Les Cahiers Vagabonds | Récit: De la Gironde à la Grèce, l’Italie traversée à la vitesse du voyageur pressé
Voyage, reportages,
3192
post-template-default,single,single-post,postid-3192,single-format-standard,qode-quick-links-1.0,ajax_fade,page_not_loaded,,qode-title-hidden,qode_grid_1300,hide_top_bar_on_mobile_header,qode-content-sidebar-responsive,qode-theme-ver-16.8,qode-theme-bridge,disabled_footer_bottom,qode_header_in_grid,wpb-js-composer js-comp-ver-5.5.2,vc_responsive

Récit: De la Gironde à la Grèce, l’Italie traversée à la vitesse du voyageur pressé

« Ok. Go ! » Après avoir à peine posé son regard sur nos téléphones afin de vérifier le code barre indispensable pour accéder en Grèce, l’employé des douanes du port d’Igoumenítsa nous fait signe de partir vers la droite. Tandis que les autres véhicules s’entassent sur la gauche, attendus par des portiques et des agents équipés de tests pour déceler le Covid-19 et de piles de dossiers administratifs à filer des maux de tête, nous avançons vers un portail grand ouvert.

Pas de barrière, pas de flèche, pas d’uniforme, seulement la chance d’être passé par la bonne file pour rejoindre l’aube du jour qui offre une lumière rose aux petites montagnes boisées du bord de l’autoroute. La double-voie qui désenclave le nord-ouest grec, cette région aussi frontalière que jumelle de l’Albanie, se présente sous la forme d’un paquet cadeau en guise d’arrivée. « Yahhh on y est!! » se met-on à gueuler en touchant de nos roues le goudron de cette chaussée au revêtement neuf et déserté des automobilistes. La larme à l’oeil, l’émotion au zénith, nous nous élançons avec appétit vers notre nouvelle vie, l’Athénienne.

 

Chapitre 1 : D’Ouest en Est

 

Soixante-douze heures plus tôt, c’était au sud de la Gironde que notre vieille Polo Volkswagen crachait la fumée noire de son diesel au démarrage. Marie et Philippe, éveillés à l’aube avec le cœur gros, nous escortent jusqu’à la sortie du garage. On a beau les répéter chaque année, les au revoir ne se banalisent pas, la douleur aurait même tendance à s’intensifier car on mesure toujours un peu plus les conséquences de l’éloignement. La voiture dégueule d’affaires qui constituent le maigre butin de nos vies vagabondes, mes mâchoires se serrent pour éviter d’éclater en sanglots. Une blague potache de Mélissa accomplit la besogne pour me divertir et laisser les émotions dans le rétroviseur.

Ce trajet revêt un sentiment étrange car c’est le premier qui nous mène vers une destination que l’on souhaite définitive. La quatrième expatriation en cinq ans ne nous permet pas pour autant de s’habituer, il y a toujours au fond de soi ce petit palpitant qui précède le changement. Sur les voies tranquilles de l’A62, le soleil commence à chauffer le pare-brise à mesure que s’égrènent les questions. Où va-t-on vivre ? A quoi ressemble cette terre de promesses, dépeinte comme un paradis pour les touristes autant qu’un territoire de souffrances pour des locaux associés au terme « crise économique » pendant près de cinq ans par les médias européens. C’est quoi en fait la Grèce ? La playlist rythme les interrogations sans se départir de son rôle de fond sonore : on n’y prête presque pas attention car l’esprit n’a d’yeux que pour notre destination. Mélissa, de son côté, dort comme un bébé.

RECIT: Rentrer en France, cet éternel plaisir

Après Montpellier, direction Marseille puis Nice, le long de l’A8, cette autoroute provençale que je n’avais jamais empruntée. A trop vouloir découvrir le monde, j’en oublie de regarder autour de moi et je ne connais que trop mal la France. Les cigales se démènent lorsqu’on ouvre la fenêtre, les oliviers apparaissent dans tous les recoins et la Camargue dévoile ses alléchants contours. Saint-Tropez, Sainte-Maxime, Cannes… Les panneaux prennent des teintes fleuries et ensoleillent notre trajet jusqu’aux portes de Monaco puis à la frontière italienne. C’est aussi la première fois de mon existence que je croise des véhicules estampillés de la plaque monégasque : au-delà d’un rayon de trente kilomètres après la principauté, le Monégasque prend l’avion ou l’hélicoptère.

