Les Cahiers Vagabonds | On a testé : La remontée en bateau (très) lent de l’Amazone entre la Colombie et le Pérou
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On a testé : La remontée en bateau (très) lent de l’Amazone entre la Colombie et le Pérou

Une faille spatio-temporelle de onze jours. C’est l’impression que nous a laissée notre « croisière » rocambolesque sur l’Amazone. Nous sommes partis le dimanche 13 août de Leticia, en Colombie en espérant rallier Pucallpa, au Pérou, en une semaine.

 

L’idée, embarquer à bord de gros bateaux de marchandises et accrocher son hamac à l’un des deux étages réservés à cet effet. Première étape, Leticia – Iquitos (Pérou) puis ensuite, Iquitos – Pucallpa (dernière ville du Pérou à être reliée par la route). Les compagnies incluent le transport et trois « repas » par jour pour un prix très raisonnable (environ 30 euros le billet).

 

 

Le trajet a finalement duré beaucoup plus de temps que prévu, la faute aux aléas quotidiens de l’Amazone : les compagnies qui retardent le départ pour charger plus de marchandises, le fleuve relativement bas en raison de la sécheresse, le brouillard, les problèmes du moteur…

 

Au total, nous avons mis onze jours pour arriver à destination mais nous sommes bien arrivés… Car oui, nous avons survécu à l’angoisse, l’abrutissement, l’énervement, la lassitude et plus que tout, au bruit infernal ininterrompu des moteurs qui aurait pu nous rendre fou.

 

 

CARNET DE BORD

 

DIMANCHE 13 (J1)

 

15 h : Après avoir fait tamponner le passeport pour sortir de Colombie, nous embarquons sur une petite barque en direction de Santa Rosa, au Pérou. Une traversée de 5 minutes pour passer à la douane péruvienne puis embarquer sur un gros bateau direction Iquitos. D’après nos informations, il y en a un qui part vers 20 h ce soir.

 

15 h 30 : Les formalités étant faites, nous filons vers le port d’embarquement. « Pas de bateau ce soir », nous informent, avec un air ahuri, deux femmes qui font leur lessive. Si on traduit bien, cela veut dire que l’on est bloqué 24 h dans le village de Santa Rosa, en espérant qu’il y ait bien une embarcation le lendemain à la même heure.

 

17 h : Heureusement, c’est dimanche, c’est la fête au village. On en profite pour se régaler en prenant pleins de photos et de vidéos avec les jeunes du coin, pas avares en sourire.

 

 

19 h : Pour se mettre dans le thème, on regarde Carnets de Voyage sur l’ordi. Le film qui retrace le voyage de Che Guevara en Amérique latine, accorde un passage important à sa descente de l’Amazone en bateau. Un clin d’œil sympa.

 

LUNDI 14 (J2)

 

15 h 30 : Arrivée au port. Effectivement, il y a bien un bateau. Ouf, on va pouvoir partir.

 

16 h : Quelle place choisir ? Au final, plus beaucoup de choix, on se rapproche du bar, il y a de la place. Première erreur.

 

16 h 15 : Cinq jeunes Péruviens nous regardent galérer à faire les nœuds pour les hamacs et se foutent de nous. Finalement, un autre vient nous aider.

 

16 h 30 : Je teste mon hamac acheté seulement 7 euros. Je ne suis vraiment pas rassuré, il craque déjà de toutes parts.

 

17 h : Aucun Péruvien ne met de moustiquaire. Donc nous non plus.

 

 

18 h : Un dénommé Heyder sera notre voisin pour les 3 jours. Deuxième erreur.

 

18 h 30 : Le fameux Heyder nous invite à partager une bière. On paie la deuxième, il relance pour une troisième. On refuse, il est déjà pénible. Ca ne le gêne pas, il boira même la quatrième et la cinquième avec ses nouveaux « amis ».

 

20 h : On profite de la douce mélodie des rires gras accompagnés des postillons de bière. Pas mal comme idée de se mettre près du bar…

 

20 h 30 : On s’endort au rythme du bateau. Très lentement.

 

21 h 30 : Une lampe torche dans les yeux pour nous réveiller. Il faut payer le ticket d’embarquement.

