Route 40 en Argentine : construire un itinéraire à la mesure de son voyage

Route 40 en Argentine : construire un itinéraire à la mesure de son voyage : repères concrets pour préparer le voyage sans empiler les étapes.

Ruta 40 traversant la steppe patagonienne face aux Andes

En bref

Plus de 5 000 km. De La Quiaca, à la frontière bolivienne, jusqu’aux abords de Cabo Virgenes en Patagonie australe. C’est la première chose à comprendre sur la Ruta 40 : ce n’est pas un itinéraire, c’est une colonne vertébrale. Ce qu’on en fait dépend entièrement de ce qu’on vient chercher et du temps dont on dispose.

La plupart des guides disponibles proposent des programmes à trente étapes, souvent construits sur le papier, sans tenir compte des contraintes réelles du terrain. Le problème, c’est qu’ils donnent l’impression que la route se visite comme un circuit balisé, alors qu’elle traverse des territoires très différents les uns des autres, avec des logistiques propres à chaque région. Mieux vaut comprendre comment construire un itinéraire cohérent sur la Route 40 en Argentine, selon son temps, son véhicule et ses priorités.

Ce que la Route 40 est vraiment : une route, pas un programme

Piste de ripio de la Route 40 dans la steppe de Patagonie

La Ruta Nacional 40 traverse onze provinces argentines. Elle longe la cordillère des Andes sur presque toute sa longueur, ce qui explique à la fois sa beauté et ses contraintes. Entre Jujuy au nord et Santa Cruz au sud, le paysage change radicalement : hauts plateaux de la Puna, vignes de Mendoza, steppe patagonienne, volcans de Neuquén.

Ce n’est pas une route uniforme. Des tronçons entiers, en Patagonie comme dans la Puna, ne sont pas ou peu asphaltés. Le ripio, ces pistes en gravier compacté, ralentit considérablement les distances réelles et demande un véhicule adapté. Rouler 200 km sur ripio peut prendre sept à neuf heures selon les conditions du jour. Ce point change tout au calcul des étapes.

Trois grandes zones structurent la route de manière assez naturelle :

Ces zones ne se combinent pas facilement en un seul voyage court. Choisir, c’est déjà construire.

Choisir un tronçon : la durée avant tout le reste

La question concrète n’est pas "comment faire la Route 40 ?" mais "quel tronçon est faisable dans mon calendrier ?"

Un voyage de 10 à 15 jours permet de couvrir sérieusement un segment de 800 à 1 200 km, avec du temps pour s’arrêter. Tenter plus, c’est passer ses journées à conduire.

Un voyage de 3 semaines ouvre deux segments combinables, à condition que les connexions entre eux soient réalistes (vols intérieurs, bus longue distance).

Au-delà d’un mois, la traversée d’une grande partie de la route devient envisageable, mais elle exige un véhicule en propre, une préparation mécanique sérieuse et une bonne tolérance à l’inconfort logistique.

Sur le sens de parcours : le sens nord-sud est classique. Il suit une logique climatique en été austral (novembre à mars) : on évite les grandes chaleurs de la Puna en partant tôt dans la saison, et on arrive en Patagonie quand les conditions y sont les plus favorables. Le sens sud-nord a ses partisans, car il permet de commencer par les parcs les plus spectaculaires de Patagonie quand on vient de Buenos Aires ou de Bariloche.

Un élément souvent sous-estimé : les vents patagoniens. D’octobre à mars, ils soufflent du sud-ouest avec une constance et une force qui rendent la conduite éprouvante, surtout en van ou véhicule haut. Ce n’est pas une raison d’éviter la saison, mais c’est un facteur à intégrer dans le rythme des journées.

Construire l’itinéraire : méthode simple, décisions claires

Un itinéraire faisable sur la Route 40 se construit à rebours, pas en avant.

Étape 1 : fixer les deux extrémités. Pas les villes de passage, mais les deux points d’entrée et de sortie logistiques. En Argentine, les vols internationaux arrivent principalement à Buenos Aires (Ezeiza) ou, en Patagonie, à Bariloche, Trelew ou El Calafate selon les compagnies. La position de ces hubs conditionne le tronçon naturel.

Étape 2 : identifier 3 à 4 ancres. Ce sont les étapes incontournables autour desquelles tout le reste s’organise. En Patagonie : Bariloche, San Martín de los Andes, Esquel, El Chaltén. Dans le Nord : Tilcara, Cachi, San Antonio de los Cobres. À Cuyo : Mendoza, Malargüe, San Juan et le parc d’Ischigualasto. Entre ces ancres, le choix des étapes intermédiaires se fait selon le rythme souhaité.

Étape 3 : vérifier la faisabilité routière. Avant de valider un segment, il faut savoir si la section est asphaltée ou en ripio, si elle est praticable en voiture de location standard, et si des conditions saisonnières peuvent bloquer le passage (neige en hiver sur les cols, crues en été dans la Puna). Les routes de montagne argentines peuvent être coupées sans préavis. Les administrations routières provinciales et l’administration nationale des routes publient des informations sur l’état des routes ; les offices de tourisme provinciaux fournissent des mises à jour locales.

Étape 4 : ne pas multiplier les détours. La Route 40 est une route principale, pas une autoroute. Les routes secondaires vers des sites remarquables (la Cueva de las Manos en Santa Cruz, un site rupestre classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, par exemple) ajoutent souvent 2 à 4 heures aller-retour. Deux ou trois détours par semaine, c’est raisonnable. Cinq, c’est épuisant.