Pas besoin de panneau pour comprendre que l’on a changé de pays, le réseau routier suffit à marquer la rupture. Routes en travaux, tunnels interminables et automobilistes qui n’ôtent jamais le pied de l’accélérateur, même lorsque la chaussée est pourrie : bienvenue au pays des fangios, les meilleurs conducteurs du monde. L’E80 serpente sur la côte ligure et offre quelques points de vue sur de prometteuses criques depuis son longiligne et interminable promontoire. Chaque longue courbe vers la droite en sortie de tunnel mène à un nouveau point de vue sur des toits de tuile perchés au-dessus de la mer et éparpillés au cœur d’un enchevêtrement de cyprès et de pins parasols. On aperçoit en contrebas les serviettes multicolores de ceux qui lézardent sous ce soleil de plomb et se baignent dans une Méditerranée que l’on imagine tiède. Voici les prémices à nos baignades dans la mer Egée…

RECIT: 1.800 bornes en deux jours pour aller se confiner en Australie

Après bientôt dix heures à plonger plein Est, la banlieue de Gênes se dessine avec ses bâtiments austères et droits du nord italien, hauts de cinq ou six étages, teintés d’un blanc qui vire au gris ou de jaune et de rose pâle, délabrés et décrépis par le temps qui passe et l’appauvrissement d’une région malade. Les volets verts en persienne, symboles de la cité portuaire, s’ouvrent progressivement alors que le soleil est encore loin d’atteindre son crépuscule. C’est une impression de tristesse langoureuse et éternelle qui se dégage de ces quartiers délaissés par le temps mais toujours frôlés par les grandes routes qui n’apportent que de la cacophonie ambiante et des fumées d’échappements.

Très vite, on se retrouve en dessous du pont ressuscité, celui qui fut brisé par la mort en 2018 et dont la version réparée a été inaugurée le mois dernier en l’absence des familles des victimes, en guerre ouverte contre les responsables de ce désastre, les représentants des pouvoirs publics. Lors de mon dernier passage à Gênes deux ans plus tôt, la cassure nette que matérialisait l’ouvrage fracassé me procurait la chair de poule et je repensais sans cesse à ce camion suspendu, abandonné à la hâte par son chauffeur et dont le moteur avait ronronné pendant plusieurs jours avant de s’éteindre seul, à court de carburant. La reconstitution de ce pont flambant neuf n’empêche pas de sentir l’odeur du sang qui rejaillit de toute la zone industrielle et commerciale qui s’étend au pied des pylônes.

Les souvenirs mortuaires de Gênes demeurent dans notre dos, nous suivons désormais l’A7 en direction de Milan. « Arrivederci ! » nous signale la voix automatique chantante du péage autoroutier de Busalla après avoir levé sa barrière sans demander le moindre euro. Il n’y a pas une grande animation dans la petite ville où chacun cherche à se réfugier derrière l’ombre du voisin. Une fois à Borgo Fornari, nous bifurquons vers la gauche en direction d’une étroite petite route qui grimpe dangereusement. Les tournants sont secs et étriqués, il faut klaxonner pour prévenir de sa présence, comme le fait si bien le jovial chauffeur de cette Clio verte que l’on croise, sosie de Federico D’Anna, l’Italien de L’auberge espagnole de Cédric Klapisch, qui sourit comme un imbécile heureux.

Au sommet de la pente, on quitte la Ligurie pour rebasculer vers le Piemont. A la ferme de La Sereta, la fraîcheur qu’offrent les 550 mètres d’altitude ne semble pas pour autant réveiller les occupants. Une demi-douzaine de chats et chatons s’offrent des morceaux de sieste, une chienne somnole et ouvre à peine un œil tandis qu’une autre reçoit avec politesse en compagnie de poules qui gambadent. Au cœur de la ménagerie, Roberto et son épouse nous accueillent avec ce mélange d’enthousiasme, de charisme et de pudeur, cocktail typique d’Italie du Nord, le rendez-vous entre la chaleur italienne et la froideur des montagnes.

La vigne grimpe sur les parois d’un petit abri en tôle idéal pour siroter une bière face à la vieille ferme en pierre familiale, retapée et entourée de pommiers. Un berger suivi d’un petit vieux se pointe pour s’enfiler un coup de blanc et entamer un brin de causette. L’ancien parle en patois génois, ce qui rend la conversation parfaitement inaudible mais en temps de grosse chaleur, la vue d’une bière fraîche ou d’un blanc sec offre des sourires qui valent plus que des mots. Au rez-de-chaussée de la ferme, les tenanciers préparent le repas, spaghettis au pesto, saucisses de porc et escalopes de veau « mais du veau de la ferme, qui a eu beaucoup d’espace pour grandir », se sent obliger de préciser la femme de Roberto qui s’affaire en coulisses. Le tiramisu maison n’a pas oublié d’être trempé dans l’Amaretto pour finir d’achever des papilles rôties par la puissance du Dolcetto, un vin piémontais aux allures de Gamay qui rappelle qu’entre ici et la Savoie, il n’y a qu’une montagne, si facile à franchir qu’Hannibal le fit avec des éléphants deux millénaires plus tôt.