 

>> VIDEO: Cabo de la Vela, le paradis du kite surf au nord de la Colombie

 

MARDI 15 (J3)

 

6 h : Réveil. Le bateau est à l’arrêt. On jette un œil par dessus bord. Les dauphins gris sautent autour. On s’émerveille de profiter de ce spectacle à la lumière du matin.

 

6 h 30 : On a le petit déjeuner ou pas ? Mélissa part aux renseignements, marchant au milieu des « Gringas » lancés par une passagère pas très sympathique. Mélissa lui répond en espagnol et la mouche pour de bon.

 

7 h : On vient nous distribuer une mixture très appétissante. De l’avoine, du sucre et de la cannelle – semble-t-il – qui trempent dans de l’eau chaude. Le tout accompagné de pain sec. Ambiance.

 

8 h : Une petite copine se joint à nous pour nous présenter ses petits frères et distribuer des sourires. Elle s’appelle Kattery. Les enfants sont hyper souriants. Plus que leurs parents d’ailleurs.

 

 

10 h : Les deux tenancières du bar flottant, plus larges que hautes, poussent le volume de la musique à fond. Les rires gras des matinaux buveurs de bière résonnent. On n’a pas de boule quiès. Autre erreur.

 

Midi : Nouvelle pause dans un port. Commence alors le ballet des vendeuses ambulantes qui hurlent pour proposer leurs produits. Empanadas, chips, maïs, poisson frit, gâteaux, bananes, pastèques…

 

13 h 30 : Plateau-repas : Riz, spaghettis et poulet.

 

14 h : Sieste au rythme du décapsuleur de bière et des rires de plus en plus gras.

 

16 h : L’impression d’être toujours au même endroit sur le fleuve.

 

 

16 h 30 : Coup d’œil sur le fleuve. Les voyageurs balancent tous leurs déchets par dessus bord. L’Amazone se transforme par endroits en décharge. Dégueulasse.

 

17 h 30 : Pause au village de San Pablo, là où le Che est venu soigner des lépreux au cours de son voyage. C’est un ancien couvent et le site reste très religieux : la majorité des femmes et des filles, telles des nonnes, ont leur cheveux voilés. Elles montent à bord proposer leur marchandise.

 

 

20 h : Le bar du bateau fait le plein. De notre côté, nous sirotons une bouteille de vin qu’on s’était mis de côté avant de partir. On la partage gentiment avec Heyder qui ne semble pas aimer. Tant mieux.

 

21 h : Mélissa file dans son hamac. Je reste seul avec Heyder, qui m’a coincé en m’offrant une bière. Mythomane, je ne l’écoute plus. Je fixe au loin ce petit garçon de dix ans qui regarde son père s’enfiler des bières à la table d’à côté. Le gamin semble perdu et délaissé, le père bourré.

 

21 h 15 : Je vais voir le gamin pour tenter de lui redonner le sourire. Prostré, d’une sévère timidité, il me répond à peine. Son père intervient. Je le salue gentiment pour ne pas envenimer la situation. Il me paie une bière et me parle de ses malheurs. De son frère en prison, de son manque d’argent… Il est complètement bourré, je ne comprends plus rien à ce qu’il dit au bout de dix minutes. Je file dans mon hamac.

 

22 h : Ce con de Heyder met le son à fond alors que tout le monde s’est endormi.

 

23 h : Ce con de Heyder commence à se battre avec le père du petit, qui ne tient plus debout.

 

23 h 30 : Tout le monde dort.

 

>> PORTRAIT: Jorge Luis, un Wayuu progressiste pêcheur le matin et prof de kite-surf l’après-midi

 

MERCREDI 16 (J4)

 

7 h 30 : Réveil

 

8 h 30 : Le café a accompli sa besogne et j’ai un besoin pressant. Malheureusement, les toilettes sont toutes occupées. La vie de croisière telle qu’on se l’imagine.

 

8 h 45 : Mélissa est déjà agacée par Heyder, en forme dès le lever.

 

12 h 30 : Pause dans un port. Le ballet des vendeuses. On se rue sur les empanadas de yuca (manioc) pour éviter le riz poulet du jour.

 

15 h 30 : Journée calme au final. Les bières de la veille ont eu raison des pénibles.

