Les Cahiers Vagabonds | Récit : Les portes du sud tunisien s’ouvrent au rythme des dromadaires
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Récit : Les portes du sud tunisien s’ouvrent au rythme des dromadaires

LE CHAOS DU TRAIN DE NUIT TUNISIEN

C’est un vendredi soir mais la gare ferroviaire de Tunis demeure calme. Des voyageurs bourdonnent autour des guichets et des voies, d’autres se racontent leur semaine assis paisiblement au bord des quais. Le train pour Tozeur entre en gare aux alentours de 20h10, on entend le bruit sourd et régulier des essieux tapant contre les rails et cela ne dérange pas l’atmosphère humide et douce de cette soirée automnale qui enveloppe la capitale du pays du Jasmin.

 

 

Le train s’approche de son quai et l’on ressent un premier frémissement. Un à un, les jeunes hommes qui patientaient sur leurs sièges imaginaires se lèvent et s’alignent le long de la voie 6. L’entrée du train sonne le début des hostilités, la fin de cet étrange moment d’apesanteur désormais remplacé par des cris et des bousculades.

Le train avale ses derniers mètres avant de se garer et tous les garçons se ruent tout à coup pour sauter en marche. Ils se bousculent, manquent de tomber par-dessous les wagons ou sur le quai. Un combat qu’ils jugent indispensable s’ils veulent obtenir une place assise pour leur voyage. Les coups d’épaule et les poussées sont rudes et sans pitié, c’est un combat qu’il faut gagner seul.

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L’intensité de leurs efforts et la soudaineté de l’événement nous figent sur place, alors que nos tickets en main, nous sommes prêts à vérifier nos numéros de siège. Nous restons inanimés face à ce déferlement spontané de sauvagerie et de violence. Des jeunes ont risqué leurs vies, car ils l’ont réellement risqué, pour s’asseoir dans un train.

En l’espace de cinq minutes, toutes les places assises sont réservées par les plus téméraires, ceux qui n’ont pas eu peur de prendre le train en marche. Nous comprenons que nous ne pourrons pas nous assoir et entamons de vaines négociations avec le contrôleur et les employés de gare et demeurons abasourdis sur le quai, s’interrogeant sur la suite à donner à notre voyage.

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Une nouvelle vague de cris, plus aigus ceux-ci, surgit. Une vieille dame qui doit être aussi large que haute se débat avec force, retenue par une bonne demi-douzaine d’hommes. Face à elle, une jeune femme tenant un nourrisson dans les bras hurle à la mort, sans jamais s’arrêter.

Des agents de la compagnie de train semblent dans le viseur de ce courroux qui prend des proportions inimaginables et qui n’en finit plus de s’envenimer au rythme des hurlements de la jeune femme. C’est une hystérie frénétique, mon sang se glace à mesure que cette femme crie. Elle est seule, dans sa crise de souffrance intérieure et attire vers elle tous les regards de ses voisins interloqués. La petite vieille, pendant ce temps, poursuit son combat physique, résistant avec force et ténacité. Les hommes qui les entourent ne sont qu’impuissants face à ce déferlement de folie.

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En Tunisie, on ne détourne pas le regard lâchement lorsqu’il se passe un événement anormal, c’est plutôt l’effet inverse qui se produit : tout le monde vient s’en mêler. C’est ainsi que le petit groupe se transforme en une trentaine d’individus regroupés sur le quai. Chacun s’invective de plus en plus fort et une bagarre générale manque d’éclater lorsque deux protagonistes extérieurs à la querelle de départ s’échangent des coups de poing.

 

 

Quelques minutes plus tard, le train démarre et nous optons pour le seul choix qui se présente à nous : s’asseoir par terre entre deux wagons, face aux toilettes dont la porte ne ferme pas, serrés comme des sardines.

Au bout d’une heure et demi, le contrôleur nous obtient deux places assises, en conformité avec les billets achetés. Tout en somnolant nous profitons de la jovialité des jeunes du coin qui semblent heureux de pouvoir converser dans le train pour le sud sans jamais s’arrêter malgré l’avancée de la nuit.