 

Chapitre 2 : Du Nord au Sud

 

Nous suivons mécaniquement le cours de l’E80 que l’on a rattrapé à Gênes pour poursuivre la route vers le sud italien. La Ligurie chaotique laisse place à la délicieuse Toscane pour offrir ce que j’aime appeler l’émerveillement du voyage. Lorsque l’on emprunte une route pour la première fois, les yeux cherchent à capter plus de détails qu’à l’accoutumée et chaque beauté d’un paysage peut alors sauter à la figure sans crier gare, puisqu’on ne s’attend pas à ce que l’on va voir. La Toscane est ce genre d’endroits qui n’en finit pas de dévoiler ses trésors, même lorsque l’on file à plus de cent à l’heure sur l’autoroute. C’est une région qui n’a pas même pas besoin d’ouvrir son cœur pour charmer les inconnus de passage car la seule vue de sa couche superficielle happe avec férocité et l’on ne cherche pas à résister tant le spectacle est envoûtant.

Sur la route de Florence, on ne remarque que ces villages empierrés dressés sur les petites montagnes qui escortent la voie. La couleur brique se mêle aux pierres et les cyprès s’alignent parfois le long d’un chemin caillouteux qui mène à une ferme abandonnée. L’Histoire donne rendez-vous à chaque recoin de Toscane et l’on imagine sans peine un riche patricien romain dicter ses ordres à ses esclaves depuis le haut de sa butte où il aurait établi sa demeure autour de laquelle il ne manquerait de rien, surtout pas de vin, ni de pain. Oliveraies, vignes, vergers et champs de blé se fondent dans ce décor incroyable à la saveur séculaire. Pourquoi avoir inventé le concept de paradis alors qu’il existe déjà ici ?

Et puisque le paradis s’appelle Toscane, puisque tous les villages merveilleux se dressent fièrement sur des montagnes, puisque l’Arno coule avec volupté le long de la route, le contexte est idéal pour s’offrir un déjeuner dans un lieu de charme. Oui, mais. La faim, mêlée au manque de temps et au manque d’inspiration, nous conduit pourtant droit à l’antithèse de cet éden toscan. A la Trattoria de La Massa, seule gargote de Figline e Incisa ouverte en plein mois d’août, les fayots à l’ail sont servis à la volée par un couple de sexagénaires épuisés. Les saveurs du plat me rappellent sans équivoque la cuisine de ma grand-mère. Française de naissance mais Italienne de sang, Cesarina a été élevée à la gastronomie de sa mère, ma bisnonna, Chiara Dalla Rosa. Chaque passage en Italie me fait regretter de ne pas avoir assez connu cette arrière-grand-mère dont je ne me souviens malheureusement pas du goût des pâtes fraîches qu’elle préparait chaque matin avec soin pour la ribambelle d’enfants, de petits-enfants et d’arrières petits-enfants qui s’attablaient et se délectaient de ses merveilleux plats aussi simples qu’efficaces pour réconforter les âmes laborieuses quelque part entre le Tarn-et-Garonne et le Gers.

L’Ombrie est traversée comme une balle déchire un plexus : pas de place pour les sentiments lorsque l’on doit atteindre une destination en un temps donné. Quel dommage de ne pas s’attarder sur la seule région enclavée du pays, la préférée de Francesca, la Nonna de Melbourne qui nous vantait régulièrement sa beauté et son authenticité lorsqu’elle évoquait avec douceur et nostalgie son Italie des antipodes.

Toutes les routes mènent à Rome mais il n’est pas obligatoire de s’y arrêter. La ville-musée la plus belle d’Europe ne nous en voudra pas, nous lui donnons rendez-vous plus tard puisqu’il est écrit qu’on y habitera un jour, pour boucler la boucle avec nos origines italiennes. Au pied du Montecassino, célèbre pour la série de quatre batailles remportées finalement par les alliés sur les Allemands en 1944, les fondateurs du village ne se sont pas embarrassés pour trouver un nom : Piedimonte. Situé à mi-chemin entre Naples et Rome, Piedimonte fait l’affaire pour un accueil d’une nuit même s’il est frustrant de ne pas pouvoir s’attarder dans cette région du Latium envahie de vignes et de monts habités par des villages médiévaux.

