est magnifique à bord de ce van de douze places occupé par plus de 16 personnes. Un petit vieux au costume impeccable s’est faufilé entre Mélissa et moi. Il dort profondément et lorsqu’on tourne à droite, mon épaule lui sert d’appui-tête. Je n’ose pas lui enlever tellement son repos paraît sincère et obligé.

La traversée de Capachica

Embouteillage à Capachica

Capachica est très agricole. On observe vaches, moutons et cochons cohabiter au bord des routes. Lorsqu’on arrive au village, nous cherchons un endroit pour déjeuner. Une affichette « restaurant » nous attire. Des vieux et des jeunes cohabitent dans cette petite salle, la tête dans leur soupe.

Une gamine de 10 ans au service, sa mère l’épie depuis la cuisine

Sans un mot, on nous invite à nous asseoir. Nous sommes les seuls blancs de la pièce, on se sent épiés, plus par curiosité que par méchanceté. Alors que nous n’avons rien commandé, trois énormes bols de soupe atterrissent sur notre table. Carottes, maïs, haricots verts et blé mélangés à des morceaux de porc forment un bouillon rustre et efficace.

Le service est assuré par une gamine de 10 ans sous l’œil inquiet de sa petite sœur. La maman, elle, est en cuisine. On aperçoit son regard noir à travers une lucarne. Repus par la soupe, on ne lui commande pas le plat principal, ce qui ne contribue pas à lui redonner le sourire.

Sortis de table, nous trouvons un moyen de transport pour atteindre Llachon, le dernier village de la péninsule, 12 kilomètres plus isolé. Nous restons une heure à nous balader dans ce havre de paix où les coiffes des dames nous interpellent. Le chapeau traditionnel de Capachica est à la fois plat et rebondi et surplombé de deux grosses boules de couleur à chaque extrémité. Pour le faire tenir, une ficelle est rattaché au menton.

Femme portant la coiffe traditionnelle de la péninsule de Capachica

La fameuse coiffe traditionnelle de Capachica

Je me poste en haut d’une colline surplombant le village pour observer quelques scènes de vie. Un agneau cherchant à téter sa mère sous le regard de trois vieux dans un petit carré de jardin. Mélissa se baladant dans les ruelles avec son appareil afin de photographier une habitante. Rémi figé de longues minutes face au lac, dans une posture sobre et droite. Quatre cueilleurs de patate faisant une pause, ingurgitent quelques fruits pour se redonner de l’énergie.

C’est toujours en observant ces moments de la vie agricole que l’on rentre tranquillement à Puno, d’où on abandonnera le lendemain cet envoûtant lac Titicaca. Moment où je me suis d’ailleurs aperçu que j’avais oublié de tâter la température de l’eau.

 

Brin de causette

Discussion entre habitantes de Llachon

 

Texte: M.N.

Photos: M.P-V.

1 Comment
  • Sophie
    Posted at 11:33h, 09 juin Répondre

    Your dad’s dream

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