Les Cahiers Vagabonds | Récit #10: Sur la route du café et des palmiers de cire à Salento
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Récit #10: Sur la route du café et des palmiers de cire à Salento

L’odeur du café noir bien chaud inonde la pièce principale de cette grande et ancienne maison reconvertie en hostel au cœur de Salento. Les yeux encore barbouillés par un sommeil réparateur, les locataires doivent leur salut aux tintos généreusement servis par Lili, la maîtresse de maison.

La cinquantaine, cette Colombienne veuve a réaménagé son logement pour accueillir une vingtaine de voyageurs. Au réveil, elle prend le soin d’enlacer chacun de ses pensionnaires, même s’il n’y a passé qu’une nuit.

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Aussi chaleureux que l’aspect de son café, l’accueil de Lili surprend mais rassure. Armée de quatre machines, elle répartit la boisson chaude dans une ambiance familiale. Autour de ses tasses s’étalent les humeurs du matin, projets de vie ou plannings de la journée.

Depuis cette petite ville du centre de la Colombie, deux options sont privilégiées : visiter la charmante verte vallée de Cocora, habitée de palmiers gringalets mais mesurant jusqu’à 60 m de hauteur (les fameux palmiers de cire du Quindio) ou visiter une finca (ferme) de café.

 

Nous grimpons dans une jeep sur la place du village dont la charpente de ses maisons et ses couleurs pourraient rappeler le Pays Basque français. On est alors rejoints par Arthur et Charlotte, deux Français qui vont partager nos découvertes pendant deux jours.

Après une demi-heure de trajet, arrivée à l’orée de la vallée de Cocora. Un circuit de plus de trois heures permet de longer une rivière puis de grimper jusqu’à l’endroit où se situent les impressionnants palmiers.

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Certains montent à cheval et d’autres mettent les pieds dans la boue pour parvenir jusqu’à ce magnifique point de vue. La vallée paraît à un green de golf géant tellement le vert qui la colore en ressort puissant.

 

Telles des girafes paissant dans les champs verts et feuillus, les palmiers suscitent l’admiration tant pour leur finesse que pour leur résistance. Menacés par le vent, on les voit vaciller et on les entend craquer sans pour autant succomber.

 

Curieux mais époustouflant spectacle qui nous accompagne jusqu’au retour en jeep à Salento, où nous dégustons la spécialité locale, la truite, préparée dans un petit camion par une vieille dame au sourire fatigué.

Même s’il y a de nombreuses rivières dans cette délicieuse région, les poissons n’y sont pas originaires. Salento est plutôt connu pour sa pisciculture, les truites grandissent alors dans des bassins avant d’être généreusement cuisinées par tous les restaurateurs du village.

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Le lendemain, armés de nouvelles tasses de café de Dona Lili, nous prenons la direction de la finca de Don Elias, un octogénaire passionné, seul fabricant de café bio près de Salento.

Une petite heure de marche en descente (laissant craindre le retour) plus tard, nous empruntons un petit chemin sur la droite. La petite maison de Don Elias se dresse au bout de la route. Des tasses de café sont servies à un petit groupe venu, comme nous, visiter cette exploitation remplie de charme.

Un jeune de 18 ans guide les troupes pour expliquer les raisons de la présence de bananiers, avocatiers, framboisiers ou manguiers au cœur de l’exploitation. Situés au milieu des caféiers, ces arbres fruitiers jouent un rôle de pesticides naturels.

Après une brève visite de la petite production, nous prenons connaissance des différentes étapes de fabrication. Une fois récoltés, les grains sont extraits des « cerises » dont le café tel que nous le connaissons en serait le noyau. Le fruit blanc et visqueux sorti de la machine est alors conduit sous une petite serre dans laquelle on le laisse sécher plusieurs semaines.

 

Vient ensuite l’étape de l’extraction du noyau du fruit séché, futur grain de café, et de la torréfaction. Noir et déjà savoureux, il est prêt à être moulu. C’est donc déjà l’heure de la dégustation, peu importe qu’il soit l’heure de l’apéritif, du déjeuner ou du goûter, le café ne se refuse pas.

 

Don Elias pointe alors le bout de son nez pour nous remercier de notre visite. Le petit vieux au teint blanc est un gringalet plein de force. Le dos voûté, la tête en avant et le sourire charmeur, il a tout du bon papi gâteau. Il décrit sa future terrasse, qui permettra aux visiteurs de profiter de la dégustation.

Il raconte l’histoire de sa famille, productrice depuis des générations et accepte de poser pour la photo après quelques hésitations. Il a oublié son chapeau de paille dans la maison et n’aime pas vraiment laisser ses cheveux blancs sans coiffe. Peu importe, se laissant entourer par notre petit groupe, Don Elias arbore finalement son plus fier sourire. On le salue en lui promettant de recommander sa petite ferme aux amis qui auraient envie d’en savoir plus sur le café.

 

Nous trouvons un petit restaurant sur la route pour déjeuner. Le café servi à la fin du repas ? Gratuit, bien sûr.

Pour notre dernier soir à Salento, nous osons un restaurant placé sur la place du village. Argument de vente imbattable, le tenancier a des bouteilles de Ricard derrière son bar. Lorsqu’on demande au serveur de nous servir trois verres, il se retrouve décontenancé. C’est la première fois qu’il doit ouvrir cette bouteille et doit sans doute se demander comment elles ont atterrit ici.

On le briefe puis on lui fait goûter cet étrange breuvage anisé qui ressemble, en plus fort, à l’aguardiente (eau de vie anisée) locale. Les yeux d’abord écarquillés après la première gorgée, le serveur ne demande pas son reste pour se resservir généreusement. « Que rico » (que c’est bon !), s’exclame-t-il, avant de proposer un verre à tous ses collègues.

Aussi étrange que cela puisse paraître, nous avons bu notre seul Ricard en cinq mois de voyage au cœur de la zone la plus prolifique en café de la Colombie. Mais c’est bien un café noir que nous avons avalé en quittant Salento le lendemain matin avant de partir sur les traces des hippopotames de Pablo Escobar.

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Texte: Marc Nouaux

Photos: Mélissa Pollet-Villard

1Comment
  • SOPHIE POLLET VILLARD
    Posted at 11:48h, 05 août Répondre

    C’est beau et plein de poésie et les odeurs de café qui grille viennent chatouiller le nez

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