Les Cahiers Vagabonds | Récit: Balades urbaines en Australie – le triptyque Melbourne-Sydney-Brisbane
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Récit: Balades urbaines en Australie – le triptyque Melbourne-Sydney-Brisbane

Des buildings qui percent le ciel. Epais, sombres, gigantesques, infinis. Chaque jour, je les caresse des yeux, imagine surtout ce qu’il se trame à leurs pieds. Bruits de moteurs, klaxons d’automobiles, sonnettes de tramways, murmures des piétons, plats qui résonnent dans les cuisines des restaurants, vagabonds alcoolisés qui braillent, sirènes d’ambulances. Gens d’affaires en tailleur-talons ou en costard-cravate, étudiants décontractés, touristes en sac à dos, nettoyeurs de rues, cuisiniers, serveurs, personnel hospitalier, guides touristiques, employés administratifs, enseignants, écoliers… Tous doivent se presser au pied de ces immenses tours sur lesquelles mes yeux s’approchent, soixante kilomètres à l’horizon.

Des mois passés dans le country side, à voir défiler tongs, bottes de fermiers, leggins de mamans au foyer, uniformes stricts d’écoliers et cannes boiteuses d’anciens venus s’aérer sur la grand-rue du village. La monotonie des petites villes n’est pas faite pour moi, même si j’aime croiser des kangourous sur le chemin de leur dîner et observer les perroquets brailleurs qui cassent une graine au milieu des vaches et moutons. C’est toujours un plaisir de zigzaguer entre des lapins fous et d’être insulté par le cacatoès énervé qui me déploie son hystérique mais majestueuse crête jaune en guise de protestation.

Seulement, il est temps de laisser derrière nous les alpagas d’élevage qui sont bien moches une fois rasés, les chevaux de dressage emmitouflés sous leurs manteaux. Il faut se faire une raison et arrêter de chercher les koalas et les wombats planqués dans les eucalyptus et les fourrés. Dire au revoir, même si j’aimerais que ce soit un adieu, à ces serpents menaçants dont je sens bien la présence derrière quelques hautes herbes sauvages, vertes et toujours plus perçantes. Place au dur, au goudron, au béton, au tumulte urbain. L’Australie c’est la faune et la flore, c’est l’esprit des campagnes et les promesses des grands espaces. C’est l’océan, c’est le désert, c’est le sable, c’est la forêt, lorsqu’elle ne brûle pas. Mais pendant dix jours, l’Australie, désormais, ce sera la ville, ce seront les villes.

 

CHAPITRE I : MELBOURNE

 

Enfin, nous y sommes. Les échappements agressent la gorge et les narines, le bruit de fond du ronronnement des moteurs des véhicules ne s’estompe jamais. La ville, la grande, Melbourne et ses presque 5 millions d’habitants. Une métropole du nouveau monde, vieille d’à peine moins de deux siècles, si l’on s’arrête à l’époque moderne puisque les Aborigènes occupaient la zone depuis environ 40.000 ans. La jeunesse de l’urbanisme est la caractéristique des villes directement issues de la colonisation britannique du dix-neuvième siècle.

Première étape à Collingwood, nord de Melbourne, pas encore sous les gratte-ciels. Une démonstration parfaite de gentrification et de renaissance d’un quartier autrefois ouvrier. Les anciennes usines et les petites baraques délabrées du début vingtième sont désormais des lieux branchés : galeries d’art, restaurants ou boutiques hipsters se succèdent sur Smith Street. Les petits immeubles particuliers ne dépassent que rarement les deux étages et sont aussi rarement entretenus. Les façades ne cherchent pas à masquer la décrépitude, la tuyauterie cabossée et le manque de maintenance. C’est à l’intérieur des commerces qu’il faut apprécier les planchers qui craquent, les comptoirs stylés, les décorations rétro, le bois recyclé. On s’y sent bien!

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Les shorts en jean habillent au tiers les jambes des jeunes femmes et des jeunes hommes qui peuplent majoritairement ces rues qui prennent aussi des airs de cour des miracles. Dans les allées adjacentes, les poubelles croissent, les junkies effectuent une halte pour se réapprovisionner, les flaques d’eau stagnent. Les grosses chaînes d’alimentation et de restauration rapide trouvent leurs clients jusque tard dans la nuit, où la jeunesse ivre tape dans le hamburger bas de gamme pour remplir l’estomac liquide avant d’aller s’affaler dans le plumard d’une colocation chère mais bien placée. Les vieux hôtels, qui sont en fait des pubs, offrent des décors sombres et propices au développement d’une scène musicale underground venue se tester le temps d’un week-end, d’un soir, d’une heure. Ce sont des lieux mystiques où il fait bon prendre une bonne mousse de brasseur.

Collingwood abrite toujours une misère sociale qui dort dans la rue, adossée aux restos qui ne manquent pas de vivres et de restes jetés dans les poubelles. C’est le paradoxe des quartiers en pleine mutation, dans un pays ultra-libéral qui fait peu cas des défavorisés et des marginaux. En dix minutes de marche, le temps de traverser des rues résidentielles aux murs nettement mieux entretenus et aux jardinets coquets, on atteint Fitzroy, le quartier jumeau de Collingwood, nettement plus épuré.