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Dans les voitures, 95% d’hommes, presque pas de femmes, pas d’enfant, ni d’anciens. Il y a essentiellement des jeunes âgés entre 18 et 40 ans et donc, presque tous des hommes. Beaucoup paraissent être des étudiants rentrant chez leur famille pour le week-end.

Deux jeunes filles, bon public, gloussent durant tout le trajet en écho aux histoires racontées par cet étudiant en pharmacie qui semble avoir la côte. Leurs petits rires aiguisés et tranchants pour les oreilles alternent avec la sirène de la locomotive, sans cesse activée par les conducteurs pour prévenir des accidents nombreux en Tunisie, rythmant cette nuit d’une mélodie ferroviaire qui parvient tout de même à me bercer.

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En somnolant au petit matin, je fais un rêve : une dame apporte un plateau à tous les passagers avec des boissons chaudes. Je la remercie chaleureusement, oubliant les instants où je traînais mes fesses par terre au début du trajet et je relativise cette nuit passée en voyant s’approcher cette tasse de mes lèvres.

A l’instant où je vais enfin goûter ce breuvage inconnu, un fumet d’urine envahit mes narines. C’est alors que je me réveille et comprends que la porte des toilettes s’est ouverte, refoulant le flot d’urine déversé tout au long de la nuit.

Les premières lumières du matin indiquent que le paysage s’est déjà profondément modifié. De longues étendues de sables longent la voie ferrée. Le train s’arrête une dernière fois, je peux lire « Tozeur » sur le panneau de la gare.

 

LA MEDINA DESERTE

 

L’ambiance est matinale, ensoleillée et sereine. Les petites motos fourmillent à travers toutes les rues et ruelles de Tozeur et j’ai l’impression que nous avons changé de pays. Les vendeurs d’essence attendent sur leurs chaises en plastique, soulageant leurs fesses avec des coussins ramenés de la maison. Il y en a tous les cinquante mètres, chacun est installé avec un gros bidon rouillé et percé pour laisser entrer un petit tuyau flexible servant à remplir réservoirs ou bouteilles en plastique.

 

 

Avec leurs bécanes, les parents transportent un, deux ou trois enfants en même temps et les marchands tirent les carrioles de dattes dont la cueillette est la grande activité du moment. Des régimes entiers de dattes sont vomis par les palmiers des oasis.

La grande palmeraie de Tozeur, verte et fruitée, est gardée avec zèle par les conducteurs de calèche, résignés par le manque de touristes. A notre vue, ils reprennent espoir mais après nos refus de monter avec eux, ils laissent leurs regards se remplir à nouveau de toute leur misère. Les chevaux souffrent de leur condition et portent la même résignation que leurs propriétaires, fouet en main, yeux hagards, dent creuse.

 

 

La vieille ville est désertée par le tourisme, le commerce et même par ses habitants. Les cafés sont fermés en ce samedi matin. Le ciel couvre la médina d’un voile sombre et les rues sans vie humaine offrent aux chats de gouttière la possibilité de se restaurer en éventrant les quelques poubelles oubliées.

Une petite femme corpulente et caractérielle, tout droit sortie d’une bande dessinée – le rouleau à pâtisserie en moins-, s’aventure avec autorité dans la rue où la colonie d’enfants dont elle a la charge s’éparpille en courant. Elle les sermonne sans poésie et peut attraper les plus petits, ceux qui ne sont pas encore assez dégourdis pour s’abriter quand la tempête éclate.

 

 

 

Certains gosses s’amusent à saluer en anglais pour montrer qu’ils savent mais restent interdits lorsque nous leur répondons en arabe avec nos accents français. Les ruelles sont mal entretenues, les maisons sont dans le même état, certaines étant carrément à l’abandon. La médina dégage un parfum de sincérité et de souffrance, une odeur de bonheurs simples et de peines insurmontables. C’est un endroit où il semble que ce sont les enfants qui montrent aux parents le chemin à suivre pour être heureux.

 

L’OASIS DE TINTIN DANS LES CIGARES DU PHARAON

 

A bord d’une petite voiture japonaise de location, nous partons en direction de Chebika, environ soixante-dix kilomètres au nord-ouest de Tozeur. Dans la périphérie de la ville, beaucoup de maisons aux constructions inachevées mais habitées et énormément de chantiers à l’abandon, laissés avec quatre murs et un toit, sans portes ni fenêtres.