 

16 h : Ha, en fait le repas du midi vient d’arriver. Riz avec poulet.

 

16 h 30 : Un cri de coq à 3 mètres du hamac. Je découvre qu’on a un nouveau voisin. Je crains la nuit.

 

 

17 h 30 : Mélissa m’informe de la présence d’un taureau sur le pont.

 

 

18 h 30 : Le dîner est servi. Deux heures et demi après le déjeuner, donc.

 

19 h : Heureuse surprise, il n’y a plus de bière. Le bar est fermé. Heyder est très déçu.

 

20 h 30 : Tout le monde dort. Je jette un dernier regard assassin au coq en guise d’avertissement pour la nuit.

 

JEUDI 17 (J5)

 

3 ou 4 h : Premier cri du coq, suivi de (trop) nombreux autres jusqu’à 6 h.

 

 

6 h 30 : Arrivée à Iquitos. Comme Leticia en Colombie, cette ville n’est accessible qu’en bateau ou en avion, l’Amazonie empêchant tout accès routier.

 

7 h 30 : Sandro, un moto-taxi venu sur le bateau pour rabattre des clients nous aborde. « Pour Pucallpa ? Aucun départ avant samedi ! » Etant rompus aux contradictions des amis Péruviens, on préfère quand même aller demander sur place. Sandro ne nous ayant pas lâché, on part avec lui.

 

8 h : L’information était, comme prévue, fausse. Un bateau sort bien ce soir pour Pucallpa. Sandro nous emmène dans l’hostel de sa nièce pour que l’on pose nos affaires pour la journée et pour recharger les batteries à tous les sens du terme.

 

8 h 15 : Sandro nous dit de se méfier, que le bateau ne partira sans doute pas ce soir. Et qu’au cas où, il nous propose une excursion dans la jungle. Il croit qu’on ne le voit pas venir sans doute, le bougre.

 

Midi : Après une bonne (vraie) douche, on fait un saut au marché Belen, populaire, ancien et à vrai dire assez sale. Se mélangent l’odeur des poulets froids, des marchandes d’épices et des cadavres de chèvre (dont les pattes toujours poilues s’accrochent à leur viande froide). Les gros chats, repus et gras, somnolent, un œil toujours mi-ouvert pour guetter un éventuel reste. Les souris ? Elles peuvent courir et récupérer les nombreux déchets alimentaires qui servent de moquette au sol.

 

15 h : On embarque sur le nouveau bateau. On paie avant de monter cette fois-ci. Chouette, on ne se fera pas réveiller en pleine nuit.

 

 

15 h 30 : Les pronostics vont bon train concernant la durée du trajet. Cinq jours, une semaine, dix jours… On préfère n’écouter personne.

 

16 h : Le bateau est beaucoup plus grand que le précédent. On s’installe à l’étage où il n’y a pas le bar. On accroche nos hamacs. Une fuite d’eau vient inonder nos sacs. On change vite de place, on sera à côté de la grande table.

 

17 h 30 : J’observe le ballet du chargement/déchargement du bateau. Trois hommes se trimbalent des sacs à patate de plus de cinquante kilos. Ils les attachent à leur tête et doivent remonter une pente raide horrible pour atteindre les camions. L’Amazone étant très bas, l’accès au fleuve se complique à cette période.

 

 

20 h : Mélissa sympathise avec une gamine trop mignonne.

 

20 h 30 : La gamine demande à Mélissa si elle n’a pas 40 Soles (environ 12 euros) à donner à sa grande sœur.

 

21 h 30 : Trois heures après l’heure prévue, le bateau s’en va enfin.

 

23 h : Je retrouve avec plaisir le ronronnement sourd et infernal des moteurs du bateau.

 

1 h 30 : Une lampe en pleine tronche me réveille. « Merci de montrer vos tickets. »

 

>> INSOLITE: Sur les traces des hippopotames de Pablo Escobar au coeur de la Colombie

 

VENDREDI 18 (J6)

 

6 h : Réveil. On zappe la mixture à l’avoine que propose aussi cette compagnie.