 

 

Les restos branchés sont légion, les cartes des établissements font voyager autour du monde, témoignages des origines multiples qui peuplent cette terre d’immigration qu’est l’Australie. Au final, manger australien, qu’est-ce que cela veut dire ? Certes, le hamburger est souvent la vedette de l’assiette et le pub est l’établissement que l’on retrouve le plus, héritage direct du passage des Britanniques – qui ne sont jamais trop loin comme le montrent les unes des kiosques, systématiquement occupées par les visages de la famille royale. La cuisine australienne, c’est la cuisine du Monde, finalement. Fitzroy donne soif, donne faim, donne cette envie de se plonger dans une ambiance bienveillante mais qui refroidit les fumeurs, obligés d’aller se planquer à plusieurs mètres des terrasses, comme partout dans le pays. Les pintes ne sont pas données, le vin est plus raisonnable, enfin si on l’achète dans les bottle-shops et pas dans les bars qui se font de belles marges.

 

 

Puisqu’il est bon de choisir au hasard un établissement, on se faufile dans ce bar à jeux où le plafond est si bas qu’il retient clairement l’odeur de tabac qui se consume dans le fond du couloir. Là, au milieu de ce quartier alternatif, on trouve enfin un peu de souplesse dans la rigidité australienne puisque la DJ qui passe les disques s’autorise à cramer sa clope au beau milieu d’un établissement public. Une forme de résistance au sein de cette société aseptisée où l’on est interdit de tout même si l’on n’en pense pas moins. Les barmans barbus font le show en servant des cocktails dont le moindre détail révèle un souci du raffinement. Pas dit que les jeunes bourrés qui les descendent d’un trait notent la subtilité des arômes mais il est de bon aloi d’au moins prétendre le faire.

L’ambiance décontractée de Fitzroy tranche subitement avec celle un peu plus coincée du CBD, situé quelques encablures plus haut. Pour le rejoindre, on traverse la grande Victoria Parade qui ne fait pas la part belle aux piétons. Plusieurs minutes pour parvenir à enjamber ce défilé de voitures, bus et camions qui ont la priorité sur les promeneurs, qui n’ont que la patience pour argument. Les villes australiennes sont ainsi conçues que le piéton n’a qu’un créneau de vingt secondes pour traverser au feu. Et il ne faut pas compter sur la charité d’un automobiliste pour qu’il vous laisse passer sans qu’il en soit contraint.

Une fois surmonté l’obstacle de Victoria Parade, place au cœur colonial de Melbourne avec ses maisons victoriennes et sa maison du parlement, austère héritage britannique. De grandes colonnes d’un marron sombre, aussi accueillantes que les portes d’une prison, servent de grandeur à cet édifice situé presqu’en face de la cathédrale Saint Patrick, église du dix-neuvième qui ne dépareille pas de sa voisine. La cathédrale est l’antithèse de la notion de chaleureux et si l’église a pour vertu de protéger et d’accueillir les démunis, on se demande bien comment ces derniers pourraient avoir l’audace d’y pousser les portes afin de trouver un peu de réconfort.

Et finalement, ils sont là, juste devant moi. Beaucoup plus décevants maintenant que lorsque je les observais depuis ma campagne, majestueux et augustes. Je crois que les buildings s’apprécient à distance mais cela n’empêche pas de se balader entre leurs pattes. Ils nous enveloppent, nous font de l’ombre, recrachent et ravalent par milliers des travailleurs bien habillés. C’est un défilé de costumés qui se mélangent aux gens communs, aux autres travailleurs et aux visiteurs qui se frayent un chemin dans cette communauté mélangée aux origines et fortunes diverses.

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Asiatiques du lointain orient (pas si lointain depuis ici, remarque), Asiatiques du milieu du continent, Indiens, Pakistanais, Bangladais, Africains de la Corne de l’Afrique, Européens, surtout mais aussi quelques égarés du Pacifique. Les Aborigènes, présents eux aussi, marginalisés. Ivres ou défoncés dans les rues, laissés pour compte avec pour seul héritage la privation de leurs terres et de leurs cultures. Si l’état australien, à coups de musées et de relecture de l’histoire, a enclenché ces dix dernières années une tentative de réconciliation et un devoir de mémoire, la jeunesse aborigène est encore loin de pouvoir espérer un lendemain qui chante. La réalité du terrain est encore dramatique et laisse perplexe face au faste dégagé par ces buildings occupés par des bureaux, des logements ou des hôtels.

En dépit des inégalités que son système libéral génère, l’Australie a le mérite de rassembler les différences, à condition de suivre les règles qu’elle dicte. Il est difficile d’intégrer la communauté locale mais une fois surmontés les obstacles de visa et de permis de travail, le citoyen du monde ne veut plus repartir chez lui, profitant d’un cadre bienveillant, d’un travail plutôt abondant – même si c’est moins vrai qu’il y a dix ans – et d’une sécurité quotidienne, à condition de ne pas rouler de nuit dans une zone peuplée de kangourous ou de ne pas se baigner dans une plage à requins.