 

 

Nous nous enfonçons ensuite au cœurs de longues routes désertiques dotées de quelques morceaux de végétation s’accrochant au sable comme de la mousse sur du chêne. Au loin, des montagnes aux roches rougeâtres se dressent dans le voile sableux formé par le vent et la réverbération du soleil.

Le ciel bleu sert d’arrière-plan idéal à ces basses montagnes au décor de far-west. Un troupeau de dromadaires s’abreuve non loin de la route, autour d’un point d’eau. Ces drôles d’animaux à bosse peuvent ingurgiter jusqu’à quinze litres d’eau par minute, ce n’est donc pas étonnant de les voir, tête basse, plonger leurs immenses langues dans l’étang.

Nous effectuons une halte à l’oasis de Chebika, où le vieux village fut détruit par une inondation en 1969. Quelques marchands de souvenir et un petit café peu fréquenté accueillent les rares touristes. Un creux formé entre la palmeraie et la montagne ouvre un chemin vers une petite cascade baignant un petit puis.

 

 

On y voit de grosses caméras professionnelles et une petite équipe s’affairer autour de deux occidentaux aux cheveux blancs. Ils sont entre dix et douze attablés au café d’à côté et participent à une émission de télévision belge. Comme ces gens s’ennuient et se sentent seuls, une boîte de production a vendu un concept pour les occuper : ils les font voyager, ils leur organisent des rendez-vous et des activités et peut-être que certains finiront leurs vieux jours ensemble.

 

 

Nous empruntons ensuite la somptueuse vallée de la cascade où un point de vue offre l’infinité devant les yeux. Plus loin, se présente Tamaqzah, un autre village détruit par des inondations et dont il ne reste plus grand-chose. La ville nouvelle a été reconstruite entre le sommet de la montagne et l’épaisse palmeraie, offrant deux barrières naturelles aux habitants en cas de fortes pluies.

Farouk, un jeune du coin, offre ses services de guide à la sauvette et nous le suivons afin de découvrir des petits chemins insoupçonnables. Nous progressons au cœur des palmiers sauvages. Ici, pas d’organisation carrée comme dans la majorité des oasis, on laisse pousser les palmiers comme ils le veulent et parfois, mâles et femelles s’entremêlent au point de créer de véritables scènes d’amour au cœur de l’oasis.

 

 

Farouk nous fait entrer dans un défilé évoquant celui de Petra en Jordanie. C’est ici qu’ont été tournées de nombreuses scènes du film Le Patient Anglais, oscarisé en 1997. De magnifiques roches rouges nous entourent dans ce canyon où serpente le lit asséché d’une rivière. Le long des parois rocheuses, on peut décrocher des cailloux dont le cœur est rempli de sel. Ils ont été déposés ici par les inondations qui ont soulevé les contenus des lagunes salées que l’on retrouve dans les alentours.

Nous parvenons au sommet de ce défilé et le panorama est époustouflant. Face à nous, une mer verte de palmiers parsemée du brun orangé des régimes de dattes. Ce vert si contrasté m’évoque la palmeraie dans laquelle Tintin s’écrase à bord d’un petit avion dans l’album des Cigares du Pharaon. Hergé n’est jamais venu dans le Sahara mais à travers sa documentation, il en a capté la beauté de ses oasis et la subtilité de ses couleurs au point d’en rendre un tableau parfait dans son album.

 

 

Nous redescendons et le long de la rivière, le sable dessine le passage de couleuvres venues pondre leurs œufs et les empreintes lourdes des cochons sauvages dont la piste doit remonter jusqu’à l’Algérie, située de l’autre côté de la montagne.

 

STAR WARS ET LES DROMADAIRES

 

Le crépuscule point lorsque nous quittons Nefta pour rejoindre les dunes blanches avoisinantes. Notre véhicule est ralenti par un troupeau de dromadaires mené par un jeune paysan sur sa mobylette rafistolée. J’immobilise la voiture au milieu des animaux et coupe le contact, tandis que Mélissa se poste au cœur du troupeau avec son appareil.

