Les Cahiers Vagabonds | Hors des sentiers battus: Sur la piste des hippopotames de Pablo Escobar
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Hors des sentiers battus: Sur la piste des hippopotames de Pablo Escobar

24 ans après sa mort, Pablo Escobar tient toujours une place importante en Colombie et dans le monde occidental. La série « Narcos« , retraçant de l’intérieur le « parcours » du plus célèbre narco-traficant de l’histoire a remis « El Patron » sur le devant de la scène.

Au grand dam des Colombiens qui eux, n’ont pas oublié les années de chaos vécues à la fin des années 1980 jusqu’à sa mort en 1993.

Durant son « règne », Escobar a établi la résidence principale de son empire à l’extérieur du village de Doradal, situé sur l’autoroute Medellin-Bogota. La « Hacienda Napoles » s’étendait sur 3.OOO hectares et « El Patron » s’est offert quelques animaux exotiques.

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Eléphants, lions ou encore hippopotames acquis dans le but de duper les chiens détecteurs de drogue. En effet, en ajoutant des excréments de ces animaux exotiques autour des paquets de cocaïne, les chiens ne pouvaient déceler la présence de la poudre blanche.

En l’absence de prédateur, les hippopotames ont proliféré

Après le démantèlement de l’empire Escobar, la majorité des animaux ont été revendus à des zoos. Seuls quelques hippopotames n’ont pu être capturés. En 24 ans, libérés de tout prédateur et vivant dans un contexte adapté, ils ont proliféré et on en compte une trentaine aujourd’hui, dont certains… En liberté !

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Alertés par plusieurs articles écrits en juin 2016 sur ce sujet, on a décidé de se rendre à Doradal, afin d’aller interroger les habitants sur ces voisins plutôt originaux. Après de nombreuses heures de bus, nous découvrons cette ville de 8.500 habitants à la tombée de la nuit.

Les regards portés sur nous lorsque l’on déambule dans les rues ne mentent pas. Les locaux n’ont pas l’habitude des « Gringos ». S’il y a bien du tourisme national grâce à la Hacienda Napoles reconvertie en un grand zoo et parc aquatique, peu d’étrangers viennent marcher sur les traces de Pablo Escobar.

 

Situé sur l’autoroute, le village donne l’impression d’être transpercé par les gros camions de marchandise, portant toute l’exagération américaine. De gros trucks ronflant toute leur virilité étasunienne et donnant envie de vomir la pauvre pizza qui vient juste d’être ingurgitée en terrasse. Notre hôtel, situé au dessus d’un casino malfamé, n’est pas des plus reposants non plus.

Le lendemain matin, nous décidons de partir à la recherche des hippopotames. En face de moi, attablé de l’autre côté de la rue, un Pablo Escobar grandeur nature, l’air rassasié. La stature de la réplique est tellement impressionnante que j’ai l’impression d’avoir l’ancien baron de la drogue qui me surveille.

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En levant les yeux, on s’aperçoit que ce faux Escobar est abrité par la Tienda de Pablo, littéralement « la boutique de Pablo ». On s’y approche. Des fusils mitraillette en bois, des tee-shirt ornés du visage d’Escobar et de l’inscription « El Patron » et toutes sortes de bibelots rappelant son empire.

1.OOO pesos (soit 30 centimes d’euros) la photo avec Escobar. Un père et sa fille, armés de mitraillettes factices, font les durs aux côtés de la réplique. « Il fait partie de l’histoire, qu’elle soit mauvaise ou non, tente de justifier Mauricio, directeur d’une agence touristique. C’est la réalité et il y a beaucoup de gens qui ont cette admiration pour lui. »

Des panneaux pour prévenir du danger des hippos

Voyant bien qu’on l’a mis dans l’embarras avec ce sujet, on demande plutôt à Mauricio de nous glisser quelques conseils sur les hippos. Il nous explique que beaucoup sont désormais dans un parc de la Hacienda Napoles mais que certains sont toujours en liberté. Il nous recommande d’enquêter près du lac à la sortie du village, tout en nous proposant une excursion de rafting, « au cas où on ne sait jamais… »

Cinq minutes de marche plus loin, bordant l’autoroute, un petit étang qui prétend être un lac. Des barrières tout autour avec des panneaux colorés qui nous font bien rire : « Danger, présence d’hippopotames ». On approche du but.

 

On décide de scruter le « lac » pendant de longues minutes. A part quelques oiseaux pêcheurs et des mouches, pas grand-chose à admirer. On avance alors dans le quartier proche du point d’eau. Rosa, la cinquantaine mal abordée, les cheveux gras et le sourire d’un serveur parisien est assise devant sa supérette. On lui expose les raisons de notre venue.

« Les hippopotames ? Oh mais on en voit tous les jours ! », s’emballe-t-elle, nous certifiant qu’ils passent devant sa maison quotidiennement et que parfois on voit même des bébés. La chaleur accablant la fin de matinée, ses voisins ont déserté les rues. Pas moyen d’en savoir plus.