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On aime se perdre dans le multiculturalisme du CBD mais on ne s’y noie pas car il conserve cette dimension humaine, les trottoirs ne sont pas saturés, les rues sont larges et espacées. Quelques petits pas de plus et voici les rives de la Yarra qui apaisent et enchantent. On s’offre d’abord un petit détour par le quartier sportif de Melbourne Park : arène de cricket, terrains de tennis de l’Open d’Australie, terrains de footie, le football australien… Les sportifs amateurs pratiquent le footing au milieu de ces grands bâtiments blancs et modernes disposés sans harmonie mais qui ont le mérite de créer un univers sportif.

La Yarra, paisible petit havre de paix qui coule tranquillement dans la ville. Elle offre une respiration avec son jardin botanique à la pelouse verte si impeccable qu’on la croirait synthétique. On enjambe les ponts piétons ou routiers pour se désaltérer d’un côté ou de l’autre du fleuve, déguster les bières de brasseur tout en profitant des terrasses branchées. Les costards cravates sont bien plus légion par ici qu’à Collingwood ou Fitzroy et les after-works au rythme des happy-hours permettent d’évacuer pour un moment la pression générée par le travail de bureau.

Halte opportune au National Gallery of Victoria. C’est vendredi soir et le musée organise des événements en marge d’une exposition réunissant les œuvres de Jean-Michel Basquiat et Keith Haring, deux artistes peintres, dessinateurs ou encore sculpteurs qui ont œuvré aux Etat-Unis dans les années 1980. L’expo se visite en nocturne, replonge dans le New-York underground des années 1980, dans la folie noire ou dévastatrice des deux artistes. DJ set en extérieur sur des airs de disco et de funk dans une cour au pied de l’immeuble et show de drag queen déchaînée rythment la soirée jusqu’à vingt-deux heures. Nous quittons cette ambiance festive peu avant son terme en mettant le cap sur Fitzroy, avec une problématique bien australienne : même en étant au sein d’une métropole, les restaurants ne veillent pas trop tard le soir. Les Australiens dînent tôt (parfois dès 17h30) et les soirées ne traînent pas trop en longueur, à part, il faut le reconnaître, dans certaines places rebelles que l’on a décrites un peu plus tôt.

Le matin, gueule de bois ou non, il fait bon aller se balader dans les halles du Queen Victoria Market. Un marché alimentaire est généralement un parfait témoignage pour mesurer les habitudes de consommation des autochtones. Depuis notre arrivée en Australie, nous entendons régulièrement que Melbourne est l’Européenne du pays. Les petits stands de bouffe du Vic Market ne font pas mentir cette rumeur. Les produits italiens règnent en vedette mais le pain à la française, les bureks façon Balkans ou la charcuterie espagnole ont aussi leurs afficionados. Après un petit tour par le secteur des bouchers, puis celui des poissonniers, les locaux font leur marché de primeurs puis s’attablent volontiers dans la galerie couverte ou sur la terrasse avec un petit en-cas et un café de torréfacteur. Ici, le café est une religion et chaque habitant ou presque a sa propre façon de le commander et de le consommer, avec du lait normal, du lait allégé, du lait d’amande, du lait d’avoine…

 

 

 

Le Vic Market abrite aussi un important rayon rempli de chinoiseries qui attirent les masses et, sur le coin gauche, pas loin du grand parking, une nouvelle tendance se dégage avec de l’artisanat local et du fait-main qui met en valeur le savoir-faire australien. Au milieu de ces petites boutiques de créateurs, la brasserie locale, au style épuré mais déserté par les clients, a pu compter sur nous un instant pour peupler la terrasse au plancher en bois qui mériterait d’être un peu plus fréquenté.

Nous quittons Melbourne en même temps que Thomas, qui a partagé avec nous ce petit voyage avant de repartir à Londres. Nous saluons ensuite chaleureusement la famille d’Ilaria et Jan, les enfants et les animaux avant de mettre le cap sur Sydney. Les « au revoir » sont difficiles mais n’empêchent pas de regarder le futur avec appétit.

Une dizaine d’heures de route monotone et sans intérêt le long d’une autoroute sépare Melbourne de Sydney. Une fois garés dans le prometteur quartier de Newtown, nous partons pour le centre-ville, où nous devons rejoindre Rémi venu nous rendre visite depuis Paris.

 

CHAPITRE II : SYDNEY

 

Dernière station de métro avant de descendre. Les souterrains s’estompent tout à coup pour laisser passer furtivement une image : sur la gauche, à environ cinq cent mètres, le symbole architectural de l’Australie s’offre à nous : l’opéra de Sydney. Nous sortons par le quai d’où partent les ferries de transport en commun. En face, la baie, sur la droite, l’opéra, sur la gauche, en arrière-plan, le Harbour Bridge qui surplombe la ville. Derrière nous, des dizaines de buildings nous guettent d’un air supérieur.