Les dromadaires flottent sur la route, sereins, tranquilles et nonchalants, les chamelons emboîtant le pas de leur mère. Les blatèrements suaves et gracieux rythment leurs pas souples tandis que leur placidité fige le temps et la respiration. On se délecte d’échanger des regards avec ces grands dadais montés sur échasses. Ils prennent un air désintéressé, presque dés-animalisé. Ils scrutent du coin de l’œil, donnant l’impression de ne pas se soucier de nous tout en ne nous lâchant pas du regard.

 

 

Le ronronnement du moteur de la vieille pétoire du berger rompt le délicieux moment offert par les dromadaires qui, désormais, rapetissent dans le rétroviseur. A quelques kilomètres, Ong Jamal et son village factice qui a été construit pour le tournage de Star Wars. C’est ici qu’ont été réalisées de nombreuses scènes d’une des plus mythiques sagas de l’histoire du cinéma.

Le ballet des dromadaires est remplacé par celui des gros 4×4 chargés de touristes et qui squattent les dunes entourant le village. Le coucher de soleil est imminent et les visiteurs se précipitent pour avoir la photo idéale du crépuscule sur les dunes qui servent de passerelle entre la Tunisie et l’Algérie.

 

 

Il y a ici une vingtaine de petites maisons basses inhabitées au style futuriste, blanches et un peu jaunies par le sable. Les ruelles sont presque vides car personne n’habite ici même si l’on aperçoit un gamin se faire la malle après avoir joué un mauvais tour à son petit frère.

Des déguisements de Dark Vador sont disponibles pour se prendre en photo dans le village dont la place centrale est occupée par une grande table de banquet nappée sur laquelle on a dressé flutes de champagne, seaux à glaces et divers rafraîchissements. Un groupe très nombreux composé de jeunes qui doivent avoir entre 25 et 35 ans, marche en file indienne, chacun se saisit d’une coupe au passage puis file vers une des dunes avoisinantes, déjà infestée de touristes.

 

 

Les jeunes sont employés à Paris par une grande banque anglaise qui leur a organisé un séminaire en Tunisie. On les entend débattre sur la qualité de la réception, certains se plaignent de sa trop grande rigidité, ils auraient préféré un feu de bois au milieu des dunes, quelque chose de plus rustique. D’autres parlent boulot tandis que deux filles dissertent sur le nombre de moustiques qu’elles ont dû affronter pendant l’été à Paris avec deux serveurs tunisiens qui ne demandaient pas tant de détails sur leur vie.

Le coucher de soleil offre un spectacle autrement plus grandiose et intéressant que les conversations inadaptées de cette jeunesse autant dorée par la finance que les dunes le sont par le soleil. Nous repartons, le crépuscule s’abaisse tranquillement, calqué sur le rythme paisible des dromadaires.

 

 

DOUZ

 

Une interminable ligne droite fend en deux parties égales le lac Chott-el-Jerid. Il n’y a plus d’eau en surface mais on a vite fait de s’enfoncer les pieds lorsqu’on s’éloigne trop du bord de cette vaste étendue de sel. Sur notre gauche, de belles montagnes rougeâtres longent la route. Sur la droite, du sel à perte de vue. L’atmosphère salée et désertique ainsi que la couleur des roches des montagnes nous rappellent curieusement la région d’Atacama, au nord du Chili, que nous avions traversé un an et demi plus tôt.

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La route est longue et calme, parfois perturbée par le tumulte des camions chargés de sel qui filent en direction de l’Algérie. Peu avant la ville de Kebili, des dunes de sable s’élèvent, premières barrières naturelles face aux montagnes. Elles paraissent lisses et douces. L’environnement se veut de plus en plus sableux à mesure que l’on s’approche de Douz, la porte d’entrée du Sahel qui accueille chaque année en décembre le festival international du Sahara, événement qui réunit les tribus nomades du désert, venues d’Egypte, de Lybie, d’Algérie, de Jordanie ou encore du Koweït.

Douz est une ville traditionnelle, habitée majoritairement par les Mrazig, une tribu d’anciens nomades du Sahara, qui conservent leurs tenues traditionnelles aux couleurs sobres, beige, blanc cassé, gris… Ils enveloppent un chèche autour de leur tête qui leur sert de turban pour se protéger du soleil, du vent et du sable et ils portent un long vêtement unique appelé takakat.

