Les Cahiers Vagabonds | Récit : La somptueuse descente de la Route Romantique jusqu’aux châteaux des rois de Bavière
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Récit : La somptueuse descente de la Route Romantique jusqu’aux châteaux des rois de Bavière

Et c’est au moment où j’emprunte la première ruelle de Rothenburg que le fauteuil roulant dernier cri de ce vieil Allemand sorti de nulle part vient frotter mon pare-choc. Par chance, le retraité a de bons réflexes. Et son fauteuil de bons freins. Une marche arrière chacun et nous voici en train de nous faire des politesses.

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Je n’ose plus accélérer, il n’ose plus traverser la rue, s’essuyant la goutte qui ruisselle sur son front. Je me sens finalement obligé de démarrer le premier, saluant d’un signe de tête gêné mais surtout soulagé celui que j’ai failli ramasser sous ma voiture.

Passée la frayeur, nous pouvons lever le nez et observer les magnifiques maisons à colombages, dont certaines sont richement décorées et ornées d’or. Elles sont serpentées par les rues empierrées de cette petite ville allemande fortifiée de 11.000 habitants, située au début de la Route Romantique.

 

Cette route d’environ 250 kilomètres zigzague le long du fleuve Lech et d’une trentaine de villages et petites villes au passé médiéval bien conservé. Elle file depuis Würtzburg jusqu’à Füssen, porte d’entrée de la Bavière, où les rois de la région, dont le fameux Louis II, ont fait érigé de somptueux châteaux.

 

La Route Romantique n’est pas connue de tous les romantiques mais ils seraient pourtant bien inspirés de s’y balader. Le terme a été créé par les responsables du tourisme de l’Allemagne de l’Ouest dans les années 1950 afin de redorer le blason d’un pays sali par le passage du nazisme et force est de constater que l’opération séduction est réussie.

L’arrivée du tourisme de masse en Allemagne a rendu cette Route Romantique de plus en plus populaire. Aujourd’hui, elle attire nombre de touristes nationaux, Hollandais, Belges, Chinois ou Japonais.

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Nous plantons notre tante au pied de Rothenburg, perchée sur ses remparts et protégée par ses portes impeccables que nous traversons librement à pied ou en voiture.

Il est 20 h et le camping se dort presque, fréquenté par Belges, Hollandais et Allemands suréquipés pour la discipline. Hors de question de se laisser bercer par les ronflements lourds et orageux de notre voisin de la caravane d’en face.

Une affiche indique que se tient ce soir le début d’un Volkfest local, une fête de village, à Rothenburg. A l’extérieur des remparts et de la vieille ville, ce rassemblement n’attire pas les touristes, ces derniers étant entassés dans de confortables chambres d’hôtel du vieux centre, ou en train de ronfler dans leur caravane, donc.

 

Une fête foraine traditionnelle, avec machines à sous, manèges et stands de tir précède les buvettes et le grand chapiteau qui abrite la scène, la rôtisserie et la brasserie. Le rouge et le blanc sont au rendez-vous et les imposantes serveuses en tenue traditionnelle ne se font pas prier pour vous expédier à un mètre d’un coup de flanc, les mains chargées de chopines d’un litre.

Elles portent de larges jupons rayés et leur corset relève leurs seins jusque sous le menton. Les serveurs, quant à eux, portent le bermuda réglementaire, la chemise rayée et le gilet vert sans manche.

Bière gratuite pour tous!

Dans un échange en anglais approximatif, il est possible de commander deux chopines de bière blonde légère remplie de mousse et un jarret de porc à partager, accompagné d’une imposante salade de choux. Les plats sont servis au moment où entre en scène le groupe local, composé de quatre musiciens et d’une chanteuse. Ils jouent des morceaux allemands inconnus pour nous mais qui ont le mérite d’ambiancer le chapiteau où les tables sont partagées entre familles, amis, couples ou buveurs solitaires.

 

Un monsieur qui semble très important prend la parole entre deux chansons et articule un discours avant d’être applaudi. Il présente un fût de bière en bois et, avec l’aide d’un brasseur, parvient à l’inaugurer en faisant couler le houblon. Le grand brasseur moustachu, longiligne et impeccable dans son gilet doré se saisit des chopes les unes après les autres et les remplit aux deux tiers.

La miss locale, une petite blonde aux yeux bleus qui se distingue par sa banderole de vainqueur et sa tenue bleue, jaune et rose pâle, récupère les chopes et les sert à qui veut bien en boire. Sans hésitation, je tends la main et trinque avec mes « amis » allemands sans savoir pour quelle raison ce fût a été inauguré.

 

Le matin, l’heure est à la descente vers les Alpes, la carte routière en main, pour suivre la Route Romantique à la lettre. Un premier passage par Feuchtwangen, où le petit centre-ville ancien abrite de jolis petits bâtiments aux couleurs pastel, rose, bleu, vert, jaune… Quelques kilomètres plus au sud, nous garons la voiture dans le vieux-centre de Dinkelsbühl.

Les maisons adoptent désormais une nouvelle architecture tout en conservant leurs couleurs pastel du nord de la Route Romantique. Ce sont généralement deux ou trois étages réguliers puis trois autres qui se rétrécissent en montant vers le toit, épousant la forme triangulaire du sommet du bâtiment.

 

Sur les trottoirs, de plus en plus de costumés s’amassent, vêtus du traditionnel habit de chasse bavarois. La plume sur le chapeau, la chemise à carreaux abritée par une veste verte et ornée de bretelles qui soutiennent un bermuda arrivant au dessus des genoux.

