Les Cahiers Vagabonds | Récit : Passer le réveillon de Noël dans le désert de Tunisie
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Récit : Passer le réveillon de Noël dans le désert de Tunisie

Les chants touareg s’élèvent et dansent avec la fumée réconfortante du feu sur lequel la théière frémit. Les voix douces et graves des chameliers vibrent dans les cœurs et réchauffent les âmes. Les dromadaires signalent leur présence par leur forte odeur et par leur silhouette obscure dans la nuit étoilée. Le sable froid file entre les doigts congelés qui cherchent la chaleur des tasses, quelque part entre le feu et la couverture.

Les chameliers évoquent la nostalgie et la solitude de la vie de nomade dans des chants où l’on déplore une mort, une mauvaise saison, la vente loupée d’une bête ou le mauvais accueil d’un village. La douleur est plus noble en chanson. La douleur est moins pénible en musique. Héritiers sédentaires d’une culture nomade, les chameliers du sud tunisien aiment la douceur des rythmes qu’ils chantent et qui les rapprochent de cette identité perdue d’hommes du désert.

Lorsqu’ils prennent la route du sud, désormais, c’est pour accompagner des touristes, délaissant une famille à la maison et des amis au café. Mais on connaît des métiers moins passionnants : le bonheur que ressentent ces trois hommes lorsqu’ils marchent sur ces dunes de sable est palpable. Lorsque Douz disparait à l’horizon, il n’y a plus qu’un ciel bleu et une infinité sableuse face aux yeux, des blatèrements sourds de dromadaire en rut et le bruit du vent qui balaie le sol. Dans ce tableau où le sable n’est plus qu’or, ces hommes sont heureux. Lorsque vient le moment du feu, après avoir fait cuire le pain directement dans les braises enfouies sous terre et recouvertes de sable, la camaraderie les envoute. Il n’est pas question de chanter pour faire plaisir aux touristes, ici. Les sourires sont d’une telle sincérité, d’une telle beauté.

Le plus vieux, moustache grise, visage buriné, regard tourné vers le sol, se balance avec délicatesse sur ses chevilles pour accompagner le rythme de son sourire radieux. Le plus jeune, un joufflu au regard cuivré, suit les chants avec plus de timidité mais ne manque aucune mélodie. Le troisième, quant à lui, a troqué son jean de businessman pour une cape traditionnelle une fois la nuit tombée. Il sourit aux autres et le feu parle pour les humains. Il n’y a plus que des visages illuminés par les flammes, des tasses de thé bouillant, des paroles fredonnées et des sentiments de bien-être absolus.

Le froid et la plénitude précipitent les corps dans les sacs de couchage, calés sous des tentes berbères, quelques morceaux de tissus montés sur des petits piquets de bois pour protéger du vent. La tente reste ouverte sur une moitié, ce qui permet de s’endormir en regardant seulement les étoiles. Elles brillent avec éclat et rappellent qu’il est rare de les observer ainsi, un soir de réveillon. Les chants s’estompent, la fumée baisse et ne restent que les effluves du désert, cette odeur sèche du sable frais. Lorsque les yeux se ferment, les sapins, les cadeaux et les tables remplies de tout ce qui est bon n’appartiennent plus à notre monde.

Texte: Marc

Photos: Mélissa

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