L’atmosphère est douce, à peine trente degrés et une humidité qui enveloppe et réconforte, après quelques mois de pluie et de grisaille dans le Victoria. Rémi nous donne rendez-vous dans le quartier The Rocks, le plus ancien vestige d’urbanisme anglo-saxon en Australie. Un quinquagénaire à la chemise bleue ciel offre spontanément son aide pour nous situer alors qu’il nous voit triturer le GPS sur le téléphone. Nous longeons le quai par la gauche, regardant avec dédain l’immense paquebot de croisière Queen Elizabeth qui gâche la vue.

Finalement, le quai laisse place à la route. Sur la gauche, une montée abrupte que l’on arpente. Les bâtiments du début du dix-neuvième siècle tranchent avec le style victorien que l’on avait aperçu partout ailleurs en Australie. L’atmosphère de The Rocks dégage un sentiment spécial et mêle trois ambiances distinctes avec les cafés au style européen du début XIXe, le parfum côtier du Pacifique et, en arrière-plan, les buildings du CBD. Il est 11h30, les bulles pétillent dans les pintes de bière, les couples LGBT se tiennent la main en plein centre-ville, les tenues sont légères, l’air marin colle aux narines : Sydney est une promesse.

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Le ventre creux au moment du rendez-vous, c’est avec appétit que l’on entre de plein pied dans le vieux Sydney où Rémi nous attend. Six mois après notre dernière rencontre, c’est un plaisir de se retrouver au bout du monde. Il nous réserve une surprise et nous invite à le suivre en grimpant de petites marches. On entre par un petit corridor dans un bâtiment où les sols sont recouverts de cette vieille moquette typique des vieux pubs et hôtels anglo-saxons. Une série d’escaliers nous conduit au sommet de l’établissement pour un déjeuner offert par Rémi en guise de cadeau de mariage. La table qu’il avait réservée offre un panorama splendide sur l’opéra de Sydney… A condition, toutefois, qu’il n’y ait pas de Queen Elizabeth dans la baie. Pas question non plus de sombrer dans la déprime, au contraire. La chaleur de Sydney, le cadre agréable du rooftop, les retrouvailles et la bière bien fraîche offrent un parfum de vacances.

Les ruelles du plus vieux quartier d’Australie laissent une empreinte spéciale, un air de vieille Grande-Bretagne. Les boutiques y sont stylées, les restaurants affichent des cartes travailées sans pour autant s’enflammer sur le prix des additions. Une brasserie qui laisse entrevoir ses grandes cuves propose une dizaine de bières dans une atmosphère qui transpire la culture de brasseur, la bouffe de pub et le style moderne. Ici, pas de place pour le pub populaire du quartier : la clientèle visée est le touriste ou le travailleur du CBD venu chercher un peu de vieille Angleterre après une journée de bureau.

Le quai pour les ferries est à deux pas, on redescend vite les petites ruelles pour grimper à bord du bateau F1. Il contourne l’opéra qui suscite toujours l’admiration des touristes comme des résidents qui ne peuvent se lasser d’un tel bijou architectural. Vu de près, il ne paraît pourtant pas comme sur les photos, ce géant assemblage de coquillages. Ses toits, si étincelants de blanc lorsque l’on regarde les images prises depuis le ciel, sont plutôt d’un beige terne et sa base cuivrée pèse ses bientôt cinquante ans. Remarquez, je ne fais pas la fine bouche mais peut-être que certains lieux de ce monde méritent davantage d’être observés à travers des images qui les mettent en valeur plutôt qu’avec le filtre de nos yeux déçus. Malgré tout, la figure de proue de l’Australie contemporaine captive et jusqu’au bout, on cherche du regard à apprécier l’opéra à mesure que l’on s’enfonce dans la baie.

 

 

 

A gauche et à droite du trajet emprunté par le ferry en direction de Manly Beach, des quartiers qui s’avancent dans la baie, certains habités par des grands jardins et des maisons luxueuses, d’autres par des petites forêts qui abritent quelques habitations. Le calme de ces zones résonne jusque sur les flots de cette baie tranquille qui voit convoyer les travailleurs et les visiteurs. Une petite demi-heure et voici le wharf de Manly. A peine sorti sur le quai, on s’imaginerait être à plusieurs heures du centre de Sydney : les promeneurs sont nombreux et transpirent l’été, vêtus de simples maillots avec une planche de surf ou un sac de plage comme unique bagage. On mange une glace en famille, en couple, entre amis ou même seul, après une journée de travail. La rue piétonne abrite quelques bars, glaciers et épiciers mais surtout de nombreux magasins de souvenirs qui vendent des articles de plage (tongs, serviettes, casquettes…) où la culture du surf et le drapeau de l’Australie trônent en vedettes.

La plage de Manly est occupée par des dizaines de surfeurs qui se partagent les quelques vagues qui cassent à dix mètres du bord. Les baigneurs doivent se caler entre les drapeaux et les maîtres-nageurs s’égosillent pour faire respecter ce périmètre établi en fonction des baïnes qui aspirent vers le large les nageurs. « Je m’en fous de quel âge tu as et de si tu sais nager, reviens entre les drapeaux », hurle à travers son haut-parleur ce rouquin lassé de répéter la même chose à bord de son petit quad.