Malheureusement, on ne peut s’arrêter partout et je repense aux vertus de l’étape prônées par Patrick Manoukian dans son essai, Le Temps du Voyage : petite causerie sur la nonchalance et les vertus de l’étape (Transboréal). Selon le papa de Zoé, qui fut notre voisine à Buenos Aires, l’étape est un moyen de se ressourcer autant que de s’imprégner de l’endroit où l’on demeure. Il conseille de prendre le temps et de se départir de cette envie de tout voir, de ne rien rater. Voir moins mais voir mieux, serait un des adages d’un Patrick Manoukian inspirant et lucide sur l’état du voyageur de passage. Adepte de sa vision du vagabondage, je ne reste pas moins contraint par l’objet qui nous mène sur les routes transalpines mais après tout, il n’y a pas de petit profit lorsqu’il s’agit de jouir d’un morceau d’Italie : une nuit, c’est mieux que rien.

 

Chapitre 3 : Vers l’Adriatique

 

Au petit-déjeuner, Roberto reste debout devant la table, comme son fils Jason l’avait fait la veille au moment de nous servir un café. Nos hôtes semblent avoir un comportement précis à adopter face aux clients avec cette posture droite, cette attitude presque servile et ce regard qui fixe par en haut en attendant qu’un ordre soit donné. Si le fiston provoquait un certain malaise la veille en demeurant muet, le paternel, même visage mais avec un crâne délesté de cheveux, plus bavard que sa progéniture, laisse aussi planer un flottement lorsqu’il réagit à notre description du Paris déserté par les touristes et par ses travailleurs en cet été de Covid-19 : « il ne reste que les noirs à Paris ! », s’amuse-t-il avant de ravaler sa salive face à mon silence et au « ce sont les meilleurs qui restent », rétorqué par Mélissa.

Le Roberto croisé la veille dans la montagne piémontaise s’inquiétait du racisme et du manque d’ouverture d’esprit qui sévissait dans son pays, qui a vécu une quinzaine de mois de gouvernement d’extrême-droite avec Salvini entre 2018 et 2019. « Je fais partie de la bonne moitié des Italiens », s’amusait-il alors qu’il s’interrogeait sur les raisons qui poussaient des générations à être aussi intolérantes et à reproduire les mêmes erreurs que dans le passé en fustigeant les étrangers, surtout ceux dont la couleur de peau est différente. Son homologue, qui passe en revue tous les bâtiments ou villages qui font la fierté de l’Italie, pourrait probablement lui fournir une explication.

Après ce petit-déjeuner « fabuleux » selon le site Booking mais terriblement gênant selon notre propre expérience, nous quittons le Latium pour la Campanie. Le Vesuve, bel endormi dont on raconte la colère cet été même au Grand Palais lors d’une exposition consacrée au drame de Pompei, borde notre itinéraire par la droite. Encore une fois, on traverse cette région comme un ancien zapperait devant la télévision : on regarde sans regarder et on taille la route car il y a un bateau à prendre ce soir.

Un panneau sobre, écrit en blanc sur fond vert, indique l’entrée dans les Pouilles et notre bascule vers l’Est du pays. La Toscane a laissé place au décor méditerranéen cramé par le soleil estival. L’horizon n’est occupé que par des petites collines sèches à peine peuplées de parcs d’éoliennes qui captent les courants d’air pour mouliner mécaniquement. Il n’y a plus un village à apercevoir, pas un animal, pas un champ cultivable, seulement des hectares de végétation mousseuse et monotone.

Au bout de quelques heures, l’ennui de ce trajet sans histoire est brisé par les alentours d’Alberobello, petite ville vers laquelle on se déroute pour y admirer ses trullis. Ces petites maisons en pierre blanchie à la chaux sont coiffées de toits coniques gris sur lesquels reposent un petit promontoire sphérique. Il existe environ 1.500 habitations de ce type dans la zone et les touristes s’amassent dans le quartier Monti pour observer de plus près cette curiosité urbanistique. Face à cette foule, nous rebroussons chemin et filons vers le Sud.

 

C’est alors que le hasard du voyage, grand allié en toutes circonstances, dresse un de ces instants d’émerveillement auquel on ne s’attend pas. L’Italie se prête décidément bien à l’effet de surprise. L’étroite route que l’on emprunte serpente entre les vignobles dont les limites sont matérialisées par de petits murets de pierres blanches hauts de cinquante centimètres. Les vignes aux feuilles vert vif ressortent avec éclat de la terre d’ocre rouge et laissent déjà entrevoir leurs gros raisins prêts à être vendangés pour la production du Salento. On déambule alors au son des classiques italiens, produits caricaturaux diffusés par les radios françaises, les « Con te partiro » et « Vivo per lei » d’Andrea Bocelli, ou encore « Ti amo » d’Umberto Tuzzi sans oublier « L’Italiano » de Toto Cutugno.

