Les Cahiers Vagabonds | Chroniques grecques : Chapitre 8 – Mars 2021
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Chroniques grecques : Chapitre 8 – Mars 2021

Le mois de mars s’achève sur un équilibre périlleux. Les lumières douces et le vent qui rend fou se font face et l’instant est chaotique. Les sifflements stridents d’une tempête naissante sont rythmés par les percussions d’une porte ou d’une tôle branlante, claquant sous l’effet des bourrasques. Ce bruit répétitif et cette sensation que tout se décolle de la terre est d’une terrible angoisse, surtout quand le chaton, fiévreux et refusant de se nourrir, ronronne en appelant à l’aide, enroulé entre mes deux jambes.

L’apocalypse était violette, l’an passé, lorsque les kangourous suffoquaient de l’autre côté du globe. Je me souviens, vous avoir raconté les yeux noirs de la glycine. Je me souviens, vous avoir décrit les koalas fuyant les eucalyptus consumés. Je me souviens, vous avoir partagé ma frousse. Cette année, l’apocalypse est plus proche et, surtout, incolore. Après tout, elle n’est que du vent.

Retrouve « Violette apocalypse » par ici

Le souffle affreux de ce vent rend fou, point de départ de polars noirs ou de mauvaises légendes. Mais j’ai envie de laisser cette triste soirée, ce triste mois, cette triste année et renvoyer tout ce monde peu fréquentable vers un passé à oublier, tout l’inverse d’un passé à fantasmer. Que crèvent vite les confinements et les airs graves des costards-cravates calés derrière des pupitres. Que chantent à nouveau les lumières divines jaillissant des montagnes athéniennes. Que la vieille cité, s’illumine comme elle sait si bien le faire : lorsqu’Athènes brille, la pluie cesse.

Le ciel couvrant la vieille cité sait irradier la terre de ses rayons, de ses indescriptibles lumières. Dans le quotidien d’Athènes, quand sonne le glas du jour, il y a un rendez-vous avec la lumière. Il y a juste à balayer de gauche à droite, de ses yeux émerveillés, les toits de la capitale, d’ordinaire sans intérêt. Les lumières, tantôt chatoyantes, tantôt brutes, abritent toujours une incroyable force. Les couloirs lumineux sont marqués avec une précision rare, comme un peintre de ville marquerait la rupture entre deux quartiers.

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Et donc, les toits, blancs, beiges, gris, ces toits peuplés de milliers de paraboles, ces toits à la laideur criminelle qui forment le foutoir athénien, ces toits se révèlent à la lumière du jour qui s’enfuit. Cette lumière diffusée par ce soleil démissionnaire, se cachant entre des nuages déplacés à une vitesse folle, rend hommage au cœur de la capitale. Même les hideuses paraboles paraissent des petites perles venues orner ces têtes tristes.

Il n’y a plus d’amas de pollution, plus de nuage bas, plus de klaxons assourdissants, plus de haut-parleurs de ferrailleurs : il n’y a qu’une beauté figée pour quelques secondes à peine, un peu rose, un peu pourpre, un peu orange, un peu jaune. Les lumières, de plus en plus chaudes à mesure qu’avancent les jours, interpellent et convoquent la lecture d’un poème, un spectacle de douceur.

En un clin d’œil, elles bougent, inondent le pan Est de l’acropole, que l’on aperçoit faiblement du bout du balcon, sur lequel on se penche dangereusement, au point de s’imaginer sauter dans ce vide lumineux, tels des pinsons épris de liberté entre deux saisons. Les lumières appellent au chaud, appellent au froid mais elles demeurent toujours pures : elles sont la métaphore.

Viens faire un tour à Andros, l’une des oubliées (et donc préservée) des Cyclades

Que chantent encore, les perruches du jardin national, les canons de l’indépendance, les gouailles du marché laïque et les klaxons des automobilistes nerveux. Que chantent encore, ces âmes coincées dans les immeubles mais trop pleines de vie pour se taire. Bientôt, les lumières irradieront les verres d’Ouzo posés sur les tables robustes des éternelles tavernes. Bientôt, le cycle perpétuel de l’été redonnera vie au marbre triste. Bientôt, Athènes se dégustera à nouveau comme un bon livre.

Bientôt, c’est promis, mes chroniques ne souffleront plus le chaud et le froid, cette schizophrénie pandémique. Bientôt, les chroniques sentiront la vie d’après, celle sans fantôme ni costards-cravates aux teints graves. Bientôt, les chroniques palperont la vie, la vraie. Pas celle qui est toujours douce mais celle qui donne au moins la sensation d’avancer libre, malgré le vent qui rend fou et les bruits nocturnes d’épouvante. Cette vie, faite et défaite par les faisceaux de lumières.

Texte : Marc
Photo : Mélissa

1 Comment
  • Sophie PV
    Posted at 09:23h, 05 avril Répondre

    Magnifique texte.Vivement la vie d ‘après

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