De longues chaussettes hautes protègent du froid printanier les plus téméraires tandis que les autres ont opté pour des pantalons amples.

 

Tous ont leur instrument et leur partition et ont rendez-vous pour un concours de musiques traditionnelles locales. Dans la cour d’un vieux bâtiment, un jury note les troupes qui se succèdent, chacune représentant un drapeau d’une bourgade des environs.

Laissant derrière nous la musique bavaroise, nous faisons étape à Nordlingen, plus grande et moins touristique. Le temps de commander une wurst (saucisse) à la volée et nous repartons plus au sud, longeant la grande Donauworth sans s’y arrêter. Nous contournons aussi Augsbourg pour faire étape à Friedberg.

 

Le centre-ville est très austère, déserté, en ce début d’après-midi du samedi. Une petite boulangerie est ouverte et nous osons y prendre un café. A côté de nous, deux anciens sont assis à leur table respective et fixent avec fatigue le mur d’en face, comme absorbés par une télévision qui n’a pourtant jamais été installée.

Nous longeons Kissing, dont le nom sied parfaitement avec une Route Romantique mais c’est plutôt Landsberg am Lech qui nous fait de l’œil. Cette petite ville incarne la douceur, le dynamisme et l’élégance. Il fait bon se promener le long des berges de la Lech, tout en observant les habitants manger de bonnes glaces. Depuis le début de la route romantique, c’est la première fois que l’on voit autant de jeunes et de sourires.

 

Le temps nous manque et nous ne nous attardons malheureusement pas. La sortie de Landsberg offre enfin les montagnes en point de mire. Schongau, quelques kilomètres plus au sud, attire notre attention. Nous serpentons dans les rues aériennes de ce petit village bien gardé par un vieil homme qui, pour ne pas nous perdre du regard, manque de se faire un torticolis depuis son poste de guet, un banc qu’il partage avec une dame non moins âgée.

La journée se termine et il faut réduire les haltes. Peiting, à quelques kilomètres de Schongau, retient tout de même notre attention par sa proximité avec les Alpes, à travers ses maisons et ses chalets en bois, les premiers que l’on voit sur la Route Romantique.

 

Des chalets en bois, Steingaden en abrite déjà beaucoup. Dernière étape avant Füssen, la ville est proche du lac Forggensee, dans lequel le Lech prend sa source. La route qui sépare les deux dernières villes de la Route Romantique est bordée de forêts de conifères puis du lac.

L’endroit rappelle sans équivoque l’entrée de la Patagonie argentine, proche de la ville de Bariloche, où de nombreux Allemands avaient justement élu domicile après la seconde guerre mondiale.

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A quelques encablures de Füssen, le château de Louis II de Bavière nous épie, perché sur notre gauche. Le Neuschwanstein est une merveille du XIXe siècle, qui a inspiré Walt Disney pour la demeure de la Belle au Bois Dormant. Sa place stratégique et son architecture ambitieuse, avec une tour dominante, lui offre une place de choix et coupe le souffle des touristes venus spécialement le visiter.

Nous installons notre tente dans un camping bondé en face du fameux château. Sur la droite du Neuschwanstein, un château couleur jaune, celui dans lequel vivait la mère de Louis II de Bavière, le Hohenschwangau. En contrebas de la demeure du fantasque souverain de Bavière, il est, comme son voisin, magnifié par les éclairages au cœur d’une nuit fraîche d’un été qui ne semble jamais vouloir se pointer.

 

Alors que d’ordinaire, les caravanes tremblent sous les ronflements de leurs occupants, les Allemands veillent volontiers, pour cause de Coupe du monde. Dans une petite salle où la télévision retransmet le match de l’Allemagne contre la Suède, enfants, jeunes et surtout moins jeunes sont regroupés dans une ambiance à couper le souffle.

La tension est terrible, pas un seul téléspectateur n’ose ouvrir la bouche, à part pour y glisser un peu de bière à l’intérieur. L’ouverture du score par les Suédois délient tout de même les langues et des mots forts, que l’on imagine des grossièretés, jaillissent des supporters mécontents.

L’égalisation des Allemands a le mérite de calmer provisoirement cette petite assemblée qui accepte finalement de se lâcher lorsqu’à la dernière minute son équipe favorite marque le but vainqueur. Alors que je m’imagine mes compatriotes français hurler et se jeter les uns sur les autres avec un tel scénario, nos voisins allemands se contentent seulement de crier un bon coup et de ranger les chaises, avant d’aller se brosser mécaniquement les dents.

 

Au petit matin, l’embouteillage n’est pas monstrueux aux abords du Neuschwanstein, même si l’endroit attire environ 6.000 visiteurs par jour en haute saison. Les Japonais et les Chinois, lâchés de leurs bus par dizaines, multiplient photos et souvenirs des châteaux de Louis II.

Tout en se frayant un chemin parmi la masse, nous parvenons à nous délecter de cette œuvre incroyable et démesurée que le souverain de Bavière, rongé par la folie et décédé prématurément à 40 ans, ne put jamais voir achevé. Grand romantique au sens littéraire du mot, Louis II a transmis à la postérité un château qui marque avec à propos la fin d’une route qui offre une vision sensible et gratifiante d’une Bavière magnifique.

 

Texte: M.N.

Photos: Mélissa Pollet-Villard

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