 

 

8 h : Le « superviseur fluvial » s’approche de nous. Il entame un couplet sur la préservation de l’Amazone, sur les déchets à jeter dans la poubelle. Mesurant notre regard, il se ravise. « Oui, vous avez déjà une conscience environnementale, j’imagine. » Oui, il vaut mieux que tu fasses ton speech aux locaux qui, malheureusement, feraient mieux de préserver LEUR fleuve.

 

9 h : Je jette un œil au chargement sur le pont : Deux conteneurs frigo, un tractopelle, un camion, deux bateaux… Bref, on ne va pas avancer très vite avec tout ça.

 

10 h : Nous naviguons maintenant sur l’ Ucayali, un des deux fleuves qui forme le grand Amazone, que l’on a laissé derrière nous. Les rives changent. Elles sont de plus en plus vertes et la forêt est moins haute au second plan.

 

11 h 45 : Commence le défilé des gamelles. Sur ce bateau, comme il y a plus de monde, il n’y a pas de service. Il faut aller soi-même chercher son repas avec son tupper. A l’heure de pointe, compter 20 minutes de queue.

 

12 h 30 : Après la cohue, je descends chercher à manger à l’étage du bas. Le cuisinier est peut-être une cuisinière. C’est en fait une sorte d’hybride assez troublant. On ne saura jamais quel est son sexe mais apparemment je lui ai plus tapé dans l’œil que Mélissa.

 

14 h : Tiens, un joueur de flûte à bec à deux hamacs de nous. Est-ce mieux qu’un coq ?

 

16 h : Après-midi orageuse. Inondation de la partie droite de notre étage. Nous regardons les dégâts affalés dans nos hamacs avec un air satisfait. Nous avions opté pour la partie gauche.

 

17 h 15 : La soupe est déjà servie. Ca ne traîne pas.

 

19 h : Tout le monde est déjà prêt à dormir. Ce voyage est une vraie cure de sommeil.

 

23 h 15 : « Hay gaseosas y aguas !!! Pollo frito !! »  (Il y a des sodas et de l’eau !! Poulet frit). L’enfer, le bateau s’est arrêté dans un port et les vendeuses ambulantes à la voix stridente hurlent pour réveiller les gens. Et ça marche ! Personne ne proteste, au contraire. On rallume les lumières, on remet la musique et on se remet à table.

 

 

SAMEDI 19 (J7)

 

7 h : Je sens poindre l’odeur de ce désagréable mix d’avoine

 

9 h : Nous devenons des spécialistes de la bataille navale. Question : aurons-nous assez de papier jusqu’au bout ?

 

10 h : C’est l’heure de la lessive. Tout le monde nettoie son linge sur le pont.

 

12 h : Après un délicieux riz-purée de pois-deux tranches de carotte-une patate-25g de poulet, on observe le fleuve se resserrer.

 

14 h : Je connais le Routard Pérou-Bolivie par cœur.

 

15 h : Un missionnaire cubain me met le grappin dessus. J’aurais bien besoin d’une bière.

 

16 h : Le missionnaire cubain me (re)met le grappin dessus. Il entame une argumentation homophobe. L’horreur. Surtout que la bière est chère sur ce bateau.

 

16 h 30 : Le dîner est servi. Poulet-riz.

 

20 h : Tout le monde dort.

 

 

DIMANCHE 20 (J8)

 

6 h 20 : J’ouvre l’œil. Un ciel d’un rose incroyable nous souhaite la bonne journée.

 

6 h 30 : L’odeur du mix d’avoine me rappelle de ne pas m’enflammer.

 

7 h 30 : Comme chaque matin, je mesure ma côte de popularité auprès du (de la) cuisinier(e) en lui demandant un peu d’eau chaude pour le café.

 

9 h : C’est bizarre, la gamine qui était hyper sympa au début ne nous parle plus depuis qu’on n’a pas voulu donner les 40 Soles à sa sœur.

 

9 h 30 : Point Google Maps : On serait à la moitié du trajet. Ca fait du bien au moral. Ou pas.

 

 

11 h 45 : Ce midi c’est spaghettis, riz, purée de poids et 25 g de poulet. Original.

 

Midi : Je teste la queue pour la gamelle. On se croirait dans un camp, chacun avec son tupper et son ticket. Pas besoin de ticket pour nous, on est les seuls blancs du bateau.