Pendant que certains se dorent la pilule ou assurent la sécurité, les promeneurs affluent le long de la grande balade qui suit la plage. En arrière-plan, des immeubles, pas très hauts ni très beaux, où les gens résident à l’année ou à la semaine. L’architecture de Manly est moins intéressante en front de mer que dans sa rue piétonne où les bâtiments prennent des petits airs de Far West avec leurs grands balcons qui servent de terrasses, fermés par des barreaux réguliers d’environ un mètre de hauteur. Ces coursives appellent la jeunesse à commander des pintes et à profiter des chaleurs de la fin de l’été.

En avançant vers la Shelly Beach, une petite piscine naturelle formée par des rochers attire les familles. L’eau y est chaude et l’endroit de tout repos pour profiter d’une petite baignade même s’il faut serrer les coudes pour se faire une place sur l’une des parois. Shelly Beach, au bout de la promenade : c’est la fin d’après-midi et les habitudes des Australiens, qui aiment dîner tôt, se mêlent à la menace de la pluie pour vider la plage de ses occupants. Un peu à contre-courant d’abord, nous décidons finalement nous aussi de rebrousser chemin. La petite halte dans un pub où le rooftop est presque vide n’est pas vraiment prolongée, la faute à une pluie qui déboule sans crier gare.

 

 

On se jette dans le F1 en direction de Sydney pour un retour frais à la tombée de la nuit. Au bout d’une vingtaine de minutes de traversée, l’opéra, lumière dans la pénombre, phare dans la baie, éclatant dans le ciel humide et incertain. Le joyau de l’Australie contemporaine m’éclate à la figure, comme pour me rappeler que je ne suis personne pour le critiquer. Il m’étale sa grâce, son originalité, sa prestance, son unicité. Ses toits voilés semblent servir de reposoir aux lumières urbaines qui jaillissent par dizaines de milliers des fenêtres des buildings qui travaillent encore.

 

 

Alors que le CBD se jette avec courage dans ce ciel de pénombre, l’opéra, à la fois terrestre, océanique et aérien, ressort encore plus grand que tout le reste. Même le clignotant Harbour Bridge suspend son souffle et regarde par-dessus avec admiration ce génial symbole du Nouveau Monde. Le F1 sillonne encore quelques hectomètres jusqu’au quai, minutes dérisoires, vagues douces et instant vagabond : l’opéra de Sydney m’a joué une belle tragi-comédie, j’applaudis sous la pluie.

 

 

Des tags à tous les coins de rues, des façades délabrées et des gens qui détonneraient dans n’importe quel autre quartier du monde : bienvenue à Newtown, dans le sud-ouest de Sydney. Les planches de surf ? Les costumes du CBD ? Les touristes sortis du bateau de croisière ? Les buildings qui touchent le ciel ? Rien de tout ceci n’existe à Newtown, quartier alternatif et populaire de cette grande métropole qu’est Sydney.

Autour de la Princess Hwy, l’artère principale, les bâtiments dépassent rarement deux étages. Au rez-de-chaussée, disquaires, boutiques de vêtements et restaurants du monde entier. A l’étage, des appartements aux fenêtres en piteux état, entourées de murs qui ne sont plus qu’à moitié peints. Si le Collingwood de Melbourne paraissait délabré, le Newtown de Sydney ressemble carrément parfois à une friche urbaine. Cela n’empêche pas une certaine ébullition grâce à une jeunesse qui adopte tous les styles, pourvu qu’ils ne soient pas conventionnels. Les cheveux sont multicolores, les piercings greffés sur toutes les parties du visage, les tatouages embouteillent la peau. La population locale déborde de fraîcheur, rares sont ceux qui ont plus de 40 ans dans ce quartier qui est un bouillon de culture et largement revendiqué gay-friendly comme en témoignent les couleurs LGBT affichées sur de nombreuses vitrines.

Dans les ruelles très étroites qui sont perpendiculaires à la Princess Hwy, de petits ateliers de créateurs, des bars de quartier et des tags exécutés par de talentueux artistes. Parmi ces ruelles, Mary Street, sombre et peu accueillante. Des bagnoles garées des deux côtés de la chaussée, des trottoirs défoncés, des maisons mal entretenues, un bar branché et plus loin, un vigile vêtu de noir qui squatte devant une porte. Loin d’être un colosse le gars permet surtout de repérer qu’il y a un bar de ce côté-ci de la rue.

Une fois entré, il faut s’avancer par un petit corridor qui mène sur une étrange salle composée de deux étages, inondée par le volume beaucoup trop fort de la musique. Sur la gauche, un long comptoir divisé en deux sections : d’abord la cuisine qui envoie des hamburgers toute la soirée et ensuite le bar où sont tirées de nombreuses bières. Au rez-de-chaussée, quelques tables, des gros tonneaux et des ardoises collées aux immenses murs qui servent de menu. Une grande tête de mort coiffée des oreilles du diable au-dessus de laquelle est écrit « locals only » complète le pan de cette grande façade qui n’est pas des plus accueillantes. Les toilettes sont intégralement recouvertes de tags, portes et murs se confondent dans cet océan de graffitis disséminés sans aucune logique.