Transport et logistique : les points à vérifier avant de partir

La location de voiture en Argentine mérite quelques mises au point.

La majorité des contrats de location standard n’autorisent pas la circulation sur piste non asphaltée. Si le tronçon prévu inclut du ripio, il faut le vérifier explicitement auprès du loueur et obtenir une confirmation écrite. Certaines agences proposent des véhicules 4×4 adaptés, avec des conditions spécifiques. Les tarifs varient selon la période et la localisation de l’agence : prévoir un budget plus élevé que pour une location en Europe pour une durée équivalente.

Les bus longue distance (empresas de ómnibus) couvrent les grandes villes et certaines étapes de la Route 40, mais pas les tronçons isolés. Pour les segments patagoniens les plus reculés, le bus ne suffit pas : soit on loue un véhicule, soit on intègre des circuits organisés au départ de Bariloche ou El Calafate.

Les vols intérieurs argentins sont une option utile pour éviter de longues heures de route et couvrir des distances entre deux segments. Les prix et disponibilités évoluent : réserver tôt et vérifier les conditions de la compagnie aérienne au moment de la réservation.

Sur les distances, une règle approximative : compter en heures, pas en kilomètres. Un segment de 300 km sur l’asphalte prend 4 à 5 heures en roulant normalement. Le même segment sur ripio peut en prendre 7 à 9, selon les conditions du jour.

Pour l’essence, certains tronçons isolés n’ont pas de station-service pendant plus de 200 km. Identifier ces points morts avant de partir et partir avec le plein fait. Les applications GPS fonctionnent parfois mal en zones reculées : une carte physique ou une carte téléchargée hors connexion reste indispensable. Pour préparer d’autres aspects logistiques du séjour, les ressources rassemblées dans la rubrique Conseils pratiques peuvent aider à cadrer les décisions d’organisation avant le départ.

Variantes selon le rythme : trois profils, trois tronçons

Ce découpage n’est pas exhaustif, mais il aide à situer rapidement l’effort réel selon le temps disponible.

10-12 jours, Patagonie seulement. Depuis Bariloche vers El Chaltén ou El Calafate, en longeant la Route 40 par ses portions les plus accessibles. Paysages de lacs, de steppe et de glaciers. Segment partiellement asphalté, mais le tronçon entre Perito Moreno (ville) et El Chaltén reste en ripio sur une grande partie, sous réserve de vérifier l’état réel au moment du voyage. Un 4×4 est recommandé.

15-20 jours, Patagonie nord et Lake District. De Bariloche à San Martín de los Andes via la Route des Sept Lacs (une variante de la 40), puis vers Neuquén, Zapala, et les paysages volcaniques de la province. Plus accessible, plus verdoyant, adapté à une voiture standard sur la majorité du parcours.

3 semaines ou plus, Le Nord andin. Salta ou Jujuy comme point de départ, avec un passage par Cachi, Cafayate et ses vins de haute altitude, Belén. Paysages d’une intensité rare, culture andine bien vivante, altitude entre 2 000 et 4 000 mètres. Il faut prévoir un temps d’acclimatation avant d’entamer les tronçons les plus élevés, et consulter son médecin avant le départ en cas d’antécédents cardiovasculaires ou respiratoires.

FAQ

Faut-il absolument un 4×4 pour faire la Route 40 ? Pas sur tous les segments. En Patagonie nord (autour de Bariloche) et dans le Cuyo (Mendoza, San Juan), une grande partie de la Route 40 est asphaltée et praticable en voiture standard. En revanche, les tronçons en ripio entre Perito Moreno et El Chaltén, ou dans la Puna du Nord, nécessitent un véhicule à garde au sol élevée, idéalement un 4×4. Vérifiez le revêtement de votre segment précis avant de réserver.

Quelle est la meilleure période pour voyager sur la Route 40 ? En Patagonie, la fenêtre la plus favorable se situe de novembre à mars (été austral) : les routes sont accessibles et les jours sont longs, mais les vents sont forts. En avril et mai, les conditions se dégradent progressivement. Dans le Nord andin, évitez la saison des pluies entre décembre et mars sur certains tronçons de la Puna, où des routes peuvent être coupées.

Peut-on faire la Route 40 sans voiture, en bus ? Partiellement. Les grandes étapes comme Bariloche, Mendoza, Salta ou San Juan sont bien connectées par bus longue distance. Mais les segments isolés de Patagonie centrale ou de la Puna ne sont pas couverts par les transports en commun. Pour ces tronçons, il faut louer un véhicule ou rejoindre un circuit organisé au départ d’une ville importante.

La Route 40 est un projet, pas un produit. Bien choisir son tronçon est ce qui fait la différence entre un voyage maîtrisé et une succession de journées épuisantes derrière un volant. Commencer par une zone, la faire sérieusement, et garder les autres pour un retour : c’est souvent ce qui rend le voyage faisable et l’envie intacte.

Pour d’autres récits de route et itinéraires construits sur le terrain, les Carnets de route offrent des repères concrets sur des destinations comparables.

Les informations pratiques peuvent évoluer, notamment les prix, horaires, règles de transport, conditions d’accès et formalités. Vérifiez toujours les détails importants auprès des sites officiels avant de réserver ou de vous déplacer.