 

12 h 30 : Une chaleur étouffante sur le bateau avec une humidité dingue.

 

13 h : On est dimanche et certains ne veulent pas l’oublier. Une voisine tronque ses claquettes compensées pour de non-plus élégants talons compensés. Maquillée abondamment comme un clown, habillée très serré de manière à faire ressortir son embonpoint, la jeune femme aux airs de foraine passe son après-midi avec un miroir et un mouchoir pour estomper le maquillage qui se répand sur son visage à cause de la chaleur.

 

14 h : La chaleur redouble d’intensité. Je fais un tour au 1er étage. Il est surpeuplé car soi-disant les gens « ont la flemme de monter un étage de plus avec leurs affaires ». Résultat, une odeur nauséabonde terrible : un mélange d’urine, de sueur, de vieux et de moisi auxquels on ajoute le bruit absolument assourdissant du moteur. Le paradis.

 

 

15 h 30 : On se rend compte que le commerce d’oiseaux protégés, pourtant illégal, est en vogue sur notre bateau. Au moins quatre ou cinq voisins ont des caisses remplis de petits perroquets à vendre.

 

16 h 45 : La chaleur étant encore bien pesante, c’est le moment choisi par le cuisinier pour servir la soupe. On saute notre tour.

 

18 h 45 : Une colonie de cinq femmes et je n’arrive pas à compter combien d’enfants déboulent à notre étage lors d’une pause dans un petit port. Ils s’installent par terre, sur une couverture qu’ils étendent pile en dessous du hamac de Mélissa. On décide de se décaler, ce n’est quand même pas très sain de dormir au dessus d’un enfant.

 

19 h 30 : Un des gamins a trouvé le reste d’un chewing-gum de Mélissa, qui attendait d’être jeté dans un papier depuis quelques heures.

 

19 h 45 : On regarde d’un œil circonspect le gamin mâcher goulument le chewing-gum et se l’étaler sur le visage.

 

21 h : Alors que tout le monde s’endormait tranquillement, un petit groupe jouant au poker se fait remarquer à la table derrière nous. Particulièrement un jeune abruti qui chante de plus en plus fort et hurle pour se faire remarquer alors qu’une dizaine d’enfants dort à proximité. Les gens lui demandent de se taire. Il augmente son volume.

 

21 h 30 : Le guignol redouble d’intensité dans les chants. Je sors la grosse voix pour lui demander de respecter les gens autour. Ca ne marche qu’à moitié.

 

 

LUNDI 21 (J9)

 

6 h : Les gamins d’à côté sont réveillés. Et en forme.

 

6 h 30 : Ca sent la mixture à l’avoine.

 

8 h : La couche du bébé d’à côté s’envole directement dans le fleuve.

 

10 h : Mélissa est imbattable au Petit Bac.

 

Midi : Tiens, du riz et du poulet avec ¼ de patate.

 

14 h : On observe avec beaucoup de peur l’activité de la famille nombreuse d’à côté : la recherche de poux sur la tête des enfants.

 

14 h 15 : On se gratte la tête.

 

15 h : L’inquiétude est grande, il ne reste presque plus rien à lire.

 

15 h 30 : La famille nombreuse a la belle idée de descendre à ce port. Avec ses poux. Ouf !

 

16 h : Après la chaleur accablante de la veille, ce sont des torrents de pluie qui tombent. Un bel orage rafraîchissant.

 

17 h : La soupe est servie : bouillon de quinoa avec un os de poulet pour le goût et… Une moitié de banane grillée.

 

20 h : Ce soir moins de bruit : la moitié du bateau regarde un film d’action sur l’ordi portable d’un mec. Moindre mal.

 

 

MARDI 22 (J10)

 

7 h : Alors qu’on a terminé nos réserves de céréales et que l’on se résigne à accepter la nauséabonde mixture à l’avoine, le bateau s’arrête dans un port. Des vendeuses ambulantes proposent des gâteaux et du pain. On a donc gagné un jour de sursis.

 

8 h : Le temps est toujours bien pourri depuis 24 heures. Pluie, orage, grisaille.