Un escalier en fer mène à l’étage ouvert en mezzanine, dont le plafond et les contours sont recouverts de cadres contenant photos ou disques. Au sommet, des dizaines de roses rouges sont accrochées, les fleurs tournées vers le sol. Il y a aussi une infinité de bougies allumées sur de petites étagères et la cire, qui s’est répandue abondamment avec nonchalance le long des bouteilles en verre qui les contiennent, offre un autel au cadre photo de Kobe Bryant.

 

 

Ce bar particulier, qui a été jadis une chapelle mais aussi une salle de sport, représente parfaitement Newtown, insaisissable et mystérieux. Dans la rue, les comportements douteux de certains passants peuvent inquiéter : il se dit que la présence à proximité d’un important hôpital soignant les maladies mentales ne serait pas étranger à cet afflux de promeneurs particuliers aux démarches de zombies, au verbe solitaire et aux regards vides ou vitreux.

Très animé la nuit, Newtown n’échappe pas à ce paradoxe des quartiers alternatifs : les noctambules, ces jeunes urbains branchés et peu encombrés par les apparences qu’ils font semblant de ne pas soigner, déambulent et enjambent les oubliés. Ce sont ceux qui dorment par terre, enveloppés dans leur misère qui s’appelle duvet. Abrités par un avant-toit ou une entrée de boutique, ils sont nombreux à voir le quartier évoluer et attirer de plus en plus de nouveaux occupants. Et ces sans-abris, transis de froid sous la pluie ou qui crèvent de chaud pendant l’été caniculaire du New South Wales, s’intègrent parfaitement à la dynamique de Newtown : ils sont jeunes.

Retour dans le centre-ville de Sydney, au pied des buildings. Le jardin botanique, si propre, si verdoyant, si anglo-saxon. Impeccables allées aérées bordées de spécimens botaniques aux origines diverses. Mon niveau de connaissance de la flore est trop limité pour en faire une description que beaucoup ne liraient d’ailleurs même pas. Je me contenterais de dire les couleurs, ici violettes, là roses, et encore blanches. Le clair de ces fleurs apporte de la gaieté et de la joie à certains arbres centenaires, gigantesques bosquets qui offrent de l’ombre contre le soleil et pour nous, mouillés, un maigre rempart face à la pluie. Là, dans cette grisaille, cette humidité, les gouttes battent les promeneurs qui ne peuvent que s’incliner, hâter le pas et laisser leurs regards admirer cet océan de verdure coiffé d’immenses buildings. Ils sont grands et portent la couleur sobre des affaires, le gris foncé ou clair, le bleu, ciel ou marine. Vêtus comme des employés de bureaux, ces grands immeubles manquent de personnalité, ont un air trop sérieux mais ont le mérite de donner de la grandeur à Sydney. Certains, audaces architecturales, prennent des courbes osées et provocatrices et tranchent avec la majorité des statues colossales et impassibles qui forment le CBD.

C’est au cœur de ces géants de verre, de béton ou d’acier que se jouent des destins, des avenirs, des décisions cruciales. A l’heure du déjeuner, ces grandes barres verticales éjectent par milliers des clients, des directeurs, des employés. On se faufile entre les gouttes de pluie, les chemises cintrées et les tailleurs avec nos sacs à dos, notre guide de voyage et nos appareils photos. Ils nous doublent tous ces travailleurs dynamiques, pressés, obnubilés, stressés mais résilients, en toutes circonstances. On mesure chez eux ce regard droit, efficace, déterminé, cette attitude concernée qui tranche avec notre aspect détaché et frivole.

Le promeneur n’est rien dans ce monde, il n’existe pas face à ces inatteignables cadres supérieurs sur qui tout ruisselle. Ils flottent, du haut de leurs escarpins ou de leurs pointes cirées, au pied de ces buildings qui parfois les écrasent et les assomment. Ils filent en vitesse pour aller s’acheter un sandwich qu’ils ingurgitent à la volée, s’offrent une petite récréation et en profitent pour passer un coup de téléphone.

Certains s’activent à faire du sport pendant la pause déjeuner afin de maintenir une activité physique régulière. Qu’ils mangent, qu’ils soient en pause ou en train de faire du sport, ils donnent tous l’impression de courir en comparaison à nous, promeneurs détachés en quête d’une bonne table pour le déjeuner. A force de glisser entre les tours, enjambant les routes saturées, empruntant des ponts, nous voici en quelques minutes à nouveau en contact avec la mer.

C’est encore ça, Sydney, vous ne pouvez pas faire trois pas sans avoir accès à cet air marin qui transporte tout de suite vers le large. Ici, c’est Barangaroo, des docks refaits à neuf qui abritent une multitude de restaurants stylés destinés à accueillir les déjeuners d’affaires des travailleurs d’en haut ou bien quelques touristes venus se perdre, comme nous, sur ces quais ouverts au vent et terrassés par la pluie. Sydney est une ville de soleil, cela se mesure à la quantité d’établissements de restauration qui se tournent et s’ouvrent vers le ciel et la mer.