RECIT: Balades urbaines australiennes dans le trio Sydney-Melbourne-Brisbane

Pour qui aime parfois s’amuser avec des clichés réconfortants, la route servie par le hasard s’accompagne merveilleusement bien de ces titres populaires qui mènent jusqu’à la vue plongeante sur l’Adriatique depuis les hauteurs de Fasano. Après un quart d’heure à se délecter des vignes, le point de vue magistral achève de couper le souffle et suspend le temps dans une redoutable et frénétique Dolce Vita. L’Adriatique, point d’orgue de notre escapade transalpine, se dessine depuis des voies fleuries de lauriers roses et blancs, haies de luxe qui bordent une autoroute le long de laquelle se garent les voitures de ceux qui partent se dorer la pilule sur le plage que l’on aperçoit à moins de deux cent mètres. Que ce soient les plantes, les parasols, la mer ou le caractère des automobilistes, tout n’est que couleur lorsque l’on se rapproche de notre destination finale.

 

Chapitre 4 : D’Italie vers la Grèce

 

Cité portuaire où se retrouvent tous les européens de l’Ouest désireux de rejoindre la Grèce et le sud des Balkans, Brindisi, qui semble usée et décolorée par le temps qui passe, sommeille à l’heure de la sieste. Au port d’embarquement, au vieux port de pêche ou dans le centre-ville, on entend les mouches voler. Attablés à l’ombre d’un café en face d’un bâtiment municipal, on regarde le manège d’une famille endimanchée vraisemblablement en attente de célébrer un mariage. Avec la forte chaleur, les robes encombrent les épaules, les talons haut deviennent trop étroits pour les pieds gonflés, les costumes étouffants font naître des auréoles sur les chemises, les pointes en cuir noir attirent le soleil jusqu’au bout des orteils. Ne vaut-il pas mieux un mariage pluvieux qu’un mariage caniculaire ? Toute l’ombre du monde ne suffirait pas à rafraîchir cette petite troupe que l’on abandonne pour se rendre à proximité du ferry.

Familles Albanaises émigrées en Italie, touristes Italiens, Français, Allemands ou Hollandais patientent en plein cagnard avant l’entrée sur l’un des deux bacs qui mènent l’un vers l’Albanie, l’autre vers la Grèce. Un couple de jeunes Tchèques dont la vieille Peugeot est en panne se démène pour trouver un mécano avant d’embarquer pour ne pas bousiller les vacances. Des gamins jouent autour du parking, comme ces trois fillettes restées sous la surveillance d’une mère déjà épuisée avant de commencer les vacances tandis que le mari, bras croisés et dos à ses gamines, observe le dépannage des Tchèques. Un gros chauve au tee-shirt rouge trop moulant sorti de nulle part avec sa caisse à outil et une bombe dégrippante se jette sur le capot de la Peugeot. Son profil de héros des temps modernes ne suffit pourtant pas à accomplir des miracles. Suant à grosses gouttes, cognant avec son marteau, serrant avec sa clé et gueulant avec sa gouaille d’Italien du sud, il abdique au moment où il est temps d’embarquer. On voit alors passer la Peugeot au bout d’une corde, tractée par un bon samaritain – un Allemand, forcément – qui emmène les jeunes Tchèques désabusés mais soulagés à bord du ferry.

Après une nuit sans histoires à dormir sur la moquette d’une des salles entièrement vides puisque le tourisme de masse a fait long feu cet été, je profite de l’aube sur le pont. Entre Corfou et Iagoumenítsa, le ferry progresse sur une mer d’huile à peine éclairée par un ciel rose orangé dont subsiste une partie grisâtre décorée par un fin croissant de lune. A l’horizon, de petites montagnes se dressent comme les arbres d’une forêt pour donner une illusion d’infini. Sur les pentes, les maisons blanches coiffées de toits de tuile semblent observer en vigies le débarquement des nouveaux arrivants. On n’a qu’une seule fois l’occasion de faire une bonne première impression et il semblerait que la Grèce, notre nouveau pays, applique cet adage avec soin.

Καλωσήρθατε !*

*Bienvenue, en grec

Texte: Marc

Photos: Mélissa

L’email a bien été copié

 

L’email a bien été copié

 

L’email a bien été copié

 

L’email a bien été copié

 

L’email a bien été copié

 

1 Comment
  • Clo
    Posted at 17:03h, 17 août Répondre

    Comme toujours, j’ai fait parti du voyage avec cette lecture. Merci à vous deux. Bisous clo

Post A Comment