 

 

Ils se réunissent dans les rues par petits groupes de dix-douze. Ils sont assis par terre et jouent aux dominos, leur loisir favori. Ils sont calmes, ne lèvent que peu la voix et répètent inlassablement les mêmes gestes, habités par cette force de l’habitude. On sent toutefois que le fossé générationnel s’est creusé entre les anciens, strictement fidèles à cet héritage culturel et les plus jeunes, qui ont déjà délaissé l’habit traditionnel pour se promener en jean et s’installer aux terrasses des cafés.

Les coups de marteau assénés par les réparateurs de moto et de scooter dans leurs ateliers offrent une percussion de fond à la rue tandis que les menuisiers font résonner le bruit lancinant de leurs scies. Les tisseurs saluent au passage tandis que les herboristes prennent bien le soin de fermer leur porte afin que l’entrée dans leur boutique provoque un cocktail saisissant pour les narines. Les fabricants de babouches s’affairent sur les trottoirs attenant à leur atelier, à l’ombre de petits parasols, toujours accompagnés d’un ami qui leur donne le change pendant qu’ils s’appliquent à leur besogne.

 

 

Je m’attarde quelques heures sur la place du souk de l’artisanat où se bousculent babouches, chèches et tapis. J’observe avec tristesse ce jeune local qui arbore une tenue traditionnelle pour faire payer la photo aux touristes en compagnie de son malheureux petit fennec au regard triste, tenu en laisse sur le trottoir.

Quelques touristes lâchés hors de leur 4×4 déambulent autour des boutiques de souvenir. Ils ont généralement au moins soixante ans, sont bedonnants et mal habillés, manquant cruellement d’élégance en comparaison avec les Mrazig, fiers et beaux. La Tunisie étant un pays bon marché pour un Européen, on sent chez ce touriste de classe moyenne comme un désagréable air de supériorité et de mépris vis-à-vis des locaux.

 

Les terrasses des cafés s’articulent autour des grands arbres qui offrent une ombre apaisante. Les tables sont toutes prises d’assaut par les hommes qui commandent un café et une grande bouteille d’eau.

Les femmes, quant à elles, n’ont pas voix au chapitre dans cette région, elles font partie de l’arrière-plan. On en voit derrière leur portail, balayant leur cour ou s’affairant à la cuisine ou avec les enfants mais presque jamais dans la rue. Au moindre regard échangé avec elles, leurs yeux gênés et embarrassés se détournent tandis que leurs mains remontent leur voile jusqu’au nez pour cacher leur visage. Leur absence est pesante et lorsque j’évoquerai plus tard avec un ami tunisien le malaise que j’ai ressenti dans les rues de Douz, il me répondit simplement que « le sud était plus traditionnel ».

 

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C’est en sifflotant « Où sont les femmes ? » de Patrick Juvet que je remets le contact pour quitter cette magnifique ville à l’atmosphère unique et rentrer en direction de Tozeur. Nous effectuons une boucle par Zaafrane et Nouail afin d’emprunter un autre chemin le long du Chott-el-Jerid. L’occasion de sillonner une nouvelle oasis et de constater que le sud tunisien développe ses réseaux routiers puisque de nombreux travaux de voirie sont en cours afin qu’il y ait de plus en plus de routes asphaltées.

 

 

Pour le dernier soir à Tozeur, nous dînons dans un restaurant traditionnel où le vin ne figure pas sur la carte mais peut se retrouver sur la table, à condition de demander discrètement au patron si on peut avoir droit au secret de la maison.

C’est en chuchotant qu’il demande si l’on veut du rouge ou du rosé qu’il pose ensuite sur la table versé dans une jarre. Les verres sont en terre cuite afin que personne ne distingue le vin à l’intérieur et on sent bien la curiosité des voisins de table lorsqu’ils observent cette jarre au contenu douteux. Mais ne comptez pas sur moi pour vous donner l’adresse, je ne trahirai pas le secret de la maison.

 

PHOTOS: Mélissa

TEXTE: Marc

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