 

 

A Barangaroo, les restos vietnamiens, italiens, turcs ou encore japonais sont si habitués au soleil qu’ils n’ont même pas de table à l’intérieur. Toute l’allée des quais est couverte d’un toit au cas où et aujourd’hui, de grandes bâches ont été tirées pour protéger de la pluie. Une maigre défense face à ces torrents d’eau qui redoublent d’intensité et accablent les attablés obligés de presser la fin du repas ou de trouver refuge dans un coin abrité.

Sydney, je l’ai aimé au premier regard, à la première foulée que j’ai pu effectuer dans ses quartiers. Son opéra m’a conquis, après m’avoir trompé. Ses parcs m’ont apaisé, ses buildings m’ont animé, sa baie m’a transporté, ses plages m’ont promis. Et ce n’est pas les quantités d’eau que l’on a dû écoper qui m’ont fait changer d’avis. Si l’année australienne pouvait être menée à son terme avec un retour à la normale, c’est ici que j’aimerais la terminer.

Retour dans le van, pour quelques centaines de kilomètres vers le Nord. Le trajet fait passer par Harbour Bridge. Pendant que des cons paient 200 dollars leur visite au sommet du pont sous une pluie torrentielle, nous empruntons à une vitesse modérée et avec une conduite prudente les routes d’un des symboles du pays. Et quand on conduit avec cette météo horrible et dangereuse, il n’y a que peu de place pour l’émerveillement. Cela n’enlève en rien ce que Sydney a offert pendant quelques jours : c’était une promesse, cela reste une promesse, un doux rêve, même.

 

Chapitre III : BRISBANE

 

Brisbane, c’est l’inconnue du triptyque. Volontairement, je ne regarde aucune image de la ville, pour ne pas m’en faire une idée et garder la surprise. Troisième ville d’Australie, la capitale du Queensland avait la mauvaise réputation d’être un Las Vegas australien, jusqu’à supporter le surnom de Brisneyland. Je lis qu’elle avait fait des efforts pour changer et devenir plus culturelle, plus hédoniste. Je m’en tiens à ces simples avis avant d’y entrer, directement par le CBD auquel on accède en sortant de l’autoroute. Le van est garé dans une de ces ruelles morbides qui séparent deux buildings. L’endroit est glauque, refoule des odeurs d’égouts et de poubelles, entassées en amont de la rue. C’est une allée rêvée pour un guet-apens, un cul de sac entouré de grandes tours, où règne un silence et une odeur de mort.

A l’entrée de cette ruelle, au coin de la Turbot Street, il y a une petite vieille. Elle fait froid dans le dos. D’une blancheur cadavérique, elle vous observe avec une dureté et une force qui vous happe, vous fait tressaillir. Elle doit peser plus de 75 ans et si je devais lui donner un nom, je l’appellerai La mort. A chacun de nos passages autour de George Street et de Turbot Street, elle est là, guette les promeneurs avec la force de l’habitude. Vêtue de fringues trouées et sales, elle appuie ses 40 kilos sur son déambulateur, maigre butin d’une vie qui s’achève. Elle est une des nombreuses SDF qui jonchent le quartier, dont le ciel est pour les buildings et les trottoirs pour les pauvres. La nuit, de trop nombreux bancs sont en effet occupés par des sans-abris enveloppés dans des couvertures de fortune.

Le CBD de Brisbane bouillonne, comme ceux de Melbourne ou de Sydney mais les grandes avenues qui séparent les tours ne donnent pas le même air de fourmilière. Les rues sont bruyantes, assommées par les ronronnements des moteurs qui sont retenus par les cuves formées par les grands immeubles. Située au sud du Queensland, le fameux « Sunshine state », Brisbane est, encore plus que Sydney, une ville tournée vers l’extérieur. Il n’y a pas de baie ou de plages urbaines mais un fleuve, la Brisbane River, qui serpente et coupe la ville en deux.

 

 

Seulement, comme à Sydney, les terrasses des cafés et des restaurants sont désertes, la faute à une pluie torrentielle qui s’abat sur Brisbane. Sunshine state, hein… Après presque cinq mois à trimer dans le Victoria, à supporter un climat d’automne en plein été, les vacances dans les états les plus ensoleillés du pays se résument à zigzaguer entre les gouttes. Soit, Brisbane se visite aussi sous la pluie.

On remonte la longue Ann street en se faisant arroser. Les croyants ne manqueraient pas de prier pour en appeler à la clémence du dieu Météo. En guise de lieu de culte, ils auraient juste à se faufiler dans une des infinies églises qui sont postées le long d’Ann street. Mais comment est-ce possible de voir autant d’églises au même endroit ? St John’s Cathedral, la plus récemment construite, sans charme et pleine d’austérité anglo-saxonne, Presbyterian Church, St Andrews, All Saints’ Wickham Terrace, St Paul… Les lieux de culte chrétiens se succèdent tous les hectomètres et offrent un caractère sacré à ce quartier du nord du CBD qui fait la jonction avec Fortitude Valley.

