Les Cahiers Vagabonds | Chroniques grecques : Chapitre 7 – Février 2021
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Chroniques grecques : Chapitre 7 – Février 2021

Athènes souffle le chaud et le froid en ce mois de février. Les lumières, tièdes, le confirment. Que l’on soit au sommet du Lycabette, calé sur un balcon de Pangrati ou assis sur un banc de la place Proskopon, les rayons du jour inondent la ville avec des teintes de fin d’hiver, rose et orange pâle.

On se balade sous un soleil réconfortant par vingt degrés et le jour suivant, c’est l’acropole qui se pare de blanc : vingt centimètres de neige, des gosses qui font des bonhommes, des ados qui se lancent dans de grandes batailles et la capitale est à l’arrêt. Le surlendemain, le soleil réapparaît et la neige ne subsiste qu’au sommet de la montagne, qui se trouble sous l’effet du froid. À l’horizon, même enneigée, la montagne nous réchaufferait presque, allez savoir pourquoi ?

Il y a autour de l’acropole une grande avenue circulaire et piétonne. Le week-end, par quinze degrés venteux, les Athéniens s’y promènent. Il fait chaud ou froid, cela dépend des nuages et de ce que l’on fait de sa balade : si l’on marche tranquillement, si l’on court après un ballon, si l’on sirote un café frappé ou si l’on débouche une bouteille de rouge au sommet du Filopappou. Les terrasses sont toujours fermées et libèrent de fait de grands boulevards dans Monastiraki : oui, déplorons la fermeture des cafés et des restaurants mais saluons l’agrandissement des espaces et la mise entre parenthèses du cirque touristique. En effet, l’hiver et le Covid forment un cocktail reposant qui offre aux Athéniens la possibilité de se réapproprier leur centre-ville.

Posons-nous sur la colline de Filopappou, entre deux rafales de vent et de vin. Il y a un banc qui offre un point de vue imprenable sur le Pirée, sur l’acropole et sur l’Athènes tout entière. Le contraste est saisissant, toujours ce chaud et ce froid, cette question que l’on se pose sans cesse : enlève-t-on le pull pour rester en tee-shirt ou bien garde-t-on la veste ? C’est un état d’esprit : tout dépend si l’on a peur de s’enrhumer ou si l’on préfère tenter le coup.

Soudain, le soleil chauffe et on observe la montagne, encore enneigée, à l’arrière-plan de la ville. Avant cela, Athènes est coupée en deux par un halo de lumière : une partie dans l’obscurité, où l’on ressent d’ici le vent glaçant qui s’engouffre entre les immeubles et une partie lumineuse et rayonnante, où l’on imagine des parcs inondés de soleil dans lesquels courent les gamins. Ha ! Ces parcs athéniens, qu’aucun virus au monde ne saurait vider. Les Athéniens aiment la balade dans la verdure, balayant ainsi le cliché d’une ville triste et trop polluée.

Athènes, ce sont les orangers en fleur, les oliviers aux feuilles fournies d’olives qui paraissent encore des myrtilles, des jeunets aux fleurs jaunes et tièdes, des cyprès et des pins parasols verdoyants et lumineux. Les parcs et les places de quartier bourgeonnent de tout ce qui fait la vie sur terre : des fleurs naissantes, des pigeons obèses, des gamins qui s’enfilent des glaces, des anciens qui tirent sur les mégots en égrenant les chapelets, des plus jeunes qui discutent et surtout, des sourires qu’aucun masque ne parvient pas à effacer.

Une fois observé ce constat, difficile de croire qu’il peut encore faire froid. D’ailleurs, à bien regarder de près, la montagne, à l’horizon, est désormais nue, privée de son manteau de neige. Elle aussi, retrouve ses couleurs brunes de printemps. Un printemps givré ou un printemps précoce mais un printemps tout de même : tout ce qu’il y a de plus chaud pour redonner de l’espoir.

Les Athéniens ne s’y trompent pas, en sortant dans ces rues où se retrouvent les doutes, vite balayés par l’optimisme. L’optimisme des musiciens, par exemple. Ils tentent le coup, les ambulants, à Monastiraki ou entre deux stands de légumes des marchés populaires. Ils tentent le coup car ils en ont besoin de jouer, peu importe si c’est sur des pavés glacés ou sous un soleil de plomb. Ils y vont, en duo, en groupe ou en solo : des rythmes chauds, entrecoupés de vibrations tristes et de voix mélancoliques. Encore une fois, le chaud et le froid, le gai et le triste, qui se croisent sans cesse, dans ce carrefour bordélique, où les sentiments sont étrangement complexes.

Allez, qu’on se le dise sans détour, la neige a bien fondu. Elle fut plus qu’une parenthèse de joie en ces instants troublés : la neige, aussi épaisse, à Athènes, c’est tout sauf un hasard, c’est une récompense, un message, sur lequel on peut lire : « amusez-vous, vivez et riez quelques heures dans cette neige qui n’est que chaleur ! Riez de bon cœur, regonflez-vous le moral et prenez votre mal en patience, d’ici peu, vous danserez tous dans la rue au son des musiques chaudes du printemps, du vrai, du printemps qui redonne la vie. »

On lit, on entend, on sent, on touche le message. On le respire, on l’embrasse, on se l’approprie, le message, tandis que les lumières d’Athènes inondent encore les immeubles. Les lumières roses sont tièdes, oh oui, mais ce tiède qui est déjà un peu chaud.

Photos: Mélissa

Texte: Marc

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