 

8 h 30 : Un petit vieux édenté vent un produit magique : une goutte pour les coliques, deux pour les rhumes, trois pour la toux. Une demi-douzaine de personnes lui en achète. Incroyable.

 

Midi : Riz, spaghettis et 25 g de poulet.

 

14 h : Je suis impressionné par la nonchalance des passagers. Les deux-tiers ne font rien. Ils scrutent le vide. Ils sont inactifs mais jamais ne se plaignent de la longueur du trajet. Je ne sais pas si c’est de la patience ou de la résignation.

 

15 h : Le paysage a réellement changé : finis les grands arbres et la jungle en bord de fleuve. On voit davantage de canas bravas ou de bananiers en premier rideau. La forêt, nettement moins haute et paraissant moins inhospitalière que la semaine dernière, est au second plan.

 

 

16 h : Encore une nuit et on est arrivé. La délivrance.

 

17 h : C’est déjà la queue pour la soupe.

 

18 h 30 : Une fin de coucher de soleil incroyable. Alors que l’obscurité gagne presque tout le décor, se reflète sur l’eau un mélange rose-orangé. Divin.

 

19 h : Celui qui fout le bordel depuis 3 jours vient faire copain-copain avec moi pendant que je lis tranquillement. Il n’a d’ailleurs plus de voix tellement il a hurlé. Je le méprise.

 

>> RECIT: Sur la route du café à Salento, au coeur de la Colombie

 

MERCREDI 23 (J11)

 

5 h : Les Péruviens sont plus ponctuels que les coqs. Le premier réveillé balance la musique à fond, réveillant ainsi les autres passagers qui font donc la même chose.

 

5 h 15 : Tiens, ma voisine de hamac a fait mouche cette nuit : elle dort accompagnée.

 

5 h 30 : Le nouveau mec de la voisine est parti. Elle noie sa tristesse en passant en boucle deux chansons terribles : une de Shakira et une autre assourdissante évoquant un « Te quiero, te amo ».

 

5 h 40 : Je ne comprends pas pourquoi elle n’utilise pas ses écouteurs.

 

5 h 45 : Cette chanson va me rendre fou, je file sur le pont. Le bateau est à l’arrêt, bloqué à cause du brouillard. Quelle chance, stoppés à 3 heures de l’arrivée. A priori, on ne va pas arriver avant le début d’après-midi…

 

6 h 30 : Ca braille déjà beaucoup dans le bateau. Sans doute la perspective d’arriver qui excite tout le monde.

 

7 h 30 : Comme l’on était censé arrivé tôt dans la matinée, il n’y avait pas de petit dej de prévu ce matin. Le(a) cuisto propose un rab de soupe de la veille. Une véritable orgie culinaire à laquelle nous ne participons pas.

 

De 11 h à 14 h : L’occupation préférée des passagers postés à l’avant du bateau : indiquer avec les mains les prochains bras du fleuve que l’on va traverser puis assurer l’heure d’arrivée. 40 minutes, 1 heure, 2 heures… Bref, ils n’en savent rien.

 

14 h 15 : Pucallpa !!! Putain on est enfin arrivé.

 

15 h : Enfin sortis du bateau. Encore 18 heures de bus et on arrive à Lima. On n’a pas peur.

 

 

Récit: M.N.

Photos: M.P-V.

 

3 Comments
  • Clo
    Posted at 10:52h, 31 août Répondre

    Oh la la quel voyage… bien contente de vous lire mais pas certaine que j’aurai survécu à cette croisière. Les photos sont magnifiques comme toujours et le texte génial . Je vous embrasse fort.

  • Sophie Pollet Villard
    Posted at 13:37h, 31 août Répondre

    Texte super vivant, on y est presque (presque, heureusement car le bruit , la promiscuité, et…les poux l’horreur)
    Mais je pense que c’est une belle expérience pour vous et que vous en rirez plus tard.
    Photos magnifiques, j’adore celle du capitaine.

  • Anne-Laure
    Posted at 23:21h, 31 août Répondre

    Quel plaisir de vous lire. Quel courage vous avez eu !! Les photos sont sublimes, le texte est tellement bien écrit qu’on s’y croirait. J’ai quand même hâte d’entendre vos histoires de vives voix. Je vous embrasse.

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