 

 

Etrange Brisbane qui conserve les stigmates de décennies « bling-bling » avec son grand hôtel casino et ses clubs de strip-tease au cœur du CBD. Mais Brisbane fait sa mue, en témoigne ses musées neufs situés sur l’autre rive du fleuve. Nous empruntons le Kurilpa Bridge, pont piéton au chemin courbé qui permet d’arriver face à l’entrée du Gallery of Modern Art. Les collections sont éclectiques, il y a de quoi satisfaire les goûts variés des visiteurs. Une exposition temporaire sur l’importance de l’eau prend tout son sens dans ce pays qui souffre de ne pas disposer d’assez de sources naturelles. Des thématiques complètement différentes se juxtaposent dans ces salles récentes et bien pensées. Le mouvement, le transport, la culture de la danse inhérente aux peuples du Pacifique ou encore l’art aborigène sont au programme. Ce dernier pan est d’ailleurs très largement représenté à travers des masques, des boomerangs, des boucliers ou autres lances utilisés à l’époque. Ces objets sont désormais réinterprétés par des artistes aborigènes émergents qui souhaitent les réintégrer à la vie culturelle contemporaine et inscrire leur patrimoine à l’agenda culturel australien.

 

 

Après cette plongée dans la culture aborigène qui ne méritera pas de rester méconnue, on file plus loin, toujours dans ce quartier de Southbank en pleine mutation : il y a le musée d’histoire naturelle, le Queensland Art Gallery ou encore le Performing Arts Centre. Le Southbank est une aire urbaine résolument tournée vers la culture et l’art. Rien d’étonnant alors, d’y trouver dans son prolongement, une série de restaurants et de bars stylés.

A l’image de ce qu’il se fait à Melbourne ou Sydney, la tendance en Australie est à la décoration d’intérieur, à l’aménagement des lieux de vie. Il y a dans ce pays un véritable attrait pour le détail et la sophistication des espaces optimisés pour y profiter d’un agréable moment. D’après une étude sérieuse, les Australiens font partie du Top 15 mondial de ceux qui passent le plus de temps à table (sans surprise, la France est leader du classement), cela explique donc aussi pourquoi les propriétaires de bars et de restaurants sont aussi préoccupés par l’organisation de leurs espaces intérieurs.

On retrouve cette tendance au nord du CBD, dans le quartier du Fortitude Valley, réputé le plus populaire pour sortir. Le James street market, branché bio, n’échappe pas à cette tendance de petits restos épurés qui servent de la « healthy food » et des « produits de qualité ». Fortitude Valley doit être bien animé le soir, en témoignent le nombre important de bars et de clubs qui sont pour l’instant portes closes à la mi-journée. Nous marchons quelques minutes à travers des rues résidentielles et calmes, pourtant pas si éloignées du CBD. Le centre de Brisbane se concentre finalement sur une petite aire et il est assez aisé de sortir du tumulte pour se réfugier dans de paisibles quartiers aux maisons individuelles bâties en étages uniques ou au maximum sur deux niveaux.

De nouveau sur les rives du fleuve, nous entrons dans la Powerhouse, cette ancienne usine électrique transformée en lieu de manifestations culturelles. Modèle de réhabilitation, le bâtiment édifié en briques rouges se décline en plusieurs étages reliés par des escaliers en fer. Les passerelles offrent des vis-à-vis sur les autres niveaux et permettent de se projeter au cœur de ce réseau culturel. Petites scènes de théâtre, expositions de peinture, créations artistiques et petit bar ont été ajoutés à certains éléments de l’ancienne usine qui a conservé une atmosphère sombre et aspirante.

Nous quittons à la hâte la Powerhouse pour longer les rives du fleuve Brisbane, alors que ce sont désormais des seaux d’eau qui s’abattent sur la ville. De nombreuses navettes fluviales gratuites permettent de relier le CBD aux périphéries de Brisbane. Le fleuve formant plusieurs lacets très serrés, c’est l’occasion de s’offrir une croisière d’une heure à moindre coût avec une vue imprenable sur le centre.

 

 

Nous grimpons à bord au niveau de Sydney street et suivons le parcours régulier de la navette qui ricoche d’une rive à l’autre par de petites diagonales. Sous le déluge, nous croisons le Story Bridge, paré de ses lumières violettes qui illuminent à la nuit tombante les grosses gouttes agressives qui s’échouent sur le fleuve dont le niveau augmente à vue d’œil. Les géants buildings du CBD scintillent de milliers de petites lueurs blanches, maigres substituts aux étoiles qui demeurent cachées par un ciel sombre et vengeur. Cette balade singulière sous les eaux offre une note de féérie à Brisbane qui soutient peu la comparaison avec ses deux compatriotes décrites plus haut. Brisbane ne se déteste pas mais elle manque peut-être de personnalité à mes yeux. Difficile de passer après Sydney, remarque.

Au moment de quitter la capitale du Queensland pour déposer Rémi à l’aéroport, c’est le soleil qui réapparaît pour sécher les larmes.

Fin de la balade urbaine.

Texte : Marc

Photos: Mélissa

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