Les Cahiers Vagabonds | Portrait #4: Juan, le Colombien expatrié écoeuré par la série Narcos
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Portrait #4: Juan, le Colombien expatrié écoeuré par la série Narcos

Un samedi matin de décembre 2016, 8 h, dans un appartement de Buenos Aires. Les yeux noirs de Juan, encore plus assombris par le manque de sommeil lié à la fête de la veille, lui paraissent d’une lourdeur terrible. Vêtu d’un pyjama intégral, le téléphone vissé à l’oreille, il se prépare un café.

« J’écoute en direct l’émission de radio de mon papa qui parle de politique en Colombie », me glisse-t-il. Juan Parada – John Stop en anglais ou Jean Arrêt en français -, 32 ans, citoyen colombien expatrié, ne perd pas une miette du programme, même s’il est en gueule de bois et qu’il est fatigué.

« Après, mon père m’appelle et on débriefe. » C’est important pour les deux d’avoir cette relation, même à des milliers de kilomètres. Fils unique, Juan a perdu sa mère il y a plus de quatre ans. Après ce drame, il a eu un déclic et a changé de vie.

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Commercial pour une entreprise qui louait des véhicules blindés au gouvernement américain en déplacement dans son pays, il a fini par jeter l’éponge, dégoûté. « Les militaires américains faisaient des désastres en Colombie avant de revenir tranquillement aux Etats-Unis comme si de rien n’était. »

L’Argentine, pour avoir une université gratuite

Il a donc pris son baluchon et quitté Bogota direction Buenos Aires, où l’accès à l’université publique est gratuit. « J’ai fait partie des 15.000 étudiants colombiens qui sont obligés de venir étudier en Argentine car chez moi les études sont trop chères », explique-t-il.

Après un stage aux Etats-Unis, il est revenu à Buenos Aires achever son cursus universitaire avant, d’être embauché au Paraguay, à Asunción, où il commercialise du cuir. « Je suis le roi à Asunción », se réjouit-il maintenant. « La Colombie a été l’un des rares pays à soutenir le Paraguay pendant la guerre du Chaco (guerre opposant la Bolivie et le Paraguay entre 1932 et 1935). On est amis »

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Dès que l’on évoque un sujet, Juan entre rapidement sur le terrain de la politique et des relations internationales. Passionné par ce que lui a transmis son père mais aussi par fatalité. Enfant, il a dû vite s’intéresser à la guerre et aux agissements politiques. Entre le narcotrafic pendant les « années Escobar » et les groupes de guerilleras colombiennes, (FARC ou ALN parmi les plus célèbres), il a été servi.

« C’était le chaos », se remémore-t-il, sans nostalgie. « Un jour, avant d’aller à l’école, une explosion énorme à quelques pas de ma maison a fait exploser nos fenêtres, raconte-t-il. Mon père a simplement donné de l’argent à ma mère pour faire les réparations, puis il m’a pris et emmené à l’école. La vie devait continuer. C’était comme une habitude, malheureusement. »

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Alors forcément, quand il a vu surgir la série Narcos (qui retrace le parcours de Pablo Escobar) il y a deux ans, ses poils se sont hérissés. « Si tu veux faire un portrait de moi, tu dois dire que je n’en peux plus que l’on me parle de cette série quand je dis que je suis Colombien. Ca me fait mal au cœur car nous ne sommes pas ainsi. »

>> Pour nous voir en direct à la radio colombienne avec le papa de Juan, c’est par ici…

Amoureux de son pays qu’il a dû quitter pour obtenir un meilleur niveau de vie, Juan parle toujours avec sourire et chaleur de la Colombie où « les filles sont divines et les plages aussi ». Camarade de chaque instant, toujours enclin à accepter une invitation, généreux en amour, en amitié et en famille, il transmet une bonne humeur au quotidien.

Il aime se retrouver au cœur de soirées internationales pour chambrer les Français pour ses politiques corrompus, les Hollandais pour leur monarchie poussiéreuse ou les Argentins pour leur façon de parler. Il le fait toujours avec légèreté et humour mais surtout avec passion. Une manière pour lui de montrer au monde que la Colombie, c’est avant tout un sourire et non de la violence.

M.N.

Photos: Mélissa Pollet-Villard

1Comment
  • Sophie
    Posted at 12:51h, 07 juillet Répondre

    Beau portrait plein d’amitié

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