Au café le plus proche du lac, une serveuse nous dit avoir vu un jour un hippo passer devant sa maison, en plein centre ville. « Mais pendant la journée, aucune chance de les voir, il faudra attendre 17-18 h. D’ailleurs, pleins de gens s’arrêtent au bord de l’autoroute pour venir les voir. »

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On adapte alors notre programme. On file à la Hacienda Napoles pour se baigner un peu dans le parc aquatique pour tenter de fuir le soleil qui crache du feu. Au sortir de l’autoroute, dix minutes de moto-taxi au-delà de Doradal, on aperçoit la fameuse porte de la Hacienda, toujours coiffée de son avion de tourisme.

Seule a changé la couleur de l’avion, peint en zébré par la direction du parc, qui est porté par la thématique de l’Afrique. Escobar avait décidé de poser cet avion au dessus de la porte car c’était avec celui-ci qu’il avait réussi à exporter son premier chargement important de cocaïne aérien en direction des Etats-Unis.

Nous prenons bien le soin de photographier la porte pendant quelques minutes. Je prendrai bien le soin plus tard de l’effacer de la carte mémoire avant de la sauvegarder.

Quelques heures de détente dans les piscines et toboggans du parc puis nous retrouvons le village.

 

Le soleil tombe, les hippopotames vont donc montrer le bout de leur nez. Retour près du lac où une serveuse nous dit que quelqu’un en a aperçu un dans l’eau. « Il avait le nez et les yeux sortis, il faut bien observer. » On file donc au bord du lac, où on ne voit aucune voiture arrêtée comme c’était censé être le cas. Seuls quatre adolescents qui tentent de rouler un pétard sur leur moto.

Un peu surpris par notre présence, ils nous disent qu’à cette heure-ci, mieux vaut aller vers l’école pour trouver les hippopotames. Un jeune père de famille ravagé physiquement par le labeur tient sa petite cabane au bord du lac. Dans un espagnol mâché, il nous évoque « un seul hippopotame » et certifie qu’à cette heure-ci, « on ne le voit jamais ».

Quelque peu déçus par sa réponse, on poursuit nos investigations. Trois joyeux quadra qui ont attaqué l’apéro de bonne heure (ou pas terminé celui du midi à temps), nous apportent des indications précises concernant le quotidien de l’hippo.

 

A 18 h, il sort de l’eau. A 18 h 15 il passe devant le collège, à 18 h 30 il est en train de paître dans le champ près de l’école. Ils ne savent pas à quelle heure il se brosse les dents mais ils nous diraient presque combien pèsent ses excréments.

Ce qu’il y a de bien chez les Colombiens et les Sud-Américains en général, c’est que quand ils ne savent pas, ils donnent quand même une information. Quand nous sommes apôtres du « dans le doute, s’abstenir », eux prônent davantage le « Si tu ne sais pas, dis quand même une connerie ».

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Baladés à droite et à gauche par toutes sortes d’informations contradictoires, mythes urbains, fantasmes hippopotamiens et espoirs déçus, nous nous offrons un tour dans l’arrière-village. C’est vendredi, les enfants sont tous dans la rue jouant avec leurs voisins.

L’ambiance est joviale, les sourires sont collés aux lèvres lorsqu’il s’agit de nous aider mais les hippopotames ne pointent pas le bout de leur nez. Nous rentrons bredouilles en espérant les voir à l’aurore le lendemain matin, avant de quitter Doradal.

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Retour au centre du village agrémenté par quelques sympathies de Colombiens qui nous insultent sans lâcheté à bord de leur moto ou voiture en passant à plus de 60 km/h.

Le lendemain matin, le réveil sonne péniblement à 4 h 30. Un orage infernal s’abat sur le village, des torrents de pluie rendant notre tentative de sortie de plus en plus improbable. Tout comme la présence de nombreux hippopotames en liberté.

Nous décidons finalement de quitter le village sur un échec, rempli de doutes. Si on ne remet pas en cause la présence d’hippos en liberté près du village (des photos postées sur les réseaux sociaux l’attestent), on ne croit pas vraiment en la récurrence de leurs apparitions.

Une sorte de mythe urbain qui nous aura tenu en haleine pendant 24 heures et nous faisant marcher sur les traces d’un des plus grands personnages de l’histoire de la Colombie.

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Texte: M.N.

Photos: Mélissa Pollet-Villard

2 Comments
  • Sophie Pollet Villard
    Posted at 13:47h, 10 août Répondre

    C’est un peu le dahu de LA CLUSAZ. Seuls les autochtones le trouvent 🙂

  • Chrystelle et Romain
    Posted at 18:31h, 10 août Répondre

    Cc súper article ! Surtout parce que nous sommes justement a Doradal à la recherche d hippos en liberté ! ..ce soir direction le lac et demain matin l ecole … Qui sait ! Et a bientot peu etre on est Plus tres